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Neolamprologus leloupi (Poll 1948) et
Neolamprologus caudopunctatus appartiennent, avec une longueur totale approximative de 6 cm, aux plus petites espèces scientifiquement décrites de ce genre. La première description de N. leloupi se fit sur la base d'un seul exemplaire, récolté en 1947 pendant la mission hydrobiologique belge du lac Tanganyika, non loin du village de Mtoto, environ 10 km au nord de Moba à une profondeur de 2 à 4 m
Bien que, au cours de cette expédition dans la même région, 4 récoltes eurent lieu dans l'ensemble (décembre 1946, février, mars et mai 1947), il est étonnant qu'un seul exemplaire ait été récolté. cette découverte unique peut peut-être s'expliquer par le fait que la côte sableuse de Moba, qui s'étend sur plusieurs kilomètres, constitue la barrière nord de cette espèce. D'un autre côté, les relevés effectués au sud de Moba (près des sites de Zongwe, Mwerazi, Kapampa), au cours de cette expédition, ne débouchèrent sur aucune capture supplémentaire, bien que, comme l'ont mis en évidence mes recherches personnelles, l'espèce se rencontre fréquemment dans cette partie de la côte. Des recherches que j’ai pu faire les années suivantes (de 1993 à 1998) sur la côte comprise entre Moba et Kalemie révélèrent que Neolamprologus leloupi est également répandu au nord de Moba. Ainsi, cette espèce est très fréquente dans les environs de Kitumba, et j’ai également rapporté de mes collectes un exemplaire conservé en provenance du cap Tembwe. Je ne peux donc exclure que l’aire de répartition se soit étendue depuis l’expédition de Max Poll il y a près de 50 ans. |
Pour la description de N. caudopunctatus,
M. Poll avait à sa disposition un matériel nettement plus consistant, constitué de 13 exemplaires. Ces poissons avaient été récoltés en Zambie par P. Brichard en 1976/77. Les localités de capture se situaient dans la partie nord ouest de la côte zambienne: Cap Chipimbi à la frontière congolaise; Cap Nundo dans le parc national de Sumbu; Cap Kabeyeye (localité type) à l'ouest et Cap Chaitika à l'est de l'embouchure de la Lufubu.
Des différences minimes chez N. leloupi n'existent que dans la longueur plus importante du museau et le diamètre supérieur de l'oeil, rapporté à la longueur de la tête.
Mes propres observations en milieu naturel au Congo confirment effectivement que diverses populations de N. caudopunctatus présentent des variations considérables de coloration dans la dorsale. Par ailleurs, diverses populations de N. leloupi se distinguent par le dessin de la caudale. C'est pourquoi dans certains cas, il peut être difficile de faire le distinguo entre N. leloupi et N. caudopunctatus. |
| Examens morphologiques sur mon propre matériel :
Mes premières découvertes fortuites dans un endroit au sud de la côte du Congo démocratique m'ont permis de constater que deux populations incontestablement différentes y vivent dans le même habitat. Ces populations pouvaient appartenir aux deux espèces décrites en raison de leur patron pigmentaire : Neolamprologus leloupi avec une bande noire (peu visible) et des rangées irrégulières de points dans la caudale, un liseré blanchâtre sur la portion épineuse de la dorsale et noir sur la portion molle ; Neolamprologus caudopunctatus avec des rangées régulières marquées de points dans la caudale des mâles et une dorsale uniformément jaune orangé. À côté de cela, dans les régions explorées situées plus au nord (Zongwe, Mwerazi, Kapampa), on ne trouve qu'une population, à coloration homogène, avec liseré noir soutenu caractéristique de N. leloupi (ici les rayons épineux de la dorsale pâle sont liserés de jaune orangé et les rayons mous de noir).
J'ai de ce point de vue, cherché à déterminer d'une part si des différences morphologiques interspécifiques étaient présentes dans la même localité, d'autre part s'il existait des différences entre les populations du nord et celles du sud chez les deux espèces.
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La comparaison entre des poissons de même taille appartenant aux deux espèces et provenant de la localité "b" fait apparaître une hauteur du corps relativement moindre chez N. caudopunctatus, qui paraît de fait légèrement plus élancé.De même, on peut voir des différences dans la hauteur préorbitaire et le diamètre de l'oeil, rapportés à la longueur de la tête.Enfin, on note un nombre légèrement supérieur de rayons mous dans la dorsale dans la population sud de N. caudopunctatus.L'échancrure de la caudale mentionnée par Poll chez les deux espèces est sans doute la conséquence de la conservation, car déployée au maximum, cette nageoire est tronquée. Dans l'ensemble, les deux espèces ne peuvent être que difficilement séparées d'après leurs
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Spécimen d'élevage à Abysse (P. Tawil)
| Répartition géographique:
Carte réalisée d'après Büscher avec
Google earth. |

Couple de N. caudopunctatus en aquarium.
| Structure de l'habitat : Neolamprologus leloupi et N. caudopunctatus vivent sur les fonds littoraux et sub-littoraux des zones intermédiaires entre les roches et le sable. La roche peut être constituée d'éboulis de toutes tailles et de toutes sortes. il s'agit souvent de gros rochers arrondis (semblables à nos blocs erratiques), environnés de sable et de gravier fin. La mention de sol meuble dans leur habitat m'a parut exacte, car je ne les ai jamais trouvés dans (le véritables biotopes rocheux crevassés, malgré l'abondance de petites cavités; alors que j'ai rencontré en (le nombreux endroits N. leloupi en groupes de centaines d'individus (comme ceux qui ont été décrits pour Neolamprologus brichardi du nord du lac), N. caudopunctatus ne forme manifestement pas de tels rassemblements. Les habitats des deux espèces recèlent une large palette de possibilités de cachettes et de sites de ponte potentiels. J'ai souvent observé (les couples en garde parentale sur des surfaces sableuses relativement exposées (mais toujours sur une zone de transition entre les roches et le sable), qui ne défendaient pas d'excavation visible dans le sol. Un examen plus approfondi indiquait toujours que la construction (le petites excavations était possible, soit que des galets étaient recouverts par du sable, soit que le sable était étançonné par de petits rochers. Indubitablement, les poissons utilisaient toute cavité disponible à proximité du sol. Les rebords sont souvent si bien camouflés avec du sable qu'il ne restait plus qu'une ouverture minimale pour se glisser à l'intérieur. Du fait de leur préférence très marquée pour les ouvertures étroites, les deux espèces pondent également dans des coquilles vides de gastéropodes en aquarium. On les classe donc de fait parmi les cichlidés conchylicoles. (C'est pourquoi la désignation de "conchylicole" ne doit pas être aussi vague, mais ne devrait comprendre que les espèces qui pondent obligatoirement en coquilles, le plus souvent du genre Neothauma ). En milieu naturel, on constate toutefois que ce comportement est l'exception, car leur habitat ne recèle pas de grandes coquilles. Les coquilles de Neothauma y sont soit pratiquement absentes, soit exceptionnelles, car collectées par les mâles Neolamprologus callipterus pour la constitution de "harems".
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Alevin de N. caudopunctatus s'apprêtant à dévorer un micro-vers.
| Répartition en profondeur : Dans toutes les localités, N. leloupi se rencontre déjà à une profondeur de un ou deux mètres; les populations les plus importantes sont situées dans des zones comprises entre trois et dix mètres. Dans l'ensemble des localités je n'ai trouvé que des individus isolés à des profondeurs plus importantes, allant jusqu'à 35 m. A l'opposé, N. caudopunctatus montre un autre type de répartition verticale. Bien que cette espèce se rencontre déjà en eau peu profonde, les populations les plus importantes se rencontrent en dessous de 10 mètres. Ces poissons vivent même fréquemment entre 25 et 40 mètres.
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| Autres espèces présentes dans le même habitat : Du fait de l'étendue spatiale des habitats, aussi bien en ce qui concerne la longueur de côte que la profondeur, l'environnement direct de ces deux poissons recèle une multitude d'autres poissons, principalement des cichlidés. Les espèces les plus souvent observées (selon la profondeur) sont Neolamprologus sp. aff. brichardi, N. calliurus, N. fasciatus, N. marunguensis, Variabilichromis moori, N. sexfasciatus, N. tretocephalus, Altolamprologus calvus, Neolamprologus callipterus, Julidochromis sp., Telmatochromis sp., Ophthalmotilapia ventralis, Tropheus Moorii, Xenotilapia papilio, X. spilopterus. Certaines localités renferment également N. buescheri et N. leleupi ainsi que Julidochromis dickfeldi. J'ai observé un comportement intéressant dans la répartition de N. caudopunctatus à dorsale orange: les individus subadultes se rencontrent fréquemment en compagnie de jeunes Xenotilapia sp. aff. dont la dorsale est également jaune-orange, avec lesquels ils forment de petits groupes.
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| Spectre alimentaire :
La description du milieu naturel permet de s'apercevoir que les habitats fréquentés sont identiques, au moins sur le plan de leurs caractéristiques chimiques, autrement dit que, du point de vue des poissons, les deux espèces présentent les mêmes besoins.
Indépendamment de la période de l'année (septembre-octobre 1989 et 1990, fin de la saison sèche: avril-mai 1991, fin de la saison des pluies), l'alimentation se compose principalement d'ostracodes, de larves de moustiques et d'éphémères, ainsi que de copépodes et d'algues filamenteuses et sphériques.
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Valeurs m¾ristiques et morphom¾triques de Neolamprologus leloupi et Neolamprologus caudopunctatus. |
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| N. leloupi | N. caudopunctatus | |||
| Nord (a) n=2 n=1 Nr. 90/4 |
Sud (b) n=4 Nr. 91/33 |
Nord (c) n=5 n=4 Nr. 89/9 90/95 |
Sud (b) n=5 Nr. 91/34 |
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| Mesures corporelles | ||||
| Longueur totale (mm) | 65,9 - 66,1 | 50,3 - 60,2 | 48,5 - 55,7* | 51,8 - 58,7 |
| Longueur standard (mm) | 55,2 - 55,3 | 42,3 - 49,9 | 40,6 - 46,0 | 43,2 - 48,8 |
| Longueur de la tÃte (mm) | 17,1 - 17,2 | 13,6 - 16,0 | 13,2 - 15,0 | 14,0 - 15,4 |
| En % de la L.S. | ||||
| Longueur totale | 119,4 - 119,5 | 118,9 - 121,6 | 119,5 - 122,3* | 119,6 - 121,1 |
| Hauteur du corps | 30,0 - 30,4 | 32,2 - 32,9 | 28,9 - 31,9 | 28,5 - 31,0 |
| Longueur de la tÃte | 30,9 - 31,2 | 31,8 - 33,1 | 30,9 - 33,6 | 31,6 - 32,6 |
| L. du p¾doncule caudal | 17,5 - 18,1 | 16,6 - 18,4 | 17,0 - 18,2 | 17,6 - 18,0 |
| H. du p¾doncule caudal | 11,0 - 11,4 | 11,8 - 12,4 | 11,0 - 12,1 | 11,4 - 12,1 |
| L. des nageoires pectorales | 23,5 - 25,9 | 23,6 - 25,5 | 23,5 - 25,4 | 24,2 - 24,6 |
| En % de la tÃte | ||||
| Longueur du museau | ||||
| Largeur du museau | 30,8* | 29,3 - 32,4 | 32,0 - 34,5* | 31,2 - 32,6 |
| Hauteur pr¾orbitaire | 15,1 - 17,5 | 15,7 - 17,4 | 13,3 - 15,5 | 13,5 - 15,3 |
| Diamètre de l'oeil | 32,2 - 33,1 | 30,0 - 33,3 | 32,1 - 36,4 | 31,9 - 35,5 |
| longueur du sous opercule | 43,6 - 44,4 | 43,6 - 45,8 | 40,0 - 46,2 | 42,9 - 46,8 |
| Largeur interorbitaire | 19,9 - 20,3 | 20,7 - 21,9 | 18,0 - 21,8 | 19,1 - 21,4 |
| Valeurs m¾ristiques | ||||
| Nombre d'¾cailles | ||||
| Ligne lat¾rale gauche | 34 | 33 - 34 | 33 - 35 | 32 - 34 |
| Ligne lat¾rale droite | 31 - 35 | 30 - 33 | 31 - 32 | 30 - 32 |
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| Nombre de rayons | ||||
| Dorsale | XVIII 9 |
XVII - XVIII 8 - 9 |
XVIII - XIX 9 |
XVII - XVIII 9 - 10 |
| Anale | VII 5 - 6 |
VII - VIII 5 - 6 |
VII 5 - 6 |
VII - VIII 6 |
| Nombre de dents caniniformes | ||||
| en haut/en bas | 7-8 / 6-8 | 6/6 | 5-7/5-7 | 6-8/4-6 |
| Nombre de vertÀbres | ||||
| abdominales/caudales | 14-15/17 | 14/16 | 14-15/16-17 | 14-15/16-174 |
| total | 31-32 | 30 | 31-32 | 31-32 |
| Mensurations et valeurs m¾ristiques d'apr¾s Barel et al. ((1977). D¾termination de la longueur standards, de la formule des nageoires, du nombre des vert¾bres, de longueur et de la hauteur du p¾doncule caudal sur les radiographies d'apr¾s Bòscher (1991). Localit¾s : (a) 20 km au nord de Zongwe, (b) 10 km au nord de Livua, (c) 5 km au nord de Lunangwa. (collection de l'auteur). |
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Bibliographie:
- Barel, C.D.N., M.J.P. van Oijen, F. Witte & E.L.M. Witte-Maas (1977) : An introduction to the taxonomy and morphology of the haplochromine Cichlidae from Lake Victoria. Neth. J. Zool.27: 33 3- 389.
- Büscher. H.H. ( 1991) : Neue Schneckencichliden aus dem
Tangtnjikasee. DATZ. - Aquarien Terrarien 44: 374-382
- Brichard_P. (1989) Cichlids and all the other Fishes of Lake Tanganyika. T.F.H. Publications, Inc.. Neptune City. N.J., USA.
- Poll, M. (1956): Poissons Cichlidae. In : Exploration hydrobiologique du lac Tanganika (1946/47), Résultats scientifiques. 3 (5B) : 1 - 619. Institut Royal des Sciences Naturelles, Bruxelles.
-(I978): Contribution à la connaissance du genre Lamprologus : Description de quatre espèces nouvelles, réhabilitation L. mondabu et synopsis remanié des espèces du lac Tanganika. Bull. Cl. Sciences, Acad. Roy. Belg., (5ème série) LXIV : 725-758.
Destination Tanganyika. / Heinz Büscher (Patrick Tawil) - Benoît Jonas/2001-2012.