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(suite)
Avertissement.
Dans cette seconde partie, il sera tenu compte de la révision du genre
Lamprologus parue le mois dernier dans RFC.
La nouvelle nomenclature impose d'importants changements en particulier pour tretocephalus qui devient Neolamprologus tretocephalus.
Je remercie vivement Robert Allgayer qui a mis à ma disposition le texte de la révision du genre Lamprologus.
Un certain nombre de données sur le comportement territorial et parental ont été exposés dans le chapitre précédent. Examinons à présent les différents patrons et attitudes du répertoire de Neolamprologus tretocephalus.
A) Patrons de coloration
1) Juvéniles
Aux premiers moments de la nage libre, les jeunes N. tretocephalus sont gris argenté. Les marques mélaniques apparaissent vite et se développent pour donner les barres verticales. Vers 2 mois, le patron de base à 6 barres est bien en place. Les barres sont d'un noir de plus en
plus soutenu et le jeune finit par ressembler à un adulte en miniature. Le gris ardoise de la tête, le blanc bleuté des flancs et le bleu ciel des nageoires sont d'une pureté aguichante. Les zones irisées (bords de la tache operculaire, liseré des nageoires, yeux ...) sont
étincelantes et font du poisson un joyau finement ciselé. Cette robe est celle que retrouvent les adultes dominés, mais sa pureté s'altère avec l'âge, les défauts étant plus visibles sur de grandes écailles.

Différentes livrées croquées par Patrick
Tawil.
Cette livrée (A,) représente la robe normale des juvéniles. Elle a un rôle social (ou autre ; voir lère partie) en servant de signal de reconnaissance entre individus. Toutefois, cette
robe s'efface temporairement chez certains juvéniles même âgés de plusieurs mois. Ces individus deviennent uniformément gris clair (livrée A'). Cette robe pourrait être une livrée de peur ou de stress, puisqu'on la rencontre chez des individus mal à l'aise, par exemple lorsqu'ils sont
placés clans un bac nu. Mais on retrouve mêlés dans le même aquarium des individus en livrée A, Ou A' .
Certains individus uniformément gris présentent une ligne longitudinale assez ténue (livrée A3) qui est probablement un signe de stress ou d'infériorité plus marque qu'en livrée A2. Toutefois, on rencontre aussi des individus A, parmi des A2 ou A1 sans qu'il y ait signe d'un réel
effroi (l'effroi est manifeste lorsque le poisson est immobile, collé contre un substrat et nageoires partiellement ou totalement repliées). Les livrées A_ et A3 indiqueraient donc une infériorité vis-à-vis des autres juvéniles bien qu'il n'y ait par encore de territorialité
marquée.
On observe de façon plus ou moins furtive des livrées intermédiaires. 2)
Individus matures
Une fois la maturité sexuelle atteinte, les individus dominés conservent la livrée Ai. Les autres adoptent une livrée semblable légèrement voilée de gris avec une vague traînée noire longitudinale médiolatérale (livrée B1). Les nageoires sont bleues comme chez les juvéniles,
quoiqu'elles puissent quelque peu s'assombrir. Lors d'une excitation intense (individus appariés ou très agressifs) apparaît une livrée particulière (B2) . Les barres verticales s'estompent sur le bas des flancs à partir d'une ligne allant du bas de l'oeil à la mi hauteur du pédoncule
caudal. En dessous de cette ligne, les flancs sont blanc- gris uniforme. Au-dessus, le patron mélanique reste inchangé, mais la coloration s'éclaircit nettement, en particulier en avant de la dorsale (cet éclaircissement dorsal se retrouve chez beaucoup de nidificateurs du Tanganyika
comme les Julidochromis).
Les nageoires s'éclaircissent également et deviennent bleu-blanc soutenu.
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Cette livrée, que l'on trouve chez les individus territoriaux ou appariés, est également le robe de garde des roufs et des alevins. C'est d'ailleurs à ces moments qu'elle est la plus durable. Elle est signe d'attention soutenue à l'égard des importuns. C'est
pourquoi elle est à peu prés permanente chez les couples défendant une ponte ou une nichée, plus particulièrement pour la femelle (le male est moins concerné tant qu'il n'y â pas sortie des alevins). Elle est plus occasionnelle chez un individu isolé. Elle surviendra par exemple
en cas de tension particulière (menace sérieuse par un rival ou combat).
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Croquis P. Tawil.
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La ou les livrées de stress sont difficiles à définir (hormis la livrée de soumission A 1. En général, les individus effrayés ou en mauvais état (psychologique ou physiologique) présentent la livrée B, en plus assombrie. D'habitude, un poisson stressé tend à prendre
une livrée très effacée et pauvre d'aspect qui lui permet de mieux se fondre dans son environnement. Les Neolamprologus tretocephalus, en particulier les mâles, se teintent de gris sombre. Dans des conditions analogues, Cyphotilapia réagit en prenant le même aspect c'est
même n'échappe pas forcément aux exigences de la dissimulation. Elle tend à les concilier avec la nécessité de signal social marqué. Selon les cas, la robe juvénile d'une espèce peut favoriser l'une ou l'autre exigence. Celle de N. tretocephalus allie les deux cas de loin, les
rayures de noir et de blanc sont aisément visibles mais pourraient avoir aussi un rôle disruptif (c'est ainsi qu'on expliquerait la robe des zèbres, en apparence excessivement voyante).
8) Attitudes comportementales :
1) Comportement agonistique
Comme la grande majorité des Lamprologiens (1), le comportement agonistique de N. tretocephalus suit de près le schéma de base des Cichlidés (défini par BAERENDS et BAERENDS VAN ROON, 1950). A ce titre, il peut être considéré comme relativement
plésiomorphe, c'est à dire en quelque sorte "primaire».
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N. tretocephalus, dominant et dominé, cliché P. Tawil.
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Des comportements agonistiques de type apomorphe se rencontrent chez certains nidificateurs tels les Julidochromis, Variabilichromis moorii et surtout des incubateurs comme les Mbuna (en préparation). Chez N. tretocephalus les attitudes
classiques des cichlidés se retrouvent sans grand changement : menaces frontales, latérales, prises de bec. Mais chez la plupart des nidificateurs du Tanganyika, un accent particulier est mis sur la menace frontale en raison des conditions particulièrement hostiles du Lac. La
défense des petits est beaucoup moins aisée qu'en milieu fluviatile vu la variété et l'abondance des espèces environnantes.
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En conséquence, le comportement agonistique doit tenir compte de l'importance du combat interspécifique autant - sinon plus que de la lutte intraspécifique. Partant de là, la prise de bec doit être particulièrement efficiente. D'ailleurs, la posture latérale
d'imposition est une attitude ritualisée et ne sert pas à grand chose en combat interspécifique. Si l'on rencontre des dents caniniformes à l'avant des mâchoires de presque tous les nidificateurs endémiques du Tanganyika ce n'est probablement pas seulement pour des raisons
alimentaires. Certes, les Lamprologiens sont en majorité des prédateurs et peuvent utiliser ces dents pour saisir leurs proies (insectes, crustacés, poissons. .. .), mais leur rôle essentiel pourrait être de "défenses» (les défenses des sangliers par exemple n'ont aucun rôle
alimentaire).
Mais revenons à l'attitude frontale d'intimidation. Elle est employée pour la défense du territoire ou des alevins, entre individus de la même espèce comme
1) On entend par là les membres du phylum (ou lignée évolutive) de Lamprologus, c'est à dire les genres Paleolamprologus, Variabilichromis, Lamprologus, Lepidiolamprologus, Neolamprologus, Telmatochromis, Julidochromis et Chalinochromis
2) Le terme de plésiomorphe est employé de préférence à celui de "primitif", car il a une signification plus relative et moins évaluative. Il s'oppose à apomorphe qui désigne un caractère dérivé, pas forcément plus «évoluée que le caractère plésiomorphe il peut éventuellement être une régression et donc être estimé comme „moins évolué» Par exemple, la disparition des membres chez les serpents ou certains lézards est un caractère apomorphe. Elle est incomplète chez les espèces primitives - à d'autres égards - comme les Boas et Pythons. Mais l'apodie n'est pas un état plus évolué Que la possession de membre. vis-à-vis
d'autres. Elle est adoptée dès que danger se précise. Chez Neolamprologus tretocephalus et chez quelques autres Neolamprologus (par exemple N. sexfasciatus, N. savoryi, N. elongatus, N. ocellatus, N. lemairii, N. furcifer...) elle est accompagnée d'un intense
déploiement operculaire (ou plutôt operculo-gulaire puisque la gorge» se déploie en même temps que les opercules) qui a pour effet d'élargir nettement l'aspect de la tête.

Thorichthys meeki (Rio Misol-Ha)
L'effet est renforcé par les taches noires situées sur le bord de l'opercule - la ressemblance de ces taches avec des yeux menaçants augmente peut-être leur effet.
L'intimidation par des ocelles operculaires s'est parallèlement développée, à des degrés divers, chez bon nombre de Cichlidés aussi bien africains que néotropicaux. Parmi ces derniers, un très bel exemple de déploiement operculo-gulaire est donné par les Thorichthys.
Chez les Neolamprologus cités ci-dessus, la tache operculaire est bien marquée et les opercules se déploient dans un sens à peu près perpendiculaire au plan sagittal du poisson. Chez d'autres (Variabilichromis moorii, N. leleupi,
A. compressiceps, N. tetracanthus...),
ces caractères sont beaucoup moins marqués.
Les menaces frontales sont alternées avec des attitudes latérales d'imposition, nageoires déployées. Ces postures sont généralement accompagnées de battements de queue. L'eau est projetée sur les flancs de l'antagoniste afin de mieux lui faire apprécier la puissance de son adversaire.
Chez N. tretocephalus, cette posture est plutôt réduite et délaissée au détriment de la menace frontale plus efficiente. Chez les espèces à faible déploiement, la posture latérale d'imposition est plus souvent employée. Elle est accompagnée d'un abaissement du plancher buccal
qui augmente ainsi la hauteur du corps.
En combat intraspécifique, N. tretocephalus utilise les attitudes latérales. Mais généralement, seul un individu l'adopte tandis que son antagoniste lui mord les flancs. La suite logique de cette joute est une poursuite circulaire, mais chez N. tretocephalus, elle est à
peine esquissée.
L'épreuve de force pure consiste en une prise de bec. C'est ce moyen qu'utilisera N. tretocephalus pour dissuader un adversaire d'une autre espèce. Si l'adversaire ne recule pas devant la menace frontale, il y a attaque directe. Lors de cette attaque, le corps est tendu, le
poisson approchant à vitesse réduite. Au moment de l'impact, le poisson donne un violent coup de rein tout en plantant ses dents caniniformes dans son adversaire. Ce dernier est en général projeté assez loin. Cette attaque est différente de la charge directe, beaucoup plus rapide et
sèche mais moins puissante. La charge est peu employée par N. tretocephalus en raison de son apathie. Elle sera utilisée soit pour chasser sans effort un ,tant par une intimidation soutenue, soit en cas J , (cf. 1êre partie)
Les espèces voisines de N. tretocephalus, à large déploiement operculaire élargissent elles aussi largement le coup de rein et la charge sèche. Cette dernière est plus souvent employée par les espèces lestes tel Lepidiolamprologus
elongatus. Quand au "coup de rein", son efficacité est grande car la puissance est dosée au bon moment.
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Lepidiolamprologus elongatus, Auteur Eric Genevelle (2000)
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Par exemple, j'ai vu une femelle L. elongatus de quelques 4/5 centimètres de long expulser hors de son nid un mâle Telmatochromis caninus 5 fois plus lourd qu'elle !
Il faut préciser que l'intrus cherchait activement à s'emparer de la cache des L. elongatus.
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La femelle lui faisait front et implantait ses crocs dans sa bouche. Simultanément, son coup de rein éjectait littéralement l'intrus loin à l'extérieur du nid. Le male "brichardi", quant à lui, lançait des charges de l'extérieur mais sans grand effet sur le
colosse. Ce manège se répéta 5 ou 6 fois jusqu'à ce que T. caninus, trop gros et trop aguerri, occupe définitivement le terrain.
Cet ensemble de techniques d'expulsion (coup de rein avec morsure et charges) est également l'apanage partiel ou total des nidificateurs fluviatiles africains ou américains, mais il est poussé à un haut degré d'efficacité chez les nidificateurs du Tanganyika. En effet, si l'on met en
présence un couple de tanganyikiens et un de fluviatiles (composés d'individus de masse voisine) dans un aquarium de petite taille, il y a neuf chances sur dix que les premiers aient le dessus et occupent le terrain. De même, un couple de tanganyikiens saura mieux se faire une place
au milieu d'incubateurs buccaux qu'un couple de fluviatiles. Par exemple, un couple de Cichlasoma (Theraps) nicaraguense (mâle d'environ 18 centimètres) ne réussissait pas à être parfaitement souverain dans un bac "d'Haplochromis" un peu plus gros , ces
derniers sont pourtant peu dégourdis en combat interspécifique. Des Lamprologiens ou certains Mbuna de même taille se feraient toujours nettement mieux respecter.
En plus de l'approche frontale décrite ci-dessus, il existe un autre type d'approche directe employée seulement lorsqu'un importun s'écarte sans opposer de résistance. Il s'agit d'une attitude oblique tête vers le bas, le corps incliné entre 30 et 45° et
nageoires altièrement déployées. Les yeux regardent dans la direction de la nage et fixent l'intrus de manière menaçante. Par exemple, si le mâle N. tretocephalus aperçoit un jeune Cyphotilapia de 4 à 5 centimètres trop près du nid, il préférera souvent adopter
l'approche oblique. En revanche, un individu de 20 centimètres (femelle adulte par exemple) réagira de plus mauvaise grâce. Le mâle N. tretocephalus devra user de menaces faciales qui lui demanderont plus de tension nerveuse
L'approche oblique peut être complétée par une charge, en particulier si son effet tarde à se faire sentir. En tout cas, elle est utilisée très largement chez des espèces sures d'elles, par exemple N. tetracanthus, V. moorii, N. elongatus, N. savoryi et quelques fluviatiles
comme Pelvicachromis pulcher.
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