Par P. Tawil
avec la collaboration de Philippe Amouriq
|
Introduction :
Bien que n'ayant jamais été parmi les plus populaires, cette espèce a connu un succès précoce à l'ombre d'autres nidificateurs du Lac Tanganyika tels que les Julidochromis, Neolamprologus brichardi ou encore N. leleupi. Ce statut
s'explique probablement par le fait que cette espèce se situe entre les «petits» et les «grands» Neolamprologus aussi bien par la taille que par le comportement. |
|
Description : Neolamprologus tretocephalus Boulenger, 1899 se distingue au premier abord par un aspect plutôt massif du à l'épaisseur de son corps et à la raideur de ses contours. La tête, en particulier, est assez anguleuse. De profil, elle apparaît grosso modo comme un trapèze rectangle, et de face, elle est presque carrée (d'où probablement le nom spécifique tretocephalus, et non tetrocephalus comme on le dit souvent, donné par Boulenger. Cette rudesse d'aspect est plus marquée pour les spécimens adultes, en particulier les mâles et se renforce par le fait que le ventre présente rarement l'harmonieux rebondi des espèces moins frugales. Les nageoires, tout aussi «taillées au couteau» et le reste accentuent l'apparence triviale de N. tretocephalus. C'est là que s'arrête le plus nettement la ressemblance avec Cyphotilapia. Chez ce dernier, la raideur du profil, déjà très atténuée par la forme de la bouche, la bosse nucale et la hauteur du corps, est tout à fait dissipée par l'harmonieux développement des nageoires. La coloration est très semblable à celle de Cyphotilapia ; elle est responsable des confusions par les aquariophiles,
en particulier entre spécimens juvéniles.La couleur de fond est le gris sur la tète, devenant blanc-bleuté sur les flancs. Cinq barres verticales traversent les flancs dont trois sous la dorsale, se prolongeant dans la partie inférieure de celle-ci. La cinquième se trouve sur le pédoncule caudal. La première est située en arrière de la tête et est prolongée par une tache operculaire haute et large. Une sixième barre se trouve à la hauteur de l'oeil, assez grand, et ne se prolonge pas en dessous. Le nombre de barres est ainsi égal à celui des Cyphotilapia les plus répandus dans le lac (une forme dans le Nord et une dans le Sud ; la forme nominale de Cyphotilapia frontosa est pourvue de 6 barres et se trouve restreinte à une très petite zone autour de Kigoma). Les nageoires sont gris-bleuté avec un liseré bleu brillant. La taille maximale donnée par M. Poll est de 140 millimètres, mais les deux mâles adultes dont il sera largement question dans cet article dépassaient nettement cette taille. On ne peut absolument pas parler de gigantisme dû aux conditions de vie en captivité, puisque ces spécimens furent acquis sauvages à leur taille définitive. Neolamprologus tretocephalus habite les fonds rocheux des abords littoraux à une profondeur de 6 mètres en moyenne. Son abondance est relativement faible mais on le trouve en de nombreux endroits du lac. Dans le Sud, il est remplacé par son espèce jumelle, sexfasciatus et par la forme jaune de ce dernier. Le régime est essentiellement malacophage, comme l'attestent ses dents pharyngiennes molariformes pour broyer les coquilles des mollusques. Ce régime expliquerait l'épaisseur de la tête, caractéristique d'espèces malacophages (comme par exemple à un degré plus net, les Labrochromis du Lac Victoria). D'après Max Poll, le tube digestif relativement court d'un tiers de la longueur totale), contenait des fragments de larves aquatiques d'insectes et d'insectes chez un spécimen et des fragments de coquilles de Lamellibranches chez un autre.
Les insectes seraient un complément chez N. tretocephalus, alors que N. sexfasciatus légèrement plus grand et plus allongé, pourrait être complémentairement piscivore. En plus de légères différences de taille et de morphologie, les 2 espèces se distinguent par le nombre de barres 5 chez N. tretocephalus au lieu de 6 chez N. sexfasciatus, en fait 6 et 7 en comptant la barre sous-oculaire présente chez les 2 espèces.
|

Neolamprologus tretocephalus (Photo de Patrick Tawil).
Les 2 genres n'étant pas apparentés directement, cette ressemblance n'est peut-être pas fortuite. Il pourrait s'agir d'un cas de mimétisme tout comme avec Plecodus straeleni à morphologie et à
coloration tout aussi semblables à celles de Cyphotilapia juvéniles. Dans un cas comme dans l'autre, l'espèce mimée - qui est toujours la plus abondante - serait un Cyphotilapia ; les deux autres espèces seraient alors les mines. Différentes hypothèses peuvent être
avancées pour expliquer un tel mimétisme :
|
|
Aquariologie :
Nos premiers spécimens remontent à fin 1977. Á cette époque, il était facile d'obtenir de gros individus sauvages dépassant 15 centimètres pour les mâles. Ils ne furent pas difficiles à acclimater, étant solides
comme la majorité des Neolamprologus, mais ne montraient pas de tendances particulières à la reproduction. En bac d'ensemble, de quelques centaines de litres, ils se contentaient de tenir leur place
et c'est tout. Peu remuants, et somme toute assez débonnaires, ils ne méritaient guère la réputation d'agressivité dangereuse que l'on fait habituellement aux grands Neolamprologus. Ce premier exemple, qui illustre une cohabitation assez réussie entre des Julidochromis, Cichlidés effacés et paisibles, et N. tretocephalus, prouve bien que celui-ci est loin de mériter d'être considéré comme un gros destructeur. D'ailleurs, ce bac contenait auparavant deux couples de Neolamprologus brichardi à la place de N. tretocephalus et les mêmes Julidochromis, à l'époque un peu plus nombreux. Ces derniers ne pouvaient alors nullement se reproduire, du fait du comportement colonial et fortement envahissant des N. brichardi. Les Julidochromis, même le plus gros, avaient alors tout à craindre des petits N. brichardi de quelques semaines, car le moindre accrochage avec l'un de ceux-ci le mettait aux prises avec une nuée de diablotins. Les petits N. tretocephalus peu enclins aux escarmouches, ne comptent que sur la protection des parents. Comme la plupart des jeunes Neolamprologus, les petits N. tretocephalus vaquent en pleine eau et non collés au substrat comme ceux des Julidochromis ou de Neolamprologus furcifer. Du fait d'une certaine apathie des parents, cela les rend assez vulnérable comme le montrera le cas suivant, plus complet dans sa réalisation.
Le premier point n'appelle pas de commentaires. Quand aux maladies, elle sont assez abondantes. La femelle a fréquemment été envahie par une sorte de mousse qui lui couvrait la tête et qui fini par devenir plus ou moins chronique, les rechutes coïncidaient généralement avec des ruptures, d'autant plus que, au tout début, lorsque le mâle était en pleine santé, elle était fréquemment malmenée.De son côté, le mâle commença par subir une déficience de la vessie natatoire, comme le précédent. Chez ce dernier, la vessie natatoire était insuffisamment gonflée, le contraignant à se reposer sur le fond et à nager par petits déplacements, un peu comme le feraient des espèces rhéophiles. Ce cas est fréquemment rencontré chez les poissons d'aquariums et, si le poisson n'est pas trop blackboulé par ses compagnons, il se remet lentement.En revanche, chez le second, la vessie gazeuse était exagérément gonflée, le contraignant à faire de constants efforts pour se maintenir près du fond. L'instinct de conservation d'une espèce benthique comme celle-ci entraîne une telle phobie de la surface que le poisson lutterait jusqu'à épuisement (c'est à dire souvent jusqu'à la mort) plutôt que de se laisser dériver.En l'occurrence le mâle N. tretocephalus se calait sous une pierre lorsqu'il désirait se reposer. Le plus difficile pour lui était de subir les assauts de poissons qu'il tient en respect en temps normal (en particulier les mâles Petrochromis).Maintenant, au terme de 6 années dans ce bac, le couple en est toujours au même point. Tous deux sont borgnes et ont les nageoires irrégulièrement reconstituées après avoir été rognées par leurs adversaires et certains houspilleurs comme les Tropheus. Leur âge plutôt certain ne les empêche pas de continuer à se reproduire (le mâle dépasse très probablement les 11 ans).La reproduction de ce couple dans ce 2400 litres a toujours été un spectacle particulièrement plaisant. Lorsque l'édifice rocheux choisi comme nid daigne rester en place, la femelle y reste le temps de l'éclosion et jusqu'à la nage libre des alevins (atteinte en quelques jours). Les oeufs sont toujours déposés sur le fond bleu de l'aquarium et la femelle reste au dessus pour les ventiler. Le mâle, qui n'entre au nid que pour la fécondation, rôde aux alentours.Les problèmes de la défense du nid commencent vraiment lors de la sortie des alevins. Une double exigence s'impose alors généralement : préserver l'intégrité et défendre la portée. L'importance accordée à chacun de ces deux impératifs peut être très variable. En effet, l'attaque des parents vis-à-vis d'un intrus ne sera pas motivée uniquement par une simple violation de territoire, mais aussi par le danger qu'il représente vis-à-vis des alevins. Voici, à ce sujet, en résumé, les observations de P. Brichard (1982) sur Neolamprologus sexfasciatus (espèce juvénile de N. tretocephalus) dans la partie sud du lac :
Les alevins forment un hémisphère au-dessus du nid et s'y replient au moindre dangers. Si celui-ci est pressant, il y a fuite désordonnée dans alevins vers le nid. Sinon, il y a «aspirement» progressif en commençant par les couches
externes.
Comme on le voit ce comportement « à géométrie variable» est axé sur la défense directe des petits (multiples pontes et observations du couple dont il est question plus haut, plus continue seul les
prises de bec avec l'intrus ou du moins cherche à l'occuper loin du nid. La femelle de son côté, lance des charges cinglantes -portant plutôt sur les flancs cette fois- à partir de son nid. Si l'assaillant, dérouté, cherche à se polariser sur la femelle, le mâle lance à son tour des
charges de harcèlements. Dans ce cas, la force n'a pas suffi à mettre en fuite l'attaquant, mais il faut une bonne dose de persévérance à ce dernier pour ne pas reculer devant ce tir croisé, que le couple poursuit tant qu'il persiste une chance de le faire reculer. Le plus lourd tribut d'alevins était prélevé peut-être par les rapides Cyprichromis microlepidotus et sûrement par l'excès d'alevins d'autres espèces présentes dans le bac, en particulier de petits Cyphotilapia. Ces derniers s'infiltrent insidieusement entre les pierres et ne sont pas facilement repérés par les parents. Lorsque la disparition des alevins était constatée, le couple traversait une période de mésentente plus ou moins longue. Quand il se reformait, il cherchait presque toujours un site de ponte différent (pratiquement tous les sites de ponte adéquats du bac ont été explorés). Le plus significatif dans ce manque de capacité des parents à défendre leurs petits en aquarium est le fait que les premières nichées étaient les plus durables, les parents étant alors plus jeunes et vigoureux et surtout non borgnes. De toute façon, aucun petit n'a jamais survécu, ni dans ce bac de 2,70 mètres, ni dans celui de 4,10 mètres (seuls ceux du 400 litres ont survécu vu que les commensaux* des N. tretocephalus étaient des Julidochromis et des N. leleupi).
Actuellement, ce couple du bac de 2,70 mètres n'a toujours pas pris sa retraite. Sa dernière ponte a eu lieu en novembre 84. La nichée a subsisté longtemps par rapport aux précédentes. Depuis peu, il cohabite avec un couple de
redoutables V. moorii, beaucoup plus acerbes et efficaces dans leur défense des petits.
Variabilichromis moorii et alevins. Les alevins, pour être récupérés, sont facilement siphonnés dans un seau, comme pour toutes les espèces dont les petits se tiennent groupés et non collés au substrat. Une fois, lors de la réfection du bac de 2,70 mètres (toutes les pierres et tous les poissons, sauf le gros Cyphotilapia, sont retirés à cette occasion) nous aperçûmes des oeufs sous la cache lus N. tretocephalus, Ces oeufs étaient déposés sur le fond du bac, le sable ayant été écarté sur un rayon de quelques centimètres. Ils étaient donc inamovibles sans dommages, Pour pouvoir pêcher le restant de poissons et nettoyer le sable sans problème, une petite cuvette parallélépipédique en plastique fut placée , retournée, sur les oeufs, une pierre fut posée dessus en guise de lest. Après la réfection, et bien qu'elle fut laissée dans lu bac, la femelle ne se réinstalla plus à côté de ses oeufs, probablement à cause du fait qu'il fut impossible de reconstituer exactement la cache. Cela n'a pas empêché les oeufs d'arriver à terme et, quelques jours après, on pouvait apercevoir quelques petits N. tretocephalus épars, qui ne firent évidemment pas long feu. Cette expérience est à renouveler, si l'on tient à récupérer la ponte. On devrait alors essayer de reconstituer avec précision la cache, ou mieux encore, recouvrir l'ensemble d'un filet en s'arrangeant pour que la femelle reste à l'intérieur. Ce ne serait possible que si les roches qui composent la cache soient indépendantes de celles que l'on aurait à retirer.
Une autre anecdote a trait à la façon de N. tretocephalus de fuir l'épuisette. |
|
Nourriture : |
http://www.geo.arizona.edu/nyanza/pdf/nduwarugira.pdf

Destination Tanganyika./ Patrick Tawil - Philippe Amouriq / Estelle et Benoît/2001-2010.