
Auteur: Laurent Bourdelas A.F.C 1633/16
Article paru dans la RFC n° 207 mars 2001.
Rédacteur Philippe Burnel
Cet article a pour but d'aider tant soit peu les personnes désirant se lancer
dans la maintenance de ces merveilleux poissons que sont les Tropheus. Pourquoi
cet article ?
Pour condenser et essayer de résumer ce qui est déjà paru sur le sujet.
Mais aussi éviter à d'autres les quelques expériences malheureuses
qui sont arrivées à moi-même ou à d'autre aquariophiles.
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L'aquarium Pourquoi
commencer par ce chapitre ? Pour permettre de se donner les moyens
nécessaires à la maintenance et éviter de faux espoirs
à ceux ayant de trop petits aquariums à leur disposition. Les différentes espèces de Tropheus Certaines espèces sont plus faciles à élever que d'autres. Aussi allons nous les classer en fonction de leurs caractère, du plus accommodant au moins aisé, tout en sachant que même parmi les premiers, les exceptions ne sont pas rares.
Tropheus duboisi
Tropheus duboisi présente la particularité d'avoir une livrée très différente à l'état juvénile, sa robe est alors noire, tachetée de blanc à bleu nacré. La robe devient progressivement noire avec la tête bleue et une barre traversant le corps. Son domaine de prédilection varie entre 5 et 15 mètres de profondeur dans l'habitat rocheux mais il se rencontre également dans la zone intermédiaire, même si cela reste plus rare. C'est une des rares espèces à pouvoir être maintenue en groupe restreint si l'aquarium est bien agencé. On peut ainsi maintenir un trio avec un seul mâle, l'idéal restant tout de même un groupe stable d'au minimum six individus avec, si possible, une majorité de femelles. Cela restant pour beaucoup une question de chance et, pour d'autres, une question d'argent : certains commerçants n'acceptant de vendre plus de femelles que moyennant une hausse non négligeable du prix du poisson !
Dans tous les
cas T. duboisi reste une espèce très paisible, idéale pour les
débutants «tropheusophiles», même s'il reste possible qu'un mâle se
transforme soudain en tueur sanguinaire poursuivant méthodiquement et
tuant les uns après les autres les autres Tropheus. Cela étant
parfois dû à une erreur de la part de l'éleveur ; nous verrons pourquoi
plus loin. Tropheus annectens
Il existe trois variétés de T. annectens qui se caractérise par une queue fourchue et par un nombre réduit d'épines anales (4). Tout d'abord le poisson communément appelé T. polli trouvé sur la côte Est aux environ de Bulu point en Tanzanie. C'est le plus grand Tropheus avec une longueur de 16 centimètres. Sa coloration n'est peut être pas exceptionnelle mais sa ligne longue et fine est reconnue plus élégante par certains de ses propriétaires.
La côte du Congo abrite deux populations: aux
îles Kavala (Tropheus "Kongole") et à Mtoto. La taille, par rapport
à celle du Tropheus "polli" est celle d'un Tropheus standard
soit 12 à 13 centimètres. La robe du "polli" est également plus bleue. Tropheus sp. "black"
On regroupe
sous cette dénomination les Tropheus vivant au nord du lac et ayant
pour particularité une robe à dominante noire. Leur taille moyenne est
d'environ 13 cm et leur morphologie générale assez semblable à celle de
T. moori. Certains auteurs décrivent la variété d'Ikola comme espèce
distincte sous le nom de Tropheus "Kaiser Ikola" ; c'est d'ailleurs
une très belle espèce dont le tiers central du corps est jaune vif. Au
poin Dans le cas de l'acquisition de cette variété, préférez le minimum de mâles pour un maximum de femelles, et un maximum d'espace ; un volume de 750 litres étant alors le minimum à conseiller. Les autres variétés de Tropheus "Black" sont beaucoup plus paisible à mon goût et peuvent être maintenues dans un bac à partir de 400 litres correctement agencé et peuplé.
Tropheus moorii et affiliés
C'est l'espèce type du genre décrite par Boulenger en 1898. Nous trouvons
dans cette espèce une grande variété de poissons qui peuvent être
différents non seulement par la couleur mais également par certains
détails corporels souvent difficilement discernables: corps plus ou moins
trapu, lèvres plus ou moins épaisses. L'aspect général restant le même.
On trouve les T. moorii dans la moitié Sud du
Un groupe de Tropheus moorii peut être regroupé sous la dénomination de "double chevrons clairs", ils viennent du Congo. On connaît les populations de Zongwe, Kapampa. Les Tropheus moorii "Murago" restent un peu à part (Murago n'est pas un lieu de pêche mais une appellation commerciale). On le trouve également sur la côte congolaise, comme les formes Zambiennes il présente des points sur la tête, mais ceux-ci sont nettement plus gros et de taille variable selon la localité de pêche. Les formes du nord ayant des points plus petits. C'est à mon avis une des variétés les plus douces et les plus faciles à maintenir, même si elle conserve un caractère certain. C'est un Tropheus ! Jusqu'à il y a quelques années les Tropheus rouges du sud Congo et ouest Zambie, étaient considérés comme des moorii. C'est en fait une espèce non décrite puisque des zones de cohabitation entre moorii et "rouge" ont été découvertes. parmi les "rouges" on connaît bien les variétés très colorées de Moliro, Chimba, Lupota.
Tropheus brichardi
Par avance je m'excuse auprès des heureux propriétaires de T. brichardi n'ayant aucun problème avec des poissons de cette espèce mais mes différents essais de maintenance avec des individus de ce groupe se sont soldés par des échecs, sans doute évitables: c'est promis, dès que j'ai de la place dans un bac, je renouvelle l'expérience. De nombreuses variétés sont connues: "Canary cheek", "Kipili", "Mpimbwe" la liste n'étant pas exhaustive, car T. brichardi se rencontre sur la rive est de Nyanza-lac (Burundi) au sud de Kipili (Tanzanie) et de l'ouest de la péninsule de l'Ubwari à cap Tembwe. Notons que Konings sépare maintenant les Tropheus de Mpimbwe des brichardi en les considérant comme espèce non décrite.
Les Tropheus dans leur milieu naturel
La territorialité des grands mâles n'a rien de comparable avec celle des mâles Petrochromis par exemple. En effet même si les mâles vont chasser fréquemment leurs congénères, on peut les trouver côte à côte en train de brouter. Les Tropheus sont des végétariens «purs et durs» se nourrissants d'aufwuchs, l'algues typique tapissant les rochers. Ils raclent de leur bouche épaisse la matière végétale, phénomène que l'on peut également observer en aquarium si celui-ci est suffisamment "vert".
On trouve des espèces de Tropheus différentes dans une même localité mais dans des biotopes un peu différents. Ainsi, si on trouve T. moorii et T. brichardi le premier préfèrera la zone supérieure et poussera le second dans la zone des 10 - 15 mètres moins favorable car moins riche en couverture biologique.
L'aquarium à Tropheus
La surface au sol restera la plus grande possible mais il sera bon de conserver une hauteur minimale de 45 à 50 cm, hauteur des enrochements oblige. La maintenance des Tropheus est parfois réalisée dans des volumes inférieurs, de l'ordre de 250 litres ; mais il s'agit alors de bacs d'élevage où la surface au sol reste d'un mètre par 0,50 m et où le décor est composé de sable et d'une pierre placée à une des extrémités et servant de substrat au seul mâle placé avec un harem de 5 à 6 femelles. Mais je le répète, il s'agit plus d'un bac d'élevage que d'un aquarium permettant d'observer le comportement intéressant des Tropheus dans un biotope recréé intelligemment selon les besoins. De plus, dans un milieu aussi "réduit", l'éleveur n'aura d'autre solution que de faire cracher la femelle pour récupérer le maximum d'alevins et, surtout, en récupérer tout court car la femelle incubant dans un petit volume sans décor soumise à une pression importante de la part des autres membres du groupe a toutes les chances de ne pas mener son incubation à terme. Une femelle n'étant pas laissée avec ses alevins ne peut pas les éduquer. on obtient alors des jeunes qui, plus tard, n'élèvent pas leurs petits et des femelles ayant du mal à mener à terme leurs incubation. Pour certaines de celles-ci un minimum de 3 à 6 incubations avortées étant alors nécessaire, laissez donc vos femelles s'occuper de leurs jeunes. Il n'y a rien de plus mignon qu'une femelle Tropheus apprenant à ses alevins comment brouter et les reprenant en bouche à la moindre alerte.
Celles-ci devront être assez nombreuses pour former un ensemble
cohérent et conséquent. Pour moi, les meilleures roches à utiliser se
doivent d'être non abrasives et permettent de créer des caches pour
les poissons.
J'utilise des pierres calcaires dites "de Viterne" ou pierres
à trous mais, attention, il en existe de deux sortes et l'une d'elle
a des arêtes tranchantes. Il vaut mieux lui préférer celles dont les
débouchés de trous et autres arêtes sont bien lisses et non coupants
au toucher. Le calcaire des pierres étant lui aussi important pour son pouvoir tampon, le pH restera ainsi plus facilement élevé grâce à l'augmentation du TAC provoquée par la dissolution lente des pierres. L'idéal est la réalisation de tas de pierres atteignant les deux tiers de la hauteur à la totalité de la hauteur d'eau. La création suivant la taille de l'aquarium reste variable mais, par exemple, pour une cuve de 150 cm de long, je préfère disposer un tas de pierres principal à chacune des extrémités et des petits tas reliant ces derniers. Au cas où les mâles dominants se trouveraient être trop agressifs, les deux tas principaux seront "décalés" sur le devant de l'aquarium et les petits tas en continu seront placés à l'arrière.
Il n'est pas conseillé d'enlever ce poisson car dès lors la hargne du (ou des) mâle dominant se reportera sur un autre sujet, déséquilibrant ainsi la totalité de la population. Il sera également très difficile de réintroduire le poisson dans l'aquarium après qu'il se soit refait une santé. Les tubes placés en surface lui permettent ainsi de trouver un refuge. S'il est vraiment blessé ou mal en point et si les tubes n'ont pas eu l'effet souhaité, le mieux est de le placer dans un bac flottant à la surface et de le relâcher dès que son état le permet. Les "cages" en mailles conviennent bien mais les bacs peuvent également être utilisés. Le déséquilibre engendré par le retrait d'un dominé peut également rendre le dominant "fou" et le transformer en meurtrier éliminant tous les membres du groupe les uns après les autres, et cela devant un aquariophile impuissant. Si le cas se présente, il reste deux solutions. la première est de transférer la population dans un bac de faible volume relatif (fonction de l'importance du banc et de la taille des individus) et sans décor. Par expérience un bac de 160 litres (100 x 40 x 40) est suffisant pour un groupe de 8 à 10 poissons. Bien sûr la maintenance doit être irréprochable, la pollution engendrée par les poissons pouvant amener des conséquences graves. La surveillance du groupe doit être fréquente et régulière pour éviter tout problème. Si un mâle dominant reste agressif il est possible dans le même temps de l'isoler dans une boite spécialement prévue à cet effet. il s'agit d'un aquarium en plastique de 25 x 20 cm dont les angles sont arrondis. On percera trois à cinq trous de 10 mm de diamètre à trois centimètres du bord sur chaque face et quatre trous dans les angles supérieurs pour faciliter le mise en eau de l'ensemble et pour pouvoir nourrir le pensionnaire.
On ferme l'ouverture avec une plaque de verre et on pose une pierre
sur le bac pour maintenir l'ensemble au fond. Le poisson sera maintenu
pendant deux semaines dans sa prison puis pourra être relâché tout
en restant "en observation" pour y être remis si le besoin
s'en fait sentir. Certains réalisent ces
«cages»
au moyen de grillage en plastique en formant un cylindre sur toute
la hauteur du bac, le fond étant réalisé au moyen d'un fond de seau
en plastique et lesté par une pierre ; le système permet une très
bonne circulation d'eau tout en laissant le poisson "intégré"
au groupe.
La
filtration est capitale dans un aquarium de maintenance de poissons tels
que les Tropheus. Elle doit être importante, de l'ordre de trois à
cinq fois le volume du bac et permettre une bonne oxygénation de l'eau car
nos poissons viennent de zones de ressac à faible profondeur et où les
courants restent violents. Le système de filtration doit donc être
performant et l'utilisation d'un filtre semi-humide est la meilleure
méthode pour obtenir une eau chargée en oxygène. l'adjonction d'une ou
deux pompes de brassage est un plus.
L'adjonction de maerl*
dans la cuve de filtration peut aider à maintenir un pH élevé en appoint
des pierres calcaires ou en remplacement si celles-ci n'ont pas été
choisies pour le décor. L'éclairage n'a pas une grande importance,
néanmoins je suis favorable à une puissance d'éclairage importante, voire à
l'appoint d'éclairage solaire pour permettre la croissance d'algues qui
constitueront un complément nutritif à nos charmants herbivores.
Cela nous
conduit à un point important dans la maintenance de nos pensionnaires :
l'alimentation. Une autre excellente nourriture reste la mixture maison bien connue. J'utilise la recette suivante:
Ces ingrédients sont mixés et liés avec la gélatine (la gélatine en poudre
convient mais je préfère la gélatine végétale ou Agar-agar qui est une
algue marine). La mixture est placée sur des plaques et congelée. Une autre excellente nourriture est constituée par les algues qui poussent sur le décor et que les poissons vont s'empresser de brouter. Il est certain qu'ils vont venir quémander comme de vulgaires affamés mais il reste important pour leur santé de ne les nourrir qu'une fois par jour. Si le supplice est trop difficile à supporter pour le propriétaire, vous pouvez les alimenter deux fois par jour, en réduisant les rations. Le fait que les Tropheus sont d'éternels affamés peut être utile. En effet quand vous entrez dans une boutique les proposant à la vente, il est important que, lorsqu'on s'en approche et que l'on place la main au-dessus du bac, ils se mettent à "danser" pour quémander. Ils doivent être actifs. Des poissons peu actifs sont malades et leur bac est à fuir comme la peste.
La maladie des Tropheus
Quelle est donc cette fameuse maladie ?
Etant des herbivores les Tropheus ont un intestin très long (7 à 8
fois sa taille). Ayant un long transit intestinal, ils sont sujets à des
troubles entraînant la fameuse «maladie des Tropheus».
Le stress dit "de maintenance" peut
prendre divers aspects. Il s'agit souvent d'un problème d'alimentation ou
de cohabitation occasionnant à plus ou moins long terme un stress chez les
poissons. Par exemple, la mise en présence de Tropheus avec des
lamprologiens relativement territoriaux et/ou agressifs. Ce type de stress
sera identique lors de la cohabitation entre deux populations de
Tropheus, T. moorii et T. brichardi par exemple, l'une
prenant le dessus sur l'autre. Le premier symptôme, et le plus important,
est la perte d'appétit souvent accompagnée d'une certaine apathie. Sans
traitement celui-ci est suivi d'un gonflement important du corps,
particulièrement de la région abdominale. Le poisson reste prostré au fond
mais il peut également se tenir en surface, la respiration accélérée. Le traitement s'effectue au Métronidazole combiné au Nifurpirinol soit sous leur forme pure, en poudre, soit sous la forme commercialisée Flagyl© pour le premier, et Aqua-Furan© pour le deuxième. Personnellement j'utilise du Flubendazol du Chloramphenicol associés au Metronidazole à raison de 3 g pour 100 l pour ce dernier et sous sa forme pure, 1 g pour 100 l de Chloramphenicol toujours sous sa forme pure.
Quand au Flubendazole, je l'utilise sous
sa forme commerciale, le Fluvermal©, à raison d'un comprimé pour 100 l
d'eau et par jour.
Une fois la phase de non-alimentation
passée, les poissons ont été nourris pendant une semaine avec des
paillettes trempée dans du Flubendazole.
Tropheus et cohabitation
Voilà votre banc de
Tropheus constitué. Le désir de leur adjoindre d'autres espèces
reste fort compréhensible.
À l'inverse, la présence
de Tropheus se révèle trop stressante pour les poissons timides
comme les
sabulicoles. Le mieux reste la cohabitation avec les Petrochromis dont
on ne maintient , même dans un grand volume, qu'un seul mâle avec un
nombre important de femelles. Il ne vous reste plus qu'à faire l'acquisition de votre groupe de Tropheus et prendre un réel plaisir à les voir grandir puis se reproduire.
Par une nage pilote, le mâle dominant va
attirer une femelle gravide vers la zone de frai qu'il aura choisie et
nettoyée. Cela peut être un pan de roche en pente douce sur lequel il aura
parfois recraché une coulée de sable, ou bien une légère dépression dans
le sable. Un amis caennais m'a même indiqué que son mâle Tropheus "polli"
creuse un nid à la façon d'un mâle Cyathopharynx !
En absence de prédateur, les petits
grandissent avec les adultes, se réfugiant dans la moindre faille du décor
dès qu'un adulte s'en approche. Il a été dit précédemment qu'il n'est pas
bon de faire cracher les femelles car les jeunes deviennent de mauvais
parents dont les femelles amènent difficilement leurs incubations à leur
terme.
On peut les décorer en ponçant le plastique pour que le silicone s'y accroche, et sabler la surface.
J'espère que cet article vous aura plu et surtout, qu'il vous aura donner envie de maintenir et de faire se reproduire ces merveilleux poissons qui ne doivent plus être synonymes de bagarres à mort mais, au contraire, de plaisir cichlidophile dont vous ne pourrez plus vous passer. |
Documents: Pascale Hootele - J.P. Hacard - Éric Genevelle - AQUALEX - Christian Alfredsson.
Vous pouvez aller voir un article consacré aux pathologies des Tropheus.
Ainsi que "Expériences Tropheus"
Galerie de photos de Tropheus.
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Destination Tanganyika/Laurent BOURDELAS - Benoît Jonas /2001-2012.