Variabilichromis moorii

(Boulenger 1898)

Sous Lamprologus moorei

                                

 Lamprologus moorei

(D'après l'original)

   Cf. Litter. in Poll, M., 1946, Ann. Mus. Congo belge, IV, 3, p. 333.

   Description Ex. récoltés de 68 mm- 102 mm). — Hauteur du corps comprise 2,25 à 2,42 fois, longueur de la tête 2,75 à 3 fois dans la longueur standard. Tête 1,95 à 2,1 fois aussi longue que large. Museau modéré, sa longueur comprise 2,45 à 1,75 fois dans celle de la tête, sa largeur comprise 1 à 1,1 fois dans sa longueur, 1,25 (juv.) à 1,65 fois aussi long que l'oeil, à profil supérieur droit, le pédicelle maxillaire n'atteignant pas la région interorbitaire.

   Oeil modéré, de forme arrondie, compris 3,2 (juv.) à 4 fois dans la longueur de la tête, 0,85 à 1,1 fois (juv.) aussi grand que la largeur de l'espace interorbitaire, 1,4 à 2 fois aussi grand que la hauteur préorbitaire. Espace interorbitaire compris 3,2 à 3,9 fois (juv.) et hauteur préorbitaire comprise 5 à 6,5 fois (juv.) dans la longueur de la tête.

   Maxillaire presque tout à fait caché, s'étendant jusqu'au niveau du bord antérieur de l'oeil ou un peu au delà. Mâchoire inférieure comprise 2,3 à 2,5 fois dans la longueur de la tête, à menton non proéminent. Joue nue, sans écailles.

   Dents toutes coniques en plusieurs rangées, les externes plus grandes, comprenant en avant 10—12 / 7—10 canines.

Variabilichromis moori (dessin).

   Os pharyngien inférieur en forme de triangle, prolongé par une courte lame antérieure mesurant le tiers de la longueur de l'aire dentaire. Dents sub-coniques assez serrées, toutes fines sauf en arrière où il existe un petit groupe de dents assez faiblement molariformes.

   Branchiospines au nombre de 10 - 14 (généralement 13 - 14, une fois 16) (moyenne13,05 / 58) sur la partie inférieure du premier arc branchial.

   Dorsale XIX,9 / 4 , XIX,10 / 29 , XIX,11 / 1 , XX,9 / 15 , XXI,9 / 1, au total 28/4, 29/44, 30/7; rayons mous plus longs que les rayons épineux, un peu filamenteux; plus longue épine et plus long rayon mou compris respectivement 1,7 à 2 fois et 1 à 1,25 fois dans la longueur de la tête.

   Anale VII,7 / 7, VII,8 / 6, VIII,7 / 29 , VIII,8 / 8 , IX,7 / 5 , au total 14/7 , 15/35 , 16/13; plus longue épine et plus long rayon ou compris respectivement1,6 à 1,85 fois et 0,8 à 1,1 fois dans la longueur de la tête.

   Pectorale comprise 1,1 à 1,2 fois dans la tête et 3,1 à 3,5 fois dans la longueur standard. Ventrale dépassant le niveau de l'origine de l'anale, filamenteuse, à rayons externes plus longs que les rayons internes. Caudale arrondie. Pédoncule caudal 1,25 à 1,45 fois plus long que haut.

   Écailles 33-35 (moyenne 33,56 / 55) en ligne longitudinale, lignes latérales 24—26 / 7—9 12 1/2 - 14 1/2 en ligne latérale et la ligne médio-ventrale, très petites en avant de la nageoire dorsale.

   Coloration. — Brun plus ou moins foncé, les nageoires verticales et les ventrales noirâtres. Parfois 5 à 6 bandes transversales plus foncées sur les flancs.

   Dimension. — Maximum observé et connu 103 mm.

   Abondance. — très rare.

(... ...)

   Habitat. — L'espèce a seulement été pêchée à la ligne, sur fond rocheux ou pierreux, à proximité immédiate de la côte et à faible profondeur (1-3 m).

   Régime. — Le tube digestif est circonvolué et forme un tortillon enroulé ; il mesure 20 cm chez un exemplaire de 102 mm. Son contenu, grisâtre, est formé d'algues filamenteuses, de grains de sable, plus divers microorganismes dont d'assez nombreux Ostracodes. Le régime est certainement mixte puisque l'espèce mord facilement au ver.

   Reproduction. — Une femelle mûre de 79 mm. (en compagnie d'un mâle mûr) offrait deux ovaires contenant environ 250 oeufs de 1 mm de longueur.

   Méthode de capture. — Pêche à la ligne au ver.

   Valeur alimentaire. — Trop rare.

(... ...)

Variabilichromis moorii
 

 

Variabilichromis moori.

 

Expérience aquariophile.

Auteur: Benoît

Introduction:

   Originaire d'Afrique noire, tu ne viens pas du lac Natron

Noir poisson, être profond

Quelle est ta quête...? Végétale...? Assouvis ta fringale

Contrasté en blancs liserés...

Ta silhouette pleine et découpée...

Au lac Tanganyika fais nous rêver...

...

   Cette espèce est véritablement magnifique... Une ligne dessinée par un artiste naturel dirait-on, une livrée variant du jaune orangé au noir velouté selon l'humeur et la maintenance, le tout affirmé par un fin trait blanc bleuté sur les nageoires impaires, longues pelviennes, museau pointu, dorsale et anale en fanions effilés.
Une vermiculure bleutée sous l'oeil.

Variabilichromis moori photographié dans le lac Tanganyika par Eric Genevelle.
Qui ne s'est jamais extasié devant cette photographie faite dans le lac Tanganyika
par Éric Genevelle,
et n'a désiré voir et maintenir ce joyau???

 

Maintenance:

  Variabilichromis moorii est territorial, et les individus des deux sexes ne vivent pas ensemble (visiblement) en période normale, ils ont donc besoin d'un espace suffisant pour avoir chacun son antre. Une façade d'un mètre cinquante est un minimum acceptable pour un couple dont la femelle mesure 13 cm et le mâle 14 cm.

   Deux configurations différentes du même bac seront dépeintes dans cet article...

   Le bac mesure donc 1.50 m de long et a une contenance de 450 litres bruts (une décantation prenant environ 10% du volume total).

    Dans un premier temps le couple fut acclimaté dans ce bac très populeux : un couple d'Altolamprologus calvus, un petit groupe de Telmatochromis sp. "Congo", un couple de Neolamprologus savoryi , un groupe de Cyprichromis sp. jumbo "Kitumba", ainsi qu'un couple de Telmatochromis sp. temporalis "shell" de Zambie.
 

Couple de Variabilichromis moorii.

   Pour couronner le tout, un couple de Aethiomastacembelus ellipsifer, prédateur d'oeufs et d'alevins spécialisé (paedophage) de moeurs nocturnes! Dans cette configuration, une difficulté se fit jour. En effet la femelle, certainement moins agressive que le mâle, ne trouva pas d'emplacement libre, et ne put se faire une place adéquate dans la pierraille constituant le décor. Elle fut donc contrainte et forcée de mener une vie recluse derrière une grande meulière, présente sur le territoire du mâle... Celui-ci la molestant au moindre mouvement hors de cette faille, elle n'avait aucun recours pour se soustraire à ses dents coniques. Sans parler des cohabitants... Là un coup de dents de N. savoryi surveillant un petit essaim de jeunes de différents âges, ici une femelle A. calvus sur sa cavité de ponte importunée et qui se rebelle, ou bien une femelle Telmatochromis sp. temporalis "shell" arrivant par en dessous et attrapant une belle et longue pelvienne en filament...

   Dans cet arrangement, de légères interactions se font entre les deux spécimens de l'espèce, se situant surtout au niveau de l'agression de l'un par l'autre... Les autres occupants de l'aquarium ne dérangent pas vraiment par leur présence, c'est tout juste si le mâle fait un mouvement vers un Telmatochromis un peu trop présent, ou parade devant le mâle Altolamprologus calvus, son colocataire de taille équivalente, ou face au mâle Neolamprologus savoryi.

Parade de Varaibilichromis face à Neolamprologus savoryi.
Parade du mâle devant Neolamprologus savoryi.

   Sinon, une caractéristique très marquée est le volume de sable déplacé pour préparer le lieu de ponte (dans cette configuration, sur le territoire du mâle). Plusieurs kilos de sable furent déplacés de devant une pierre située à l'extrême droite du bac, vers la partie centrale, où un amoncellement conséquent occultait en partie la vue...

   Après quelques temps de cette maintenance, et la séparation de certaines espèces, le comportement se transforma. Ayant chacun une place suffisante pour établir deux territoires, ils commencèrent une nouvelle vie...


   Tout d'abord, les pierres du bac furent nettoyées de leurs algues en très peu de temps.
L'efficacité de Variabilichromis en matière d'arrachage et de broutage n'a rien à envier aux genres Tropheus, Petrochromis, Eretmodus, et autres Telmatochromis. Ils les aiment ces apports végétaux, ne les oublions donc pas lors de la constitution d'un régime alimentaire adéquat. Sans être exclusivement végétariens, ils peuvent ingérer sans crainte quelques mannes carnées sous forme de mysis, krill , mais en évitant les artémias  qui pourraient s'avérer néfastes et totalement indigestes. Bien qu'aucun écho concernant une quelconque maladie de cette espèce ne me soit parvenu dernièrement, quelques précautions sont de mise.

Détail des maxillaires de Variabilichromis moorii.
Auteur : Estelle.

   Le changement de comportement s'opéra donc, et c'est surtout la femelle qui, ayant enfin une caverne à disposition,  commença à creuser et à nettoyer le site. Une grosse roche avec une partie en surplomb, une bonne couche de sable, une autre grosse roche faisant abri et elle investit le lieu territorialement. Les cohabitants à cette époque furent un couple de Neolamprologus savoryi (et leur progéniture), un couple de Altolamprologus calvus et un quatuor de Paracyprichromis nigripinnis, donc des espèces de tempérament relativement peu agressif, en tout cas dans ces 450 litres.

   Mâle et femelle s'approprièrent chacun près de la moitié du bac, avec une agressivité plus marquée au fur et à mesure de l'approche de "l'épicentre" du domaine. N'hésitant pas à attaquer la main du soigneur, et même à mordre si la ponte était proche ou même réalisée! Inutile de dire qu'aucun poisson ne s'aventurait dans le secteur durant cette période.

Ataque de protection par le mâle Variabilichromis.
Attaque de protection du mâle Variabilichromis.

Variabilichromis moorii en aquarium.

Reproduction:

   Enfin le point crucial de cet article... Il est à noter que chez cette espèce, la femelle voit ses deux ovaires actifs, alors que chez la grande majorité des cichlidés un seul est en fonction.

   Peut-on dire que cette espèce vit en couple (formé et soudé)? La réponse, dans ce cas de figure et à l'observation minutieuse du comportement de ces spécimens, est non. Chacun possédant et surveillant son fief, le protégeant autant que faire se peut contre les intrus, comme le fait par exemple Neolamprologus helianthus.

Environ 400 oeufs de Variabilichromis moorii.

    Lors des toutes premières pontes, la surprise de découvrir des oeufs fut totale. Pondus sur les parties montantes de pierres juxtaposées, ils disparaissaient très rapidement, la présence d'Aethiomastacembelus y étant pour quelque chose. En trois nuits la totalité des oeufs disparaissaient. Par la suite, observation fut faite de prédation par les Cyprichromis sp. jumbo "Kitumba", un par un les sujets sortaient du groupe, fondaient sur un alevin esseulé pour le happer et le dévorer... Efficacité redoutable et diminution express des alevins. Obligation de se défaire de ces poissons (qui prenaient énormément de place dans ce volume, et méritaient mieux) afin de pouvoir observer à loisir des reproductions menées à leur terme.

   Dés lors les pontes se succédèrent et furent menées à bien, La première fut donc faite sur une grande meulière dressée, la chance fit que ce site choisi se trouvait à 10/15 cm de la vitre frontale, ce qui rendait l'examen aisé... Des oeufs pondus en ligne de 10 ou 20 pièces, mais dans tous les sens. Couleur de crème, 1,5 mm de long environ au nombre approchant les 400 unités.

   La ponte se déroule-t-elle en une seule fois, sur plusieurs jours ? Toujours est-il que les éclosions s'échelonnaient généralement sur deux à trois journées.

Environ 380 oeufs de Variabilichromis sont visibles.
Environ 380 oeufs sont dénombrés ici.

 

Le mâle nettoyant la pierre et les oeufs.

   Le mâle gardant le frai, raclant un oeuf mort par-ci, arrachant une algue par-là, et faisant écran de son corps en cas d'observation trop insistante... Tout en continuant à excaver devant le rocher, découvrant un ancien amas d'éclats de pouzzolane (résidus d'un lieu de protection pour alevins de Telmatochromis). Vous voyez que Variabilichromis moorii est un sapeur, ne pas l'oublier et bien caler ses enrochements pour éviter tout mouvement intempestif du substrat, entraînant la chute de l'éboulis. Au fur et à mesure des naissances, il prend délicatement en bouche les larves et les dépose dans un creux entre les pouzzolanes et là elles s'agglutinent et frétillent incessamment.

Plan du site de ponte des variabilichromis moorii.

●Site de ponte.

●Excavation accueillant les larves.

Variabilichromis moorii, le couple et ses alevins de quelques jours.        La résorption du vitellus dure environ 7 jours. À la nage libre, ils restent quand même plaqués au sol et ne s'élèvent que pour saisir une particule nutritive et ce, pendant environ 5 jours.

   Petit à petit ils s'enhardissent, et se déploient en nuage compact autour de la tête de l'un ou de l'autre des parents, ces parents empêchant, autant que faire se peut, les autres pensionnaires de s'approcher de cet essaim grouillant.

 


◄▼Variabilichromis moorii, le couple et ses alevins de quelques jours.

Deux générations de Variabilichromis cohabitent.Deux générations de Variabilichromis cohabitent.
 

   Ils grandissent rapidement, il faudra donc en séparer une grande partie promptement.
Pour ceux qui ont des bacs assez spacieux, toute la ponte pourra être conservée, mais pour les autres il faudra savoir se résoudre au sacrifice d'un certain nombre, pour les voir grandir harmonieusement dans un volume relativement restreint. Leur livrée jaune de juvénile s'estompera au bout de la première année, mais dans certaines conditions de stress, ou en cas de substrat clair il pourront conserver cette pigmentation magnifique, qui n'a rien à voir avec un dimorphisme (dichromatisme).

   Lorsqu'ils sont adultes, la seule véritable différence notable vient des papilles génitales, en effet la femelle arbore quasiment en permanence un oviducte sacrément proéminent et dirigé vers l'avant▼.

Jeunes de 10 jours▲et un mois▼

 

   Pour le reste, les nageoires caudale, anale, pelviennes sont toutes effilées. Pour la taille, cette femelle était plus grande d'un centimètre, mais le mâle était mieux fourni en pelviennes qui avaient une longueur nettement supérieure à celles de sa femelle.


Alevin de 9 mois

 

Conclusion:

   Voilà, j'espère vous avoir fait partager un moment agréable avec Variabilichromis moorii, cette espèce mérite véritablement qu'on s'y arrête un long moment, et si je me suis séparé de ce couple, c'est uniquement par manque de place actuellement, mais j'y reviendrai! Mon secret désir : des spécimens juvéniles ou sub-adultes sauvages, car il y a bien longtemps que cette espèce n'a pas été importée, mais chose curieuse, aucun cas de "taré" n'a encore été rapporté... Croisons les doigts...

   Seul regret, n'avoir jamais suivi une ponte en direct...

Variabilichromis moorii.

Documentation:
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M. Poll : Exploration hydrobiologique du lac Tanganika (1946-1947)Vol. III, fasc. 5 B. / poissons cichlidae / institut royal des sciences naturelles de Belgique / Bruxelles 1956.

Remerciements: À Robert Allgayer À Éric Genevelle À Estelle.


"DESTINATION TANGANYIKA !"/ Estelle & Benoît//2001-2008.