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Description de Variabilichromis, Neolamprologus,
et Paleolamprologus genres nouveaux du Lac Tanganyika,
avec redéscription des genres Lamprologus Schilthuis, 1891
et Lepidiolamprologus Pellegrin, 1904 (Pisces, Teleostei,
Cichlidae) .
Par J. COLOMBE et R. ALLGAYER *
* Musée Zool. Strasbourg Univ. Louis Pasteur.
Le genre Lamprologus avec ses 52 espèces s'avérait très hétérogène mais,
selon M. Poll lui-même (1957), ne pouvait être démembré
"ex-abrupto" sur les seuls caractères externes connus jusqu'à
maintenant. L'examen ostéologique* de chacune des
espèces a apporté des éléments de différenciation appréciables et permis,
non seulement la réactualisation de Lepidiolamprologus de
Pellegrin, mais la création de trois genres nouveaux :
Variabilichromis, Neolamprologus et Paleolamprologus.
Outre les caractères
morphométriques* classiques, les
coupures génériques ont été essentiellement définies en fonction du degré
de simplification de la section
infraorbitaire* de la ligne latérale
céphalique. L'orientation de cette
néoténie* est constante et revêt de ce
fait une signification systématique évidente. De plus, I'examen de cette
partie du dermocrâne ne requiert aucune dissection, ou, tout au plus, une
légère incision de la peau; ce qui le rend accessible à tous même aux
non-ostéologistes.
Cette révision est basée sur l'étude des types et paratypes conservés au
Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris (MNHN),
au British
Museum (N.H.), au
Musée Royal de
l'Afrique Centrale de Tervuren et sur de nombreux spécimens
d'importation commerciale. Une importante collection ramenée du Tanganyika
par M. Petit a été largement mise à contribution.
Abstract.
Three new genera are described : Variabilichromis,
Neolamprologus and Paleolamprologus gen. nov.. Lamprologus
Schilthuis, 1891, and Lepidiolamprologus Pellegrin,
1904 are described again. The revision is based on Osteclogical part of
the head, particularly on the simplication on the infraorbital section of
the laLeral cephalic line and certain morphological feature.
Lamprologus Schilthuis, 1891
Étymologie: du grec «lampro» = brillant et «logos» = discours.
Espèce-type : Lamprologus congoensis Schilthuis, 1891,
Tijdschr. Nederl. Dierk. Ver. (2), 111, p. 85, pl. Vl, fig.1.
Corps allongé, la hauteur comprise 3,0 à 4,4 fois environ dans la longueur
standard, longueur de la tête 3,0 à 3,4 fois environ dans la L.S.;
gibbosité ou coussinet graisseux sur le dessus de la tête; dents coniques
en plusieurs bandes, plus fortes sur la rangée externe et certaines
différenciées en canines à l'avant des deux mâchoires; œil petit compris
3,2 à 4 fois environ dans la longueur de la tête; deux lignes latérales
incomplètes; écailles cténoides au nombre de 30 à 53 en ligne
longitudinale, absentes sur les joues; D: XVII - XIX/8-10; A: V-VII/5-7;
nageoire caudale arrondie ou en pelle mais jamais tronquée.

Ostéologie
Bord
intercondylaire* de l'Hyomandibulaire* fortement incurvé;
neoténie* partielle de la section
infraorbitaire* de la ligne latérale
céphalique ; seuls les neuromastes* de la partie antérieure se sont
invaginés et ont engendré 1 à 3 neurodermiques. La neoténie peut être plus
importante d'un côté de la tête que de l'autre, mais il subsiste toujours
au moins un neurodermique attaché au Lacrymal. Dans tous les cas la
portion ossifiée ne dépasse jamais les 3/4 antérieurs de l'œil. La portion
non-ossifiée demeure à l'état de ligne de fossettes sensorielles. Les
neurodermiques sont reliés au sphénotique par un ligament. Os pharyngien
inférieur (cinquièmes
Cératobranchiaux*) recouvert de dents coniques ou
subconiques.
Les représentants du genre sont tous plus ou moins carnassiers.
Quatre espèces et sous-espèces connues confinées au bassin congolais.
-Lamprologus congoensis SCHILTHUIS,1891
-Lamprologus congoensis tumbaous (BOULENGER,1899)
-Lamprologus mocquardii PELLEGRIN,1903
-Lamprologus werneri POLL,1959 Insertae sedis
-Lamprologus lethops ROBERTS et STEWART,1976.(espèce non
examinée)
Lepidiolamprologus Pellegrin,
1904
Etymologie: du grec «lepido» = écailles et «Lamprologus» nom générique de
Cichlidés. Mem. Soc. Zool. Fr.16, p.295.
Espèce-type : Lamprologus elongatus Boulenger,1898
Corps allongé, la hauteur comprise 3,4 à 5,5 fois environ dans la L.S. ;
profil supérieur de la tête fuyant, dents toutes coniques en plusieurs
bandes, plus fortes sur la rangée externe, certaines différenciées en
puissantes canines à l'avant de chaque mâchoire ; œil petit, compris 3,7 à
7 fois environ dans la longueur de la tête; deux lignes latérales
incomplètes, écailles cténoides au nombre de 61 à 73 en ligne
longitudinale, jamais moins de 60; écailles petites en avant ou à
l'origine de la dorsale, absentes, vestigiales ou très petites sur la
joue; D: XVII-XXI/9-12; A: IV-VII/7-9
caudale toujours tronquée ou sub-échancrée chez les juvéniles et les
subadultes.
Ostéologie
Bord intercondylaire de l'Hyomandibulaire fortement incurvé; néoténie
partielle de la section infraorbitaire de la ligne latérale céphalique.
Seuls les neuromastes de la partie postérieure se sont invaginés et ont
agrégé les ostéoblastes formant le dermosphénotique et quelquefois un à
deux infraorbitaires. Quelques rares individus sont totalement dépourvus
de ces neurodermiques, ou dépourvus d'un côté de la tête seulement, mais
cela reste exceptionnel. Dans tous les cas l'ossification ne dépasse
jamais le 1/3 postérieur de l'œil. La portion non-ossifiée demeure à
l'état de ligne de fossettes sensorielles. Les neurodermiques sont reliés
au Lacrymal par un ligament. Os pharyngien inférieur à lame antérieure
courte ou indifférenciée, recouvert de dents coniques ou subconiques.
Tous les représentants du genre sont carnassiers et tendent nettement à
l'ichtyophagie.
6 espèces connues endémiques au Lac Tanganyika.
- Lepidiolamprologus elongatus (Boulenger,1898)
- Lepidiolamprologus cunningtoni (Boulenger,1906)
- Lepidiolamprologus attenuatus (Steindachner,1909)
- Lepidiolamprologus profondicola (Poll,1949)
- Lepidiolamprologus kendalli (Poll et Stewart,1977)
Liste actualisée du genre Lepidiolamprologus

Variabilichromis genus novae
Etymologie : du latin «variabilis» = variable, et du grec «Chromis» =
Ombrine ou Umbrine (nom générique ichtyologique).
Espèce-type : Lamprologus moorei Boulenger, 1898
Corps haut et comprimé, la hauteur comprise 2,25 à 2,42 fois environ dans
la L.S. ; longueur de la tête comprise 2,75 à 3 fois environ dans la L.S.
; bouche largement arrondie; dents coniques en plusieurs bandes, celles de
la série externe un peu plus fortes avec un nombre élevé de canines : 10 à
12 sur la mâchoire supérieure et 7 a 10 sur l'inférieure, œil modéré,
compris 3,2 à 4 fois dans la longueur de la tête ; deux lignes latérales
incomplètes ; écailles cténoides au nombre de 33 à 35 environ en ligne
longitudinale, très petites sur le dessus de la tête et le thorax; joue
nue généralement criblée d'organes sensoriels superficiels, petites
écailles sur la base de la dorsale et l'anale D: XIX-XXI/9-11; A: Vll-IX/7-8;
caudale arrondie.


Ostéologie
Bord intercondylaire de l'Hyomandibulaire fortement incurvé; néoténie
partielle de la section infraorbitaire de la ligne latérale céphalique
extrêmement variable. Certains spécimens exhibent une série osseuse
semblable à celle de Paleolamprologus toae, chez d'autres elle est réduite
à deux ou trois neurodermiques. Les neurodermiques absents sont remplacés
par un ligament et une à plusieurs lignes de fossettes sensorielles. La
morphologie de cette série peut différer beaucoup d'un côté à l'autre de
la tête chez un même individu. Dans tous les cas les neurornastes situés
sur le 1/3 postérieur de l'œil conservent leur propriétés ostéogènes. Os
pharyngien inférieur à lame antérieure courte, dents pharyngiennes
subconiques à tendance molariforme sur le centre postérieur; maxillaire
presque entièrement caché par le Lacrymal.
Une seule espèce connue endémique au Lac Tanganyika.
- Variabilichromis moori (Boulenger, 1898)
Neolamprologus genus novae
Etymologie: du grec «neo» = nouveau et «Lamprologus» nom générique de
Cichlidés.
Espèce-type : Lamprologus tetracanthus Boulenger, 1899
Hauteur de corps comprise 2,25 à 4,42 fois environ dans la L.S. ; longueur
de la tête comprise 2,35 à 3,66 fois environ dans la L.S. ; dents coniques
en plusieurs bandes, plus fortes sur la rangée externe, certaines
différenciées en canines à l'avant de chaque mâchoire, deux lignes
latérales incomplètes, exceptionnellement une seule supérieure, écailles
cténoides, jamais plus de 60 en ligne longitudinale; joue généralement
nue, quelquefois partiellement écailleuse; D: XIV-XXI/6-12; A: IV-X I
l/5-9.
Ostéologie
Bord intercondylaire de l'hyomandibulaire fortement incurvé chez la
plupart des espèces aucun neuromaste de la section infraorbitaire de la
ligne latérale céphalique (mis à part le Lacrymal) ne s'est invaginé. On
ne trouve donc aucun neurodermique, mais à la place une ligne de fossettes
sensorielles continue et un ligament reliant le
Lacrymal au
Sphénotique.
Chez de rares individus (N. lemairi, A. calvus) quelques
neurodermiques vestigiaux peuvent exceptionnellement subsister. Os
pharyngien inférieur à lame antérieure très courte à modérée mais jamais
longue, dents pharyngiennes coniques ou subconiques, quelquefois
molariformes.

Trente huit espèces et sous-espèces connues endémiques au Lac Tanganyika.
-Neolamprologus fasciatus (Boulenger,1898)
-Neolamprologus compressiceps (Boulenger,1898)
-Neolamprologus modestus (Boulenger ,1898)
-Neolamprologus furcifer (Boulenger,1898)
-Neolamprologus hecqui ( Boulenger,1899)
-Neolamprologus brevis (Boulenger,1899)
-Neolamprologus tretocephalus ( Boulenger,1899)
-Neolamprologus tetracanthus ( Boulenger,1899)
-Neolamprologus lemairei (Boulenger, 1899)
-Neolamprologus multifasciatus (Boulenger,1906)
-Neolamprologus mondabu (Boulenger,1906)
-Neolamprologus callipterus (Boulenger,1906)
-Neolamprologus ocellatus (Steindachner,1909)
-Neolamprologus stappersi (Pellegrin,1927)
-Neolamprologus leloupi (Poll,1948)
-Neolamprologus meeli (Poll,1948)
-Neolamprologus petricola ( Poll,1949)
-Neolamprologus wauthioni (Poll,1949)
-Neolamprologus ornatipinnis (Poll,1949)
-Neolamprologus savoryi (Poll,1949)
-Neolamprologus signatus (Poll,1952)
-Neolamprologus pulcher ( Trewavas et Poll,1952)
-Neolamprologus sexfasciatus (Trewavas et Poll,1952)
-Neolamprologus christyi (Trewavas et Poll,1952)
-Neolamprologus pleuromaculatus (Trewavas et Poll,1952)
-Neolamprologus elongatus (Trewavas et Poll, 1952)
rétablissement de
l'homonyme secondaire, art. 59, c; du Code International de Nomenclature
Zoologique, pour Lamprologus brichardi Poll,1974, synonyme
récent.
- Neolamprologus niger (Poll,1956)
- Neolamprologus kungweensis (Poll,1956)
- Neolamprologus leleupi leleupi ( Poll,1956)
- Neolamprologus leleupi melas ( Matthes,1959)
- Neolamprologus leleupi longior (Staeck,1980)
- Neolamprologus schreyeni (Poll,1974)
- Neolamprologus prochilus (Bailey et Stewart,1977)
- Neolamprologus calvus (Poll,1978)
- Neolamprologus obscurus (Poll,1978)
- Neolamprologus caudopunctatus (Poll,1978)
- Neolamprologus mustax (Poll,1978)
- Neolamprologus buescheri (Staeck,1983) Insertae
sedis
- «Lamprologus» finalimus Nichols et La
Monte,1931 (espèce non examinée)
Voir liste actualisée du genre Neolamprologus
Paleolamprologus genus novae
Étymologie: du grec «paleo» = ancien et «lamprologus» nom générique de
Cichlidés. espèce-type: Lamprologus toae POLL,1949.
Corps moyennement haut et comprimé, la hauteur comprise 3 fois environ
dans la L.S. ; longueur de la tête comprise 2,6 à 2,8 fois environ dans la
L.S. ; extrémité de la bouche semi-transversale; dents coniques en
plusieurs bandes plus fortes sur la rangée externe et différenciées en 6 à
8 petites canines sur le devant de chaque mâchoire; œil grand, compris
2,75 à 3 fois environ dans la longueur de la tête; deux lignes latérales
incomplètes; écailles cténoides au nombre de 29 à 33 en ligne
longitudinale; joue sans écaille; D: XVII/10-11; A: V-VI/6-7; caudale à
bord supérieur subtronqué et coins arrondis.
Ostéologie
Bord intercondylaire de l'Hyomandibulaire fortement incurvé; section
infraorbitaire de la ligne latérale céphalique complètement ossifiée ou
présentant une légère néoténie; le neurodermique manquant est toujours
celui situé «grosso modo» à l'aplomb du centre de l'œil. La plupart des
individus présentent une série osseuse complète d'un côté de la tête et
incomplète de l'autre. Dans tous les cas le neurodermique manquant est
remplacé par une courte portion de la ligne de fossettes sensorielles et
un ligament. Os pharyngien inférieur à lame antérieure modérée, recouvert
de dents coniques et subconiques, molariformes sur le centre postérieur.
Une seule espèce connue endémique au Lac Tanganyika.
-Paleolamprologus toae (Poll, 1949)
Discussion
Affinités des genres discutés avec les genres voisins Julidochromis
Boulenger, 1898et Telmatochromis Boulenger, 1898.
Les genres discutés présentent avec Julidochromis et
Telmatochromis une remarquable identité de structure du crâne.
1) Ils présentent en commun une forte
curvature du bord intercondylaire de
l'Hyomandibulaire. Cette caractéristique, qu'ils partagent probablement
avec Chalinochromis Poll, 1974 qui n'a pas été étudié,
apparaît unique chez les Cichlidés africains.
2) Ils ont tous, à différents niveaux, réalisé une néoténie partielle ou
totale de la section infraorbitaire de la ligne latérale céphalique.
Julidochromis et Telmatochromis semblent avoir acquis ce caractère
définitivement car aucun individu possesseur de neurodermiques n'a été
trouvé.
3) Mis à part Telmatochromis qui possède des dents tricuspides sur
les rangées internes, ils ont tous des dents coniques sur les mâchoires,
et, Telmatochromis inclus, différenciées en canines sur le devant
de la série externe.
4) La majorité des espèces montrent une tendance à la réduction des crêtes
supraoccipitales et pariétales.
Nous pouvons remarquer que la majorité des espèces ont les joues nues.
Ostéologiquement, Paleolamprologus toae semble être la forme la
plus proche du type primitif d'où sont issus ces six genres. Nous sommes
de ce fait enclin à penser qu'ils ont tous évolué à l'intérieur du Lac
Tanganyika 3 partir d'un ancêtre commun et que Lamprologus «sensus
stricto» a ensuite émigré vers le bassin congolais où il a réalisé sa
morphogénèse si particulière. En effet, Paleolamprologus toae
opérant sa néoténie au centre de la série osseuse et conservant toujours
un neurodermique attaché au Lacrymal, la régression pouvait évoluer soit
dans un sens, soit dans un autre. Il s'avère que les deux voies ont été
effectivement empruntées; orientation postéro-antérieure chez le genre
congolais, et antéro-postérieure chez ceux du Lac Tanganyika.
Problèmes de classification
La création de genres monotypiques pour Paleolamprologus toae et
Variabilichromis moori fut nécessaire pour conserver l'homogénéité de
Neolamprologus. Leurs valeurs méristiques eurent tout à fait permis
l'intégration aux Neolamprologus, mais du point de vue ostéologique
ce n'est pas envisageable. Si P. toae possède des caractères
relativement stables, il n'en est pas de même pour V. moori. Chez
cette dernière espèce, les critères morphométriques et surtout
neurologiques et ostéologiques sont étonnamment variables d'un spécimen à
l'autre et quelquefois sur un même individu. L'espèce semble en pleine
évolution et n'être pas encore sortie des tâtonnements de la spéciation.
En considérant la morphologie de la série infraorbitaire, la dentition
pharyngienne, la forme de la bouche, l'habitat fréquenté et la taille
maximale, il serait attrayant de la rapprocher de P. toae.
Cependant, leurs valeurs méristiques sont trop disparates pour songer à
une confusion générique satisfaisante.
Nous proposons donc une classification monotypique dans l'attente de plus
amples informations.
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