1. Présentation générale
Les Cichlidés constituent un groupe monophylétique (Stiassny, 1981 ; Zihler, 1982 ; Gaemers, 1984) de poissons percomorphes*. Cette famille est répandue dans la quasi-totalité de l’Afrique (excepté l’extrême sud du continent et l’Afrique du nord ouest), en Amérique du sud (excepté l’extrême sud tempéré et la Cordière des Andes), en Amérique Centrale, à Cuba, à Madagascar ainsi qu’en Inde, au Sri Lanka et au Moyen-Orient (fleuve Jourdain et sud-est de l'Iran). Cette distribution correspond à l’ancien continent Gondwana. Ils ont su coloniser un grand nombre d’habitats grâce à leurs grandes capacités d’adaptation. On les trouve ainsi aussi bien en milieu lacustre (grands lacs est-africains) qu’en milieu fluviatile (Amazone)…
On les trouve également dans des types d’eau très variés, depuis les lacs d’eau sodique en Ethiopie (pH voisin de 10, température proche de 40°C…) jusqu’aux eaux extrêmement acides des marécages sud-américains (ex. : Nannacara anomala qui vit en Guyane française dans des eaux dont le pH descend régulièrement jusque 3,5). Des Oreochromis ont même déjà été signalés en milieu marin.

2. Répartition de la famille des Cichlidés à travers le monde. D'après Keenleyside, 1991, (modifié après Berra, 1981).
De même, les Cichlidés ont colonisé tous les types de niches écologiques : on peut citer des prédateurs (piscivores) comme les Nimbochromis, les Crenicichla, les Lepidiolamprologus, les Petenia, etc.… ; des racleurs d’algues comme les Mbunas du Malawi, les Tropheus, les Mbipis du Victoria, etc.…, des zooplanctonophages comme les Cyprichromis, les Copadichromis,… ; des insectivores comme les Xenotilapia, les Aulonocara, les Apistogramma, etc.…, des mangeurs d’écailles comme Gephyrochromis mento, Haplochromis welcommei, Perissodus spp., etc…, des paedophages comme Haplochromis barbarae, etc… Une grande particularité des Cichlidés, qui les a rendus très populaire en aquariophilie est le fait que toutes les espèces prodiguent des soins particuliers à
leur progéniture. On peut y distinguer 2 types principaux avec tous les intermédiaires : d’un côté, certaines espèces pondent un grand nombre d’oeufs sur un substrat et élèvent ensuite les larves plus ou moins longtemps, et de l’autre côté, de nombreuses espèces pratiquent l’incubation buccale (généralement la femelle) et ne pondent qu'un nombre limité de gros oeufs.
2. Classification :
Règne : Animalia
Phylum : Chordés
Subphylum : Vertébrés
Super-classe : Gnathostomes
Classe : Actinopterygiens
Sous-classe : Téléostéens
Super-ordre : Acantoptérygiens
Ordre : Perciformes
Sous-ordre : Labroidei
Famille : Cichlidae

3. Dans le lac Tanganyika
Le lac Tanganyika comprend environ 250 espèces de Cichlidés, dont près de 200 sont scientifiquement décrites. La population de cichlidés du lac est très diversifiée et a su coloniser un grand nombre de niches écologiques, au point de représenter plus de 75 % des espèces présentes dans le lac. La plus petite ne dépasse pas 4 ou 5 cm (Neolamprologus multifasciatus, 2,5 à 3 cm pour les femelles), alors que la plus grande (Boulengerochromis microlepis) peut dépasser 70 cm (Konings, 1998). Poll a regroupé les espèces du lac en 12 tribus : Haplochromini, Ectodini, Lamprologini, Eretmodini, Cyprichromini, Tylochromini, Tropheini, Limnochromini, Tilapiini, Trematocarini, Bathybatini et Perissodini. Le peuplement en cichlidés du lac Tanganyika est unique pour plusieurs raisons. Tout d’abord, 98 % des espèces de Cichlidés du lac y sont endémiques (Snoeks, 2000).
Ensuite, parmi les trois lacs majeurs d’Afrique de l’Est, le Tanganyika est le lac le moins riche en espèces, en particulier de Cichlidés (250 espèces contre 800 pour le Malawi et 500 pour le Victoria ; Snoeks, 2000). Cependant, les non-cichlidés y sont nettement plus nombreux que dans les autres lacs est-africains. Contrairement aux autres lacs est-africains, comme le lac Malawi ou le lac Victoria, les Cichlidés du lac Tanganyika constituent un groupe polyphylétique* (les différentes lignées correspondant plus ou moins aux tribus de Poll, selon les auteurs). Il est également le seul à posséder un species flock* de pondeurs sur substrat (Lamprologini), caractéristique qu’il partage
cependant avec le lac Bermin (Stiassny et al., 1992), le lac Ejagham au Cameroun (Schliewen et al., 2001).

3. Carte présentant les 3 bassins du lac Tanganyika selon les courbes bathymétriques de -600 m et les côtes les plus abruptes (noir)
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