A.    Les Ectodini

 

1.     Phylogénie

Liem a été le premier en 1981 à démontrer la monophylie d’un groupe qu’il nomme Ophthalmotilapia lineage, sur base de caractères ostéologiques* et myologiques*. Ce groupe comprend les genres Ectodus, Lestradea, Cunningtonia, Ophthalmochromis (aujourd’hui synonyme de Ophthalmotilapia) et Ophthalmotilapia et Asprotilapia qui constitue le groupe frère des 5 autres genres. Il suggérait également que les Xenotilapia, Callochromis et Aulonocranus constituaient le groupe frère de la lignée. En 1983, Greenwood y ajoute 5 genres : Aulonocranus, Grammatotria, Callochromis, Xenotilapia et Cyathopharynx (plus le Cardiopharynx, alors synonyme junior de Cyathopharynx) et montre l’existence de deux lignées distinctes au sein du groupe. D’un côté le sous-assemblage Asprotilapia comprend Callochromis, Xenotilapia, Aulonocranus, Grammatotria et Ectodus et de l’autre, le sous-assemblage Ophthalmotilapia comprend Cyathopharynx (et donc Cardiopharynx), Lestradea, Ophthalmotilapia et Cunningtonia.

Ce n’est qu’en 1986 que Poll définit la tribu des Ectodini dans sa classification des Cichlidés du lac Tanganyika, en y intégrant tous les genres de l’assemblage Ophthalmotilapia de Greenwood, plus Enantiopus (qu’il réhabilite au même moment) et Microdontochromis.

Plus tard, les approches moléculaires confirmeront la monophylie du groupe ainsi que l’existence de deux lignées en son sein avec cependant des contradictions quant à leur composition (Nishida, 1991 ; Sturmbauer & Meyer, 1993 ; Kocher et al., 1995). Sturmbauer & Meyer (1993) indique que les Ectodini (âge relatif de 3,7 Ma environ) constituent un groupe plus ancien que les Tropheini ou les species-flock du Malawi ou du Victoria. D’après leurs données, il semblerait également que les Cyprichromini constituent le groupe frère des Ectodini. Selon eux, la lignée Asprotilapia comprend les genres Callochromis, Xenotilapia, Asprotilapia et Microdontochromis, tandis que la lignée Ophthalmotilapia comprend les genres Cyathopharynx, Ophthalmotilapia, Cardiopharynx, Cunningtonia, Lestradea, Aulonocranus et Ectodus.

2.     Ecologie :

 

a)      Habitat :

Les cichlidés Ectodini sont habituellement considérés comme des espèces sabulicoles, en particulier les genres Callochromis et Xenotilapia. Cependant, les données de la littérature tendent de plus en plus à montrer que les membres de cette tribu ont su coloniser la plupart des biotopes présents dans le lac, à l’exception notable de la pleine eau (niche cependant occupée par les Cyprichromini qui constituent le groupe frère des Ectodini selon Sturmbauer & Meyer, 1993). Voici un tableau récapitulatif des espèces et des biotopes où on les rencontre.
 

Espèce

Milieu rocheux

Milieu intermédiaire

Milieu sableux ou vaseux

Prof.

Sources

Asprotilapia leptura

X

 

 

< 5 m

Konings (1998)

Aulonocranus dewindti

X

X

X

< 5 m

Konings (1998), Kuwamura (1987)

Callochromis macrops

 

X

X

< 2 m

Konings (1998), Kuwamura & Hori (1985), Kuwamura (1987)

Callochromis pleurospilus

 

X

X

< 2 m

Konings (1998), Kuwamura & Hori (1985), Kuwamura (1987)

Cardiopharynx schoutedeni

 

 

X

5 à 40 m (?)

Konings (1998), Poll (1956)

Cunningtonia longiventralis

X

X

 

< 5 m

Konings (1998)

Poll (1956)

Cyathopharynx spp.

X

X

(X)

5 à 30 m

Yamagashi (1985), Kuwamura & Hori (1985), Kuwamura (1987), Rossiter (1993)

Enantiopus melanogenys

 

 

X

0 à 50 m

Konings (1998), Poll (1956), Kuwamura & Hori (1985)

Ectodus

 

X

X

< 5 m

Konings (1998), Kuwamura & Hori (1985)

Grammatotria lemairii

X

X

X

< 80 m

Konings (1998), Kuwamura & Hori (1985), Coulter (1965)

Lestradea

 

X

X

< 10 m

Kuwamura & Hori (1985), Kuwamura (1987)

Microdontochromis rotundiventralis

X
(mi-eau)

 

 

9-11 m

Yanagisawa (1996),

Microdontochromis tenuidentatus

X
(mi-eau)

X
(mi-eau)

X (?)

< 5 m et 20-30 m

Konings (1998), Kuwamura & Hori (1985), Kuwamura (1987), Poll (1956)

Ophthalmotilapia boops

X

 

 

 

Konings (1998)

Ophthalmotilapia nasuta

X

X

 

2-5 m

Kuwamura & Hori (1985), Kuwamura (1987), Konings (1998)

Ophthalmotilapia heterodonta

X

X

 

< 3 m

Kuwamura & Hori (1985), Kuwamura (1987)

Ophthalmotilapia ventralis

X

 

 

< 5 m    20 m ?

Poll (1956), Konings (1998)

Xenotilapia bathyphila

 

 

X

9 à 40 m

Poll (1956)

Xenotilapia boulengeri

X

 

X

0 à 50 m

Kuwamura & Hori (1985), Kuwamura (1987), Büscher (1994), Poll (1956)

Xenotilapia burtoni

 

 

X

2 à 40 m

Poll (1956)

Xenotilapia caudafasciata

 

 

X

5 à 75 m

Gysels et al. (1997), Poll (1956)

Xenotilapia flavipinnis

 

X

X

1 à 30 m

Yanagisawa (1986, 1993b, 1993c), Poll (1986)

Espèce

Milieu rocheux

Milieu intermédiaire

Milieu sableux ou vaseux

Prof.

Sources

Xenotilapia longispinnis

 

 

X

5 à 40 m

Gysels et al. (1997), Poll (1956)

Xenotilapia nasus

 

X

 

30 à 68 m

De Vos et al. (1995)

Xenotilapia nigrolabiata

 

 

X ?

10 à     125 m

Konings (1998), Poll (1956)

Xenotilapia ochrogenys

 

X

X

0 à 15 m

Rossiter (1993), Kuwamura & Hori (1985), Kuwamura (1987), Gysels et al. (1997), Poll (1956)

Xenotilapia ornatipinnis

 

 

X

0 à 110 m

Gysels et al. (1997), Poll, 1956

Xenotilapia papilio

X

X

 

3 à 40 m

Konings (1998), Büscher (1990, 1994)

Xenotilapia sima

 

X

X

5 à 70 m

Kuwamura & Hori (1985), Poll (1956)

Xenotilapia spiloptera

X

X

 

0 à 30 m

Konings (1998), Kuwamura & Hori (1985), Kuwamura (1998), Yanagisawa (1993)

 

a)      Modes de reproductions :

Toutes les espèces connues d’Ectodini pratiquent l’incubation buccale. On peut cependant distinguer deux modes majeurs de reproduction différents.

D’un côté on trouve les incubateurs buccaux biparentaux, à savoir Xenotilapia flavipinnis (Yanagisawa, 1986, 1993b et c), Xenotilapia papilio (Büscher, 1990, 1994 ; Konings, 1998), Xenotilapia sp. "Katete" (Konings, 1998), X. sp. "sunflower" (Konings, 1998), Xenotilapia spiloptera (Kuwamura & Hori, 1987, Yanagisawa, 1993c ; tous deux sous le nom de X. longispinnis ; Konings, 1998), Asprotilapia leptura (Konings, 1998), Microdontochromis rotundiventralis (Yanagisawa et al., 1996). Dans tous les cas (sauf Microdontochromis), la femelle incube seule les oeufs en premier, puis en transfert une partie ou la totalité au mâle. Chez les Microdontochromis, la femelle transfert une partie des alevins, lorsqu'ils deviennent trop gros, à un mâle du banc.  X. flavipinnis, X. papilio et X. spiloptera sont considérés comme monogames.

De l’autre côté, on trouve les incubateurs buccaux maternels agames : Aulonocranus dewindti (Kuwamura, 1985 ; Rossiter, 1993c), Callochromis macrops (Kuwamura, 1987), C. pleurospilus (Kuwamura, 1987), Cyathopharynx sp. (Yamagashi, 1985 ; Kuwamura, 1987 ; Yanagisawa, 1993d), Enantiopus melanogenys (Konings, 1998), Grammatotria lemairii (Konings, 1998), Ophthalmotilapia boops (Konings, 1998), Ophthalmotilapia nasuta (Kuwamura, 1987 ; Rossiter, 1993a), Ophthalmotilapia heterodonta (Kuwamura, 1985), Ophthalmotilapia ventralis (Konings, 1998), Xenotilapia boulengeri (Kuwamura, 1987 : Yanagisawa, 1993c) et Xenotilapia ochrogenys (Konings, 1998 ; Kuwamura, 1987 ; Rossiter, 1993b). On peut probablement ajouter à cette liste Cardiopharynx schoutedeni, Lestradea perspicax et Lestradea stappersii, Cunningtonia longiventralis, Ectodus descampsi et E. sp. "North". Plusieurs de ces espèces tendent à former des leks.

b)      Régime alimentaire :

La plupart des espèces se nourrissent d’insectes, de crustacés et de divers autres arthropodes qu’ils capturent en fouillant le sable, la vase ou en picorant sur les rochers. Cependant certaines espèces vivant dans les rochers ont un net régime alimentaire herbivore. On peut citer parmi celles ci : Asprotilapia leptura, Cyathopharynx sp., Ophthalmotilapia ventralis, O. boops et Cunningtonia longiventralis (Konings, 1998 ; Kawanabe et al., 1997).

 

Suite : les Bathybatini.

Bouton ectodus.
 


"DESTINATION TANGANYIKA  !"/Sébastien Verne - Estelle et Benoît//2001-2008.