Altolamprologus sp. compressiceps « shell »

Expérience aquariophile

Auteur: Estelle

Altolamprologus sp. compressiceps shell couple.

 

 

Description: Altolamprologus sp. compressiceps « shell » n’est pas encore une espèce décrite mais elle est largement répandue chez les aquariophiles. Le corps est haut et comprimé latéralement, caractéristique du genre Altolamprologus. De couleur grise, il comporte des barres plus ou moins marquées selon l’humeur du poisson.
Les nageoires pectorales sont jaunes, alors que l’anale et les pelviennes sont bleutées.
Le dimorphisme sexuel est assez peu marqué, même si le mâle est plus foncé et de taille bien supérieure à la femelle. Celle-ci fait environ quatre /cinq centimètres, le mâle six ou sept.
Cette différence de taille fait que la femelle est en général conchylicole ( elle a comme territoire une ou plusieurs coquilles dans lesquelles elle niche ) alors que le mâle, trop grand pour rentrer dans une coquille, est plutôt pétricole. Il garde un territoire dans les rochers qui englobe aussi celui de sa femelle, et a davantage qu’elle  un comportement de prédateur ( en particulier envers les alevins ) Considérée par certains comme une forme miniature d’Altolamprologus compressiceps qui se serait adaptée à un environnement particulier, il semble beaucoup plus probable qu’ A. sp. compressiceps « shell » soit désormais, après évolution, une espèce totalement distincte. En effet, des plongeurs comme Eric Genevelle * ont pu observer les deux espèces aux mêmes endroits dans le lac. De plus, elle a gardé sa taille réduite et son comportement en aquarium après plusieurs générations.

* voir l’article: Découvertes au Tanganyika.
( L’An Cichlidé. AFC. Vol 1)

Altolamprologus
sp. compressiceps « Sumbu shell »

La variété la plus importée dans les années 90 provenait de Sumbu, c’est pourquoi on trouve encore souvent ce poisson sous l’appellation « Sumbu shell ». Pourtant, il a été ensuite découvert dans d’autres localités et importé sans précisions sur sa provenance, ce qui explique qu’on trouve aujourd’hui différentes livrées et des poissons qui visiblement ne sont pas de la même variété géographique. Si on rajoute à cela les croisements de souches qui ont été faits par les aquariophiles…
Pour en finir avec les considérations négatives, l’arrivage de sauvages est désormais fortement compromis, et il est évident que « l’espèce » souffre d’un taux important de consanguinité ( par exemple on observe de plus en plus de spécimens aux barres dédoublées )

Bref, il est difficile de s’y retrouver, et encore plus de connaître l’origine de nos poissons quand on en fait l’acquisition. Le couple que je possède ne provient visiblement pas d’une souche de Sumbu. Vue la livrée, il se rapproche plus de la variété de Mbity. Mais malgré tout ce que je viens d’énoncer, je ne retire pas moins beaucoup de plaisir à l’observer…

Le nom de genre Altolamprologus vient du latin altus = haut, élevé et lampas = flambeau, éclat, le nom d’espèce compressiceps faisant référence à la forme du corps, du latin compressus = serré, comprimé.

 

Expérience de maintenance et comportement: J’ai acquis deux jeunes spécimens dans une bourse, il faut dire que j’adore le genre Altolamprologus et que ces petites « miniatures » qui ressemblent fort à leurs aînés m’ont beaucoup plu. J’ai remarqué que cette espèce laisse souvent certains cichlidophiles indifférents, et on lit souvent à son propos qu’elle est terne, grise et sans attraits. Peut-être est-ce pour se démarquer des nombreux cichlidophiles qui se sont rués sur ce poisson quand il est arrivé sur le marché? Toujours est-il que je m’intéressais à ces deux spécimens lors de la bourse… Ils étaient les deux seuls de leur espèce, et  le vendeur m’avoua ne pas être encore en mesure de les sexer. Mais mon instinct me disait que c’était un couple, et je les emportai.
L’acclimatation a été longue, le couple étant particulièrement timide les premiers temps et constamment caché dans les pierres. C’était en outre une de mes espèces les plus difficiles à photographier, car ils fuyaient dès qu’ils apercevaient l’appareil, et le moindre cliché coûtait de longues minutes à attendre et à tenter de les apprivoiser. Il s’avéra rapidement que mon instinct ne m’avait pas trompé ( ou alors c’est la chance du débutant! ). En effet, ils adoptèrent rapidement un comportement de couple, la femelle se tenant aux abords des coquilles et le mâle gardant un territoire dans les roches. La femelle a fini par s’approprier une coquille de Neothauma, alors que le mâle avait fort à faire pour se créer un territoire dans les rochers face aux deux jeunes Chalinochromisbrichardi avec qui ils cohabitaient. J’ai assisté à de nombreux combats, par chance les Chalinochromis n’ayant pas formé de couple, étaient occupés aussi à se chamailler entre eux.

La technique de l’Altolamprologus est particulière à ce genre :  il arque son corps et tend son flanc à l’adversaire comme un bouclier.  La morsure pourtant assez efficace d’un Chalinochromis ne semble lui faire aucun effet, tant ses écailles sont épaisses et cuirassées à cet endroit.
Pendant cette parade, il relève sa dorsale et se tient toutes nageoires déployées.

 

Le mâle a donc établi son territoire non loin du domaine de la femelle, et pouvait être observé aussi bien dans les rochers que près de la coquille de sa compagne. Il partageait cette zone de rochers avec la femelle Chalinochromis qui, dominée par le mâle, était pourchassée et reléguée dans ce coin du bac. Cette cohabitation ne se passait pas sans heurts vue la taille réduite du bac, heureusement elle fut sans dommages pour l’un ou pour l’autre et seulement temporaire.

J’ai par la suite remplacé le couple de Chalinochromis par un couple de Xenotilapia flavipinnis, et le calme est revenu dans le bac. Cette cohabitation est très concluante, chaque couple gardant son territoire sans violence. Il y a pourtant beaucoup d’interaction entre les deux espèces: des parades d’intimidation bien sûr, mais aussi une chose étonnante à observer. Les Altolamprologus accompagnent de temps en temps les Xenotilapia lorsque ceux-ci filtrent et soulèvent le sable, et ils récupèrent eux aussi de petites particules de nourriture.

 

Reproduction: Très vite, j’ai pu observer de belles parades entre les deux Altolamprologus sp. compressiceps « shell ». Le mâle déploie ses nageoires en frétillant, et la femelle fait de même en inclinant son corps et en lui présentant de côté. Une fois qu’elle s’était appropriée la coquille, ses parades semblaient vouloir inciter son compagnon à la suivre vers la Neothauma. Je n’ai fait que soupçonner la première ponte. La femelle avait l’abdomen gonflé depuis quelques jours et à la fin l’oviducte sorti. Le lendemain à mon réveil, elle était dans sa coquille et n’en est pas sortie de la journée. Le mâle, lui, avait quitté ses rochers et exerçait une surveillance aux alentours. Quand elle s’est décidée à s’en extraire, elle avait le ventre creusé, et a pris le relais du mâle pour surveiller la coquille. Elle reste aux abords immédiats de la Neothauma et fait écran de son corps au passage d’autres poissons, tandis que le mâle les surveille du haut de ses rochers. Si l’un d’eux s’approche de trop près, ils déploient leurs nageoires dans une parade d’intimidation et deviennent plus foncés.


La femelle avant la ponte.

Larves avec leur sac vitellin

  Les larves restent dans la coquille le temps que leur sac vitellin soit résorbé, puis les alevins sortent lorsqu’ils ont atteint la nage libre. Ils sont peu mobiles et peu débrouillards, il est donc conseillé de les isoler afin de les élever. La croissance est très lente, donc armez-vous de patience…  A trois mois, mes alevins ne font même pas 1 cm! Ils grandissent plus rapidement si on les isole et qu’ils sont nourris plusieurs fois par jour.

 


Alevin de quelques semaines.

Alevin de cinq ou six mois ( taille 2 cm )

 

 

   En conclusion, cet Altolamprologus miniature est une espèce intéressante à observer et convenant à de petits bacs, elle est donc idéale pour les débutants ( mais pas seulement! ) Son originalité réside dans la différence de comportement des membres du couple, avec le mâle pétricole et la femelle conchylicole. Attention néanmoins aux colocataires, la cohabitation avec une espèce pétricole ou conchylicole dans un trop petit volume peut être une source de stress pour ce cichlidé qui aime la tranquillité.  

 

Référence: Découvertes au Tanganyika.  Eric Genevelle. L’An Cichlidé. AFC. Vol 1.

######### Merci à Sébastien Bailleul pour ses photos.

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