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Voilà maintenant presque un an, en
décembre 1996, je fis l'acquisition de neuf jeunes Tropheus "Moliro" de 4
cm. Je dois dire que j'avais quelques appréhensions quant à l'objectif que
je m'étais fixé : les maintenir et si possible, les faire se reproduire.
Tout ce que j'avais pu lire sur les Tropheus me laissait en général
perplexe. Ce sont de beaux poissons, intéressants à observer mais aussi
batailleurs, fragiles et pas très prolifiques.
Dans mon esprit je m'étais fait à l'idée que celui qui réussit à les
maintenir et à les faire reproduire a une certaine classe et doit être
nécessairement un aquariophile très "performant", pour employer un mot
à
la mode.
En ce qui me concerne, je pratique le Tanganyika depuis 8 ans environ avec
toujours autant de passion. Des premiers Julidochromis aux Tropheus
d'aujourd'hui, j'ai toujours eu le même enthousiasme, la même
satisfaction, mais toujours avec quelques degrés de plus et je crois que
je ne suis pas prêt de changer, tant ce lac nous offre de magnifiques
espèces toutes plus originales les unes que les autres.
J'en suis donc arrivé aux Tropheus et, pour l'instant, je me contente des
"Moliro" mais devant le nombre de variétés qui existent, le champ
d'investigation qui est devant moi est très vaste.
Mes poissons, maintenant âgés de 14 mois, mesurent environ 10 cm. Lors de
leur acquisition ils étaient de couleur marron avec quelques chevrons
crème. Ils furent installés dans un bac de 600 litres en compagnie de
Cyprichromis, Xenotilapia, Neolamprologus leleupi, Julidochromis regani et
Altolamprologus compressiceps.
A chaque extrémité le bac est décoré d'un tas de pierres coulant en pente
douce vers le centre. La plage de sable centrale les séparant est plantée
de Vallisneria. Celles-ci ayant bien grandi, les deux amas rocheux
constituent vraiment deux territoires différents.
L'éclairage est composé
de quatre tubes allumés douze heures par jour.
La filtration est assurée par deux bacs à décantation équipés de deux
pompes de 1600 1/h, un stérilisateur U.V. fonctionnant 4 heures par jour
complète l'installation. L'eau étant très bien brassée en surface, une
pompe à air est superflue.
Jusqu'au mois de juillet, rien de vraiment bien important ne s'est passé.
La croissance fut régulière et ils avaient atteint 6 à 7 cm. La nourriture
était essentiellement composée de paillettes et de "Spirulina Chips"
pendant quatre jours par semaine et une ou deux fois, de la nourriture
congelée à base d'épinards. Ce régime leur convient parfaitement et je
n'ai eu, pour l'instant, aucune frayeur au niveau intestinal.
Fin juillet
certains avaient pris des couleurs un peu plus foncées tirant sur le rouge-rubis ou le rouge-bordeaux, ils étaient vraiment magnifiques.
Début août les choses commencèrent
à se gâter, cavalcades et bagarres
étaient choses quotidiennes. J'étais désolé de voir mes Tropheus
s'abîmer sur les pierres qui ne sont pourtant pas tranchantes. La femelle
Xenotilapia y laissa la vie, devant le stress engendré par ces
petits bouledogues en furie.
Début septembre, après de longues observations de mon groupe, j'ai conclu
que j'avais six femelles et trois mâles. Pas mal !
Un mâle s'était
octroyé le tas de pierres de gauche et trois femelles, les deux autres se
partageaient le tas de droite et les trois autres femelles.
Depuis le début août j'avais observé de nombreuses escarmouches. Le même
scénario se répétait souvent dans la soirée, les deux mâles dominants
tournoyaient au-dessus de leur territoire respectif en se rapprochant de
plus en plus jusqu'à se prendre par la bouche tout en continuant à tourner
à toute allure. Après quelques instants de ce petit jeu chacun rentrait
chez soi, épuisé, pour respirer un peu.
Mais, si le mâle de gauche était seul, celui de droite devait continuer les
explications avec son colocataire. Ce troisième mâle très dominé faisait
peine à voir, il lui manquait de nombreuses écailles sur un flanc, sa
chair était à vif et ses nageoires très abîmées. Je pensais le retrouver
mort un jour ou l'autre. J'avais décidé de ne pas intervenir pour deux
raisons.
D'abord parce que je ne pouvais retirer toutes les pierres en raison des
risques que cela comporte et le bac se trouvant dans la salle à manger, la
chose ne pouvait pas s'improviser.
La deuxième raison, la plus importante à mes yeux, était que je ne voulais
pas déranger la hiérarchie qui était en train de s'établir.
Le 9 septembre, coup de théâtre, alors que je n'avais rien
remarqué, mes neuf Tropheus venant se nourrir normalement chaque
jour, un dixième était venu se joindre à eux, sous la forme d'un tout
petit poisson rayé comme un zèbre. J'étais au paradis. Neuf mois après
leur acquisition, mes Tropheus s'étaient reproduits à la taille de
7 ou 8 cm. Je n'imaginais pas que c'était possible.
Maintenant, je les ai depuis un an et j'ai eu la chance de voir mes
six femelles incuber. J'ai maintenant 25 jeunes de diverses grosseurs qui
se baladent et se développent rapidement.
Le mâle dominé s'est refait une santé, il s'est rétabli sans aucune
intervention de ma part. Par quel miracle ?
A quoi tient cette réussite ?
Je pense qu'avant toute chose, la santé de l'aquarium, et de l'eau en
particulier y sont pour beaucoup. J'effectue des changements hebdomadaires
de 20% du total, en ajoutant de l'Aqutan.
Le brassage important en
surface, à la limite des remous vers le fond, la stérilisation sur U.V.,
une filtration efficace, les deux territoires bien séparés offrant des
refuges aux jeunes sont autant de facteurs bénéfiques.
Pour la nourriture j'ai pratiquement banni le congelé au profit des
paillettes et Chips Spirulina, cette dernière nourriture faisant vraiment
merveille. De temps à autre, je donne des nauplius d'artémias en quantité.
Démythifier les Tropheus était le but de cet article.
Y suis-je arrivé ?
En tout cas, je fais de l'aquariophilie basée sur la simplicité et le
Tropheus n'est pas vraiment plus compliqué que d'autres surtout quand on a
la chance d'avoir trois mâles et six femelles !
Mais il ne faut pas non plus crier victoire trop vite et de
nombreux mois seront encore certainement nécessaires pour tirer de
véritables conclusions. |