Limnochromis auritus

(Boulenger, 1901)


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.

Description de Limnochromis auritus en PDF.

Limnochromis auritus (par Saulosi84).

Expérience aquariophile

Auteur : Robert Kernin

Articles parus dans les RFC ns°101 (septembre 1990) et 103

Limnochromis auritus au repos.Présentation:

Limnochromis auritus est endémique du lac
Tanganyika. On le trouve aussi bien à 5 mètres qu’à de plus grandes
profondeurs (jusqu’à 140 m). Sa taille atteint les 19 cm. Les sexes ne se
différencient pas extérieurement, les
femelles
peuvent avoir les pelviennes plus longues que le mâle. Le meilleur critère
de distinction est l’observation de la papille génitale, à la manière des
Tropheus.

   La couleur dominante
de ce poisson est gris argent et jaune, toute en reflets. Une tâche
operculaire apparaît bleu métallique, vue de ¾ arrière. La pupille de
l’œil est noire et bordée de jaune en avant et en arrière, gris au dessus
et blanc nacré en dessous.

   Le corps est marqué horizontalement de
quatre rangées d’écailles irisées, verticalement de quatre larges barres
brunes. La nageoire caudale est jaune à la base jusqu’aux ¾, avec des
taches arrondies bleues, pour finir gris-bleu en bout. La dorsale,
gris-bleu, a des rayons argentés et est parsemée de taches arrondies
bleues sur toute sa longueur. Elle peut devenir verte ou jaune selon sa
présentation à la lumière. Les autre nageoires sont blanc bleuté avec plus
ou moins de jaune à leur base.

Limnochromis auritus.

Comportement dans le lac:

   Ce poisson creuse des galeries dans le sable pouvant atteindre 1 m de long. Au moment du frai,
femelle et mâle iraient au fond de cette galerie à tour de rôle, elle pour
pondre, puis laisser la place libre au mâle. Celui-ci irait féconder les
œufs, puis la femelle reviendrait les prendre en bouche, et ainsi de
suite. Il a été observé que le mâle prenait parfois une partie des œufs
(leur nombre peut dépasser 300) pour incuber également.

L. auritus.

Comportement en aquarium:

  Mes observations sont faites sur un
groupe de 7 poissons adultes sauvages de 14-16 cm, dans un bac de 800
litres, en compagnie de Tropheus duboisi adultes et juvéniles, de
jeunes Cyphotilapia frontosa et d’un mâle Ophthalmotilapia de 10-11 cm.
Dans le bac, un couple vit à droite, le mâle s’étant attribué un
territoire sur une large plage de sable, avec accès à sa grotte sous une
roche. La femelle est souvent à ses côtés, de temps à autre, elle se
promène dans tout le bac. Je les ai vus défendre leur territoire côte à
côte, devant l’intrusion d’un autre Limnochromis ou un mâle
Ophthalmotilapia ventralis
. Ce dernier semble ne pas les aimer
beaucoup, mais cela ne va pas loin, tout est en parades d’intimidation.
Dans ces moments là, ils gonflent leur gorge, dressent les nageoires et
écartent leurs ouïes pour paraître plus gros.

   Très souvent, leur
tête seule apparaît, immobile de longs moments, entre deux roches.

Caché dans un tube de PVC | un Limnochromis auritus.Un Limnochromis auritus émergeant d’un
tube de PVC.

   Au début, entre Limnochromis, il  y eut quelques bonnes prises de bouche, allant
jusqu’à quelques blessures et lèvres inférieures tordues, mais tout s’est
remis en place une fois les territoires définis.

   Un autre couple qui vit à gauche du bac accepte souvent la présence des trois derniers sur son territoire. Il y a donc avant tout un couple dominant dans le bac.

 

Préparation du frai:

   Le couple creuse une cuvette dans le sable pouvant aller jusqu’à 25 cm de diamètre contre la vitre de l’aquarium, ce qui en fait plutôt une demi-cuvette. Parfois, tout en prenant du sable en bouche, l’un des poissons remue son corps et ses nageoires, créant un mouvement d’eau qui chasse le sable d’avant en arrière. J’ai observé cette préparation le 15/12/89, avant que la femelle ne soit en incubation, mais je n’ai pas vu le frai. Quand au mâle, qui incuberait également, je ne l’ai pas observé, du moins pas avec assez de certitude, mais je guette!

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Conclusion:

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  Une expérience à tenter : un bac
spécialement aménagé pour ce poisson, avec un réseau de tubes PVC de 8 cm
de diamètre, caché sous du sable et des roches, permettrait peut-être
d’obtenir de bons résultats pour la reproduction.

   En définitive, ce poisson, sous un air un peu bourru, a
un comportement sympathique. Il semble former avec sa femelle un couple
uni, et n’est pas agressif avec les autres espèces (il ignore les petits
T. duboisi de 3 cm). Toutefois, il faudrait connaître son
comportement avec des espèces sabulicoles. Contre lui, le fait qu’il vous
fera des creux et des bosses dans le sable, on aime ou non!

La reproduction et notes sur le comportement parental

Limnochromis auritus

Cichlidé du lac Tanganyika | Limnochromis auritus.

(paru dans la RFC n°103 novembre 1990 – même auteur)

Reproduction et notes sur le comportement parental:

   Mon groupe de 7 Limnochromis auritus, 3 femelles et 4 mâles a été mis dans le bac de
800 l le 22 octobre 1989. Les 27 et 28, deux femelles incubaient, mais ces
incubations prirent fin deux jours plus tard pour chacune d’elles. Le 11
novembre, soit 15 jours plus tard seulement, les deux mêmes femelles
incubèrent de nouveau.
Le 13, je décidai de récupérer les oeufs de l’une
d’elles afin de tenter une incubation artificielle. Une centaine d’oeufs
blancs d’un millimètre de long furent ainsi récoltés. Le 15, on
distinguait nettement les alevins, encombrés de leur immense sac vitellin.
Le 19 fut le jour de la nage libre.

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  Par la suite, les femelles (jamais les
mâles) furent régulièrement en incubation, mais cela ne durait jamais plus
de 2 ou 3 jours. Je devais pour finir ne conserver qu’un seul couple qui
resta très uni, entretenant toujours la même grotte.

   Le 17 juin 1990, la femelle est de nouveau en incubation. À partir du 22 juin, mon intérêt s’éveille car à 11 h 30 précises ce jour-là, la femelle n’incube plus, mais le mâle, oui!

Du 22 au 26, la femelle a incubé la nuit (à 22 heures,
c’était toujours la femelle), le mâle prenant la relève, en règle
générale, dans la journée. À chaque changement, la totalité des oeufs (ou
alevins) passe d’un parent à l’autre. Je n’ai pas vu cette passation, mais
la façon de se nourrir du poisson qui n’est pas en incubation prouve bien
qu’il ne garde aucun alevin en bouche. Il se peut toutefois que lors de
pontes plus importantes, le nombre d’oeufs soit tel que les deux parents
incubent en permanence.

   Le 25/06, je décide d’enlever tous les autres poissons du bac, et en particulier trois
Lepidiolamprologus kendalli introduits peu
de temps auparavant. Je ne laisse qu’un mâle Tropheus duboisi, le
dominé habituel, afin qu’il en profite pour se refaire une santé. Il se
fait courser par les Limnochromis qui s’emparent de tout le bac. Le
mâle Limnochromis auritus entretient la cuvette de sable devant la grotte,
en creuse une autre plus petite (7 à 8 cm de diamètre), à côté. L’entente
du couple est excellente, les deux conjoints se recherchent
continuellement. J’aperçois les petits qui frétillent dans la bouche du
mâle.

Alevins nombreux et adulte Limnochromis auritus.
Garde de la nuée de jeunes Limnochromis auritus


  Enfin le 26, à 13 heures, le mâle lâche les petits dans la plus grande cuvette de sable. Dès que j’approche, les deux parents en ramassent chacun une partie , mais quelques instant plus tard, le mâle les a tous donnés à la femelle, et il continue à fignoler la grande cuvette de sable. À 20 heures, les parents nagent au-dessus de la cuvette dans laquelle évoluent les alevins. Une nuée impressionnante. J’estime leur nombre entre 150 et 200. L’un d’eux semble tordu et un peu K.O. Le mâle le frôle de sa bouche à plusieurs reprises, puis la femelle arrive et l’engloutit avec ses frères et soeurs. À noter que la femelle entretient également la cuvette quand le mâle incube.

   Le 27/06, récréation vers 10 heures.
Le 28 à 7 h 30, je donne un peu de plancton séché, bien que les petits
semblent se débrouiller très bien. À 8 h, la femelle reprend les jeunes. À
11 h 30, petite sortie de 5 mn, puis la femelle les reprend. À 20 h, c’est
un nuage d’alevins. Les parents me laisse approcher sans les reprendre. Je
mitraille avec mon 24X36. Le mâle lance deux attaques contre l’objectif.
Les parents prennent de temps en temps un groupe d’alevins et les
recrachent une minute après. Quand j’éteins la lumière, les deux parents
récupèrent les petits.


Limnochromis auritus (adultes et alevins).

adultes et alevins.

   Le 29, les alevins forment un nuage de
30 cm de diamètre ; certains s’aventurent un peu plus loin. Les deux
parents se tiennent au milieu. De temps en temps la femelle ou le mâle va
s’assurer que le duboisi reste bien dans son coin.

   Le 30, les petits mesurent 6 mm, les
parents les reprennent en bouche toutes les nuits. À deux reprises, le
mâle a fait des parades devant la femelle. Je décide de pêcher les petits
et en récupère 86, le mâle ayant repris les autres. Leur nombre total se
confirme : entre 150 et 200. Après avoir enlevé le T. duboisi, je
remets 12 Tropheus moorii “Kabeyeye” dans le bac. Ils se font un
peu “courser”, mais le lendemain tout est calme. La femelle a les petits
en bouche mais ne les lâche plus. Deux jours plus tard, les alevins ont
tous disparu. Les parents, perturbés, les ont sans doute mangés. Le 8
août, les petits récupérés grandissent. Je les nourris de plancton séché.
Ils mesurent environ 7 mm.

Surveillance des alevins par Limnochromis auritus.

 

Documents:

http://www.geocities.com/cichlidos/, Julien Ruiz (saulosi84),
David Miramont,
Christian
amc.

Bibliographie:

M.
Poll
: Exploration hydrobiologique du lac Tanganika
(1946-1947)Vol. III, fasc. 5 B. /

poissons cichlidae / institut royal des
sciences naturelles de Belgique / Bruxelles 1956

KÖNINGS, A. Tanganyika Cichlids.

 

Pour marque-pages : Permaliens.

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