Les Mastacembelus un genre authentique dans le Tanganyika

Les Mastacembelus endémiques du lac Tanganyika.
D’après Eric Genevelle (2000).
Etymologie : Mastacembelus du grec matax « mordre » et emballo « se jeter/fondre sur » (sa proie).
Le beau sujet que voilà ! A lire les mails que vous m’envoyez, on dirait que c’est l’article le plus attendu de l’année. Pourtant, il ne s’agit pas de cichlidés. Mais il est vrai que ces petites bébêtes sont passionnantes et qu’elles égayent avec bonheur un bac Tanganyika.
La difficulté d’écrire un tel article est que l’on ne connaît pratiquement rien sur les Mastacembelidae, et encore moins sur celles qui peuplent notre cher petit lac. On a bien quelques descriptions, quelques rapports, une ou deux études scientifiques sur certaines espèces, des révisions de genre, mais rien de bien succulent.
Et pourtant, je suis comme vous. J’ai un mal fou à reconnaître ces espèces, à comprendre pourquoi certaines refusent de se nourrir ou de se montrer en aquarium. Le mystère qui entoure ces espèces est tellement grand que des légendes circulent. Certains racontent qu’elles mangent tous les cichlidés, d’autres qu’elle s’apprivoisent facilement, etc., etc.
Je suis donc allé à la pêche aux informations (pour la pêche au Mastas, il faudra attendre octobre 2000). J’ai fouillé dans mes papiers, inventoriés tout ce qui passait par le Net, consulté les spécialistes, les exportateurs et ai trouvé, pour finir, pas grand chose. Mais « pas grand chose » étant toujours mieux que « rien du tout », j’ai décidé de publier ces quelques données.
La famille des Mastacembelidae fait partie de l’ordre des Synbranchiformes, lui même appartenant à la classe des Actinopterygii. La première description de ce genre date de 1777. Avec ça, vous savez tout, ou presque.
Pour continuer dans les généralités, on peut dire que les Mastacembelidae sont des poissons tropicaux ou sub-tropicaux, vivant en Afrique, de la Syrie à la Malaisie et en Chine. Elles ont entre 9 et 42 épines précédant la nageoire dorsale et entre 52 et 131 rayons mous dans la dorsale. Généralement 2 ou 3 épines et de 30 à 130 rayons mous dans l’anale. Elles ont un appendice rostral souple, de petites écailles et entre 66 et 110 vertèbres. La taille peut atteindre 90 cm selon les espèces.
Il existe 3 genres au sein de cette famille pour un total de 88 espèces (FishBase 2025) :
| Genre | Auteur | Espèce type | Nombre d’espèces | Répartition géographique |
| Macrognathus | Lacepède, 1800 | Ophidium aculeatum Bloch, 1786 | 11 à 16 | Asie |
| Mastacembelus | Scopoli (ex Gronow), 1777 | Ophidium mastacembelus Banks & Solander, 1794 | 63 | Asie |
| Sinobdella | Kottelat & Lim, 1994 | Rynchobdella sinensis Bleeker, 1870 | 1 | Asie (Chine) |
Toutes ces espèces sont endémiques du lac Tanganyika à l’exception de Mastacembelus frenatus que l’on trouve également dans le lac Victoria, le bassin du Zambèze et l’Okavango.
La répartition de ces différentes espèces au sein de ces deux genres est assez récente et nombre d’entre elles, avant d’être attribuées des taxons sus-cités, ont pas mal voyagé d’un genre à l’autre.
Il est ainsi très rare de trouver une publication récente présentant le bon taxon pour ces espèces. Dans certains ouvrages, comme ceux d’Axelrod ou de Pierre Brichard, non seulement les taxons sont parfois erronés, mais les identifications fausses. Et comme beaucoup d’auteurs d’articles se basent sur ces publications, ils transmettent invariablement les mêmes erreurs.
De plus, les exportateurs (dont la taxonomie n’est pas toujours le point fort) ont pris l’habitude d’envoyer des lots de ces poissons sous un seul et même nom, quand ce n’est pas une appellation commerciale (Mastacembelus sp. Fancy par exemple). Pour vous donner un autre exemple de ma bonne foi, il y a environ 1 mois, un cichlidophile m’envoie 4 ou 5 clichés d’un lot de Mastacembelus qu’il avait acheté au même endroit sous le nom de Mastacembelus moorii. Après étude des clichés par un scientifique de la chose, on a réalisé qu’il y avait au moins trois espèces distinctes dans ce lot.










