Démystifier le Tropheus…

Tropheus ilangi.

Auteur Alain Gilles AFC 1834/46

Article Paru dans la RFC n° 183

Voilà maintenant presque un an, en décembre 1996, je fis l’acquisition de neuf jeunes Tropheus “Moliro” de 4 cm. Je dois dire que j’avais quelques appréhensions quant à l’objectif que je m’étais fixé : les maintenir et si possible, les faire se reproduire.

Tout ce que j’avais pu lire sur les Tropheus me laissait en général perplexe. Ce sont de beaux poissons, intéressants à observer mais aussi batailleurs, fragiles et pas très prolifiques.

Dans mon esprit je m’étais fait à l’idée que celui qui réussit à les maintenir et à les faire reproduire a une certaine classe et doit être nécessairement un aquariophile très “performant”, pour employer un mot à la mode.######### En ce qui me concerne, je pratique le Tanganyika depuis 8 ans environ avec toujours autant de passion. Des premiers Julidochromis aux Tropheus d’aujourd’hui, j’ai toujours eu le même enthousiasme, la même satisfaction, mais toujours avec quelques degrés de plus et je crois que je ne suis pas prêt de changer, tant ce lac nous offre de magnifiques espèces toutes plus originales les unes que les autres.

J’en suis donc arrivé aux Tropheus et, pour l’instant, je me contente des “Moliro” mais devant le nombre de variétés qui existent, le champ d’investigation qui est devant moi est très vaste.

Mes poissons, maintenant âgés de 14 mois, mesurent environ 10 cm. Lors de leur acquisition ils étaient de couleur marron avec quelques chevrons crème. Ils furent installés dans un bac de 600 litres en compagnie de Cyprichromis, Xenotilapia, Neolamprologus leleupi, Julidochromis regani et Altolamprologus compressiceps.

À chaque extrémité le bac est décoré d’un tas de pierres coulant en pente douce vers le centre. La plage de sable centrale les séparant est plantée de Vallisneria. Celles-ci ayant bien grandi, les deux amas rocheux constituent vraiment deux territoires différents.

Tropheus red "Moliro"

Tropheus red “Moliro”

L’éclairage est composé de quatre tubes allumés douze heures par jour.

La filtration est assurée par deux bacs à décantation équipés de deux pompes de 1600 1/h, un stérilisateur U.V. fonctionnant 4 heures par jour complète l’installation. L’eau étant très bien brassée en surface, une pompe à air est superflue.

Jusqu’au mois de juillet, rien de vraiment bien important ne s’est passé. La croissance fut régulière et ils avaient atteint 6 à 7 cm. La nourriture était essentiellement composée de paillettes et de “Spirulina Chips” pendant quatre jours par semaine et une ou deux fois, de la nourriture congelée à base d’épinards. Ce régime leur convient parfaitement et je n’ai eu, pour l’instant, aucune frayeur au niveau intestinal.

Fin juillet certains avaient pris des couleurs un peu plus foncées tirant sur le rouge-rubis ou le rouge-bordeaux, ils étaient vraiment magnifiques.Tropheus sp. sumbu (Ad Konings).

Début août les choses commencèrent à se gâter, cavalcades et bagarres étaient choses quotidiennes. J’étais désolé de voir mes Tropheus s’abîmer sur les pierres qui ne sont pourtant pas tranchantes. La femelle Xenotilapia y laissa la vie, devant le stress engendré par ces petits bouledogues en furie.

Début septembre, après de longues observations de mon groupe, j’ai conclu que j’avais six femelles et trois mâles. Pas mal !

Un mâle s’était octroyé le tas de pierres de gauche et trois femelles, les deux autres se partageaient le tas de droite et les trois autres femelles.

Depuis le début août j’avais observé de nombreuses escarmouches. Le même scénario se répétait souvent dans la soirée, les deux mâles dominants tournoyaient au-dessus de leur territoire respectif en se rapprochant de plus en plus jusqu’à se prendre par la bouche tout en continuant à tourner à toute allure. Après quelques instants de ce petit jeu chacun rentrait chez soi, épuisé, pour respirer un peu.

Mais, si le mâle de gauche était seul, celui de droite devait continuer les explications avec son colocataire. Ce troisième mâle très dominé faisait peine à voir, il lui manquait de nombreuses écailles sur un flanc, sa chair était à vif et ses nageoires très abîmées. Je pensais le retrouver mort un jour ou l’autre. J’avais décidé de ne pas intervenir pour deux raisons.

D’abord parce que je ne pouvais retirer toutes les pierres en raison des risques que cela comporte et le bac se trouvant dans la salle à manger, la chose ne pouvait pas s’improviser.

La deuxième raison, la plus importante à mes yeux, était que je ne voulais pas déranger la hiérarchie qui était en train de s’établir.

Le 9 septembre, coup de théâtre, alors que je n’avais rien remarqué, mes neuf Tropheus venant se nourrir normalement chaque jour, un dixième était venu se joindre à eux, sous la forme d’un tout petit poisson rayé comme un zèbre. J’étais au paradis. Neuf mois après leur acquisition, mes Tropheus s’étaient reproduits à la taille de 7 ou 8 cm. Je n’imaginais pas que c’était possible.

Maintenant, je les ai depuis un an et j’ai eu la chance de voir mes six femelles incuber. J’ai maintenant 25 jeunes de diverses grosseurs qui se baladent et se développent rapidement.

Le mâle dominé s’est refait une santé, il s’est rétabli sans aucune intervention de ma part. Par quel miracle ?

À quoi tient cette réussite ?

Je pense qu’avant toute chose, la santé de l’aquarium, et de l’eau en particulier y sont pour beaucoup. J’effectue des changements hebdomadaires de 20% du total, en ajoutant de l’Aqutan.

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Le brassage important en surface, à la limite des remous vers le fond, la stérilisation sur U.V., une filtration efficace, les deux territoires bien séparés offrant des refuges aux jeunes sont autant de facteurs bénéfiques.

Pour la nourriture j’ai pratiquement banni le congelé au profit des paillettes et Chips Spirulina, cette dernière nourriture faisant vraiment merveille. De temps à autre, je donne des nauplius d’artémias en quantité.

Démythifier les Tropheus était le but de cet article.Y suis-je arrivé ?

En tout cas, je fais de l’aquariophilie basée sur la simplicité et le Tropheus n’est pas vraiment plus compliqué que d’autres surtout quand on a la chance d’avoir trois mâles et six femelles !

Mais il ne faut pas non plus crier victoire trop vite et de nombreux mois seront encore certainement nécessaires pour tirer de véritables conclusions.

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