Neolamprologus christyi

(Trewavas & Poll, 1952)

 

Neolamprologus christyi, auteur Eric Genevelle.

Neolamprologus christyi à Isanga
Par Eric Genevelle (Janvier 2002)

      Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais ce poisson m’a toujours fasciné. Les rares photos disponibles (généralement prises par Ad Konings dans le milieu naturel) laissaient sous entendre un Neolamprologus racé, à la tête de dauphin, la caudale échancré, l’œil malicieux et délicatement coloré de bleu sous les plus beaux rayons du soleil.
La légende disait qu’en aquarium ils ne coloraient pas et se teintaient de gris. De plus, le comportement était annoncé comme douteux, voir passable. Il me fallait donc tenter l’expérience et si possible avec des individus sauvages… que j’ai pu pêcher lors de mon voyage en Zambie avec l’aide de Dupont.

      Mes 5 exemplaires, après avoir transités par Abysse furent mis dans un 1100 litres de 2,5 mètre de long. Ce bac est schématiquement divisé en 5 zones viables et le comportement des spécimens fut scrupuleusement noté durant une période de 2 mois. L’ensemble de ces notes figurent dans les tableaux ci-joint puis seront discutées dans les commentaires suivants.


Femelle Neolamprologus christyi

Neolamprologus christyi en aquarium.

Neolamprologus christyi dans l’aquarium de l’auteur


Répartition géographique:

      Présent d’Isanga (Zambie) à Kipili (Tanzanie). Holotype collecté à M’tosi (Tanzanie), au bout de la pointe rocheuse par 3-4 m de fond. Collecte faite en 1926-1927 par le Dr C. Christy pour le BMNH. Insérée dans les collections du BMNH en 1950.

Neolamprologus christyi à Mtosi (localité type)

Neolamprologus christyi à Mtosi (localité type)

Biotope:

      Zone intermédiaire, voir limoneuse, entre 2 et 25 mètres. Les couples choisissent généralement un territoire constitué d’une vaste zone plane de 2 à 3 mètres carrés et entouré de plus gros blocs rocheux. Cette zone plane peut être constituée d’une large dalle de pierre mais avec toujours des petites zones de sable. Le site de ponte se situe donc généralement sur un des côtés de cette grande dalle, soit dans une faille horizontale située à la base d’un des gros blocs entourant le territoire, soit sous une pierre plate située à même le sable dans cette même zone. Neolamprologus christyi est un poisson qui ne s’aventure jamais en pleine eau, sauf pour y chasser un intrus. Il préfère rester coller au substrat pour l’écouter. Même lorsqu’il se déplace, il ne s’éloigne guère plus de 10cm du fond.

N. christyi, couple, livrée clair et livrée foncée (à Mvuna).

Caractéristiques morphologiques :

  • Caudale à lobes pointus

  • 50-60 écailles irrégulières en ligne longitudinale

  • 2 lignes latérales irrégulières. La plus basse commence très en avant par rapport aux autres espèces

  • 6 canines sur chaque mâchoire

  • Os pharyngien en triangle avec des petites dents unicuspides et en arrière en bas et des dents plus grosses, molariformes sur l’os du haut.

  • Corps allongé et compressé latéralement

  • Pas de variété chromatique connue

  • Coloration marron-noirâtre se renforçant en période de reproduction. Les individus dominés restent grisâtres ou beige comme le N. mondabu (mais ce dernier à une caudale beaucoup moins fourchue). Des reflets bleutés apparaissent sur les nageoires des individus dominants ainsi que chez les juvéniles.

  • Ad Konings et H.J. Herrmann annoncent une taille maximale pour le mâle de 14 cm et de 12 pour la femelle.

Caractéristiques morphologiques:

  • Caudale à lobes pointus

  • 50-60 écailles irrégulières en ligne longitudinale

  • 2 lignes latérales irrégulières. La plus basse commence très en avant par rapport aux autres espèces

  • 6 canines sur chaque mâchoire

  • Os pharyngien en triangle avec des petites dents unicuspides et en arrière en bas et des dents plus grosses, molariformes sur l’os du haut.

  • Corps allongé et compressé latéralement

  • Pas de variété chromatique connue

  • Coloration marron-noirâtre se renforçant en période de reproduction. Les individus dominés restent grisâtres ou beige comme le N. mondabu (mais ce dernier à une caudale beaucoup moins fourchue). Des reflets bleutés apparaissent sur les nageoires des individus dominants ainsi que chez les juvéniles.

  • Ad Konings et H.J. Herrmann annoncent une taille maximale pour le mâle de 14 cm et de 12 pour la femelle.

Différentiation sexuelle:

Neolamprologus christyi, couple.

  • Le mâle semble posséder un liseré jaune sur la partie postérieure de la nageoire dorsale.

  • La femelle est plus agressive que le mâle.

  • Ne pas se baser sur la bosse sur la tête qui est présente chez les deux sexes (en aquarium).

  • Au moment de la reproduction, la papille génitale de la femelle est très saillante, de 3 mm et dirigée vers l’avant.

Neolamprologus christyi, oviducte.

Oviducte saillant.

Processus de reproduction:

      C’est la femelle qui déclenche la reproduction. La parade est assez courte (30 minutes avant l’émission des premiers œufs). La femelle attire le mâle dans son territoire de ponte. Ce dernier est constitué d’un petit surplomb rocheux posé sur la zone sablonneuse. Dans tous les cas, le fond doit être une zone plate (sable ou roche, peu importe).

Site de ponte en milieu naturel à Isanga

      La faille ou le surplomb sera juste assez grand pour que les deux partenaires puissent s’y glisser (3 cm de haut et d’une surface d’environ 15 * 10 cm de surface). La femelle nettoie rapidement le plafond de la grotte puis attire le mâle en se couchant devant la grotte et en frottant son corps sur le sable en de brèves et rapides secousses.

      C’est ce signal qui est perçu par le mâle puisque tous les mâles présents dans la zone (qu’ils soient l’élu ou non de la femelle) rappliquent. Les deux poissons pénètrent alors sous la dalle et se retournent dos en bas pour coller ainsi leurs organes reproducteurs contre le plafond de la grotte. Ils se frottent l’un contre l’autre dans cette position inconfortable. Au bout de 15 à 20 minutes, les premiers œufs sont pondus par chapelets d’une vingtaine. Le mâle féconde les œufs en même temps que ces derniers sont émis par la femelle. Les œufs blancs, minuscules (environ 1 mm de diamètre) restent collés à la roche.

      Le couple répète la scène pendant près d’une heure pour finalement tapisser le dessous de la dalle d’environ 200 à 300 œufs. Pendant que le couple est occupé à pondre, les autres mâles dominés viennent s’intercaler entre le mâle et la femelle afin de déposer leur sperme à la volée. Le mâle dominant intervient en chassant l’opportuniste, mais généralement, le mal est fait.

      Ce comportement pirate a déjà été observé chez d’autres espèces du lac Tanganyika (Paracyprichromis brieni, Aulonocranus dewindti, Pseudosimochromis curvifrons et Simochromis diagramma) mais uniquement chez des incubateurs buccaux. Ce comportement, observé à chaque occasion chez ce pondeur sur substrat caché est donc une première à ma connaissance.

 

 

 

 

 

 

 Neolamprologus christyi à Mvuna.

Neolamprologus christyi à Mvuna.

Comportement alimentaire:

À l’aide de ses pores céphaliques très développés, Neolamprologus christyi cherche sa nourriture en écoutant le sable. Quand il entend un bruit, elle souffle sur le sable à environ 2 cm de distance pour y capturer les larves d’insecte et autres petites crevettes (comme le L. callipterus).

Il lui arrive aussi de se frotter vigoureusement sur le sol pendant trois ou quatre secondes afin de déterrer les invertébrés qui s’y cachent. Ce comportement, observé dans la nature, a été abandonné après 3 semaines de vie en aquarium. Le christyi est aussi un prédateur redoutable si on le met en présence de petits conchylicoles (15 L. multi fasciatus et 5 L. ocellatus à son crédit). Il se place au-dessus des coquilles et attend patiemment. Dès qu’un poisson (jusqu’à 2,5 cm) sort la tête d’une coquille, il fond dessus et rate rarement son coup. Il semble par contre beaucoup moins à l’aise pour attraper ses victimes en pleine eau.

Il se nourrit aussi de petits gastéropodes (observation faite en aquarium, et confirmé par les contenus stomacaux de spécimens sauvages) et la forme de sa bouche, qui ressemble étrangement au N. mondabu, semble s’y prêter.

 

 

>>> Autres clichés de Neolamprologus christyi <<<

 

Bibliographie:

Trewavas, E. and Poll, M. – 1952 -Three new species and two new subspecies of the genus *Lamprologus*, Cichlid fishes of Lake Tanganyika. Bull. Mus. Hist. Nat. Belg. 1-16

Pour marque-pages : Permaliens.

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