Le Genre Telmatochromis

Boulenger, 1898

Par Éric Genevelle (juin 2001) Genre Telmatochromis.

Article issu de “Tanganyika cichlids” de Eric Genevelle.

Mise en garde de l’auteur : Pour comprendre cet article, ayez du temps devant vous, les principaux ouvrages Cichlidophiles à votre portée, votre photothèque, une carte du lac, de la patience, une loupe, du recul et… de l’aspirine.

 

Sous famille : Tilapiinae Hoedemann, 1947

Tribu : Lamprologini Poll 1986Genre : Telmatochromis Boulenger, 1898

Espèce type : Telmatochromis temporalis Boulenger, 1898

Etymologie : de telum (lat.) = arme, en référence aux canines de la denture et Chromis = ancien genre de la famille.

Genre masculin.

Synonyme : néant.

C’est un des parents pauvres du lac Tanganyika. Et ce, pour deux raisons essentielles. La première est que les espèces du genre ne sont pas toutes les plus jolies du lac (encore que là, c’est une histoire de goût) et, seconde raison, ces espèces sont souvent des pièces rapportées dans des bacs déjà peuplées. En effet, peu d’entre nous avons décidé un jour de mettre en route un bac spécialement conçu pour des Telmatochromis.

Les plus curieux d’entre nous savent qu’ils en existent plusieurs espèces, que certaines ont des rayures, d’autres non, que certaines profitent de leur petite taille pour s’alimenter du frai d’autres espèces et enfin, qu’il existerait, selon certaines sources, des formes naines affublées le plus souvent des préfixes sp. Shell. Ce qui est sûr, c’est que 80% des photographies que nous pouvons trouver dans la littérature (même la plus sérieuse) présentent des Telmatochromis affublés d’un mauvais taxon.

J’ai donc décidé, à l’occasion d’une révision de M. Hanssens et Joes Snoeks, de me pencher sur le sujet et de vous livrer en quelques lignes l’état des connaissances sur le genre. En avant donc pour les eaux très troubles du genre Telmatochromis.

Et pour commencer par des détails qui n’intéressent personne, c’est Boulenger qui en 1898 décrit pour la première fois le genre Telmatochromis en le distinguant du genre Lamprologus Schilthuis, 1891 par la présence de dents internes tricuspides alors que chez les Lamprologus, ces dernières sont toutes coniques. Ces poissons présentent aussi un nombre élevé de rayons durs dans les nageoires dorsales (17-22) et anales(5-8), par 33 vertèbres, des écailles ctenoïdes. Les mâchoires supportent une première rangée de petites dents coniques très pointues, suivies par une deuxième rangée de dents tricuspides (voir plus haut). Les dents latérales sont petites et coniques.

Pour étayer sa description, il décrit deux nouvelles espèces ; T. vittatus et T. temporalis (espèce type du genre).Depuis cette fameuse année 1898, 10 descriptions se rapportant au genre Telmatochromis ont vu le jour. Aujourd’hui, sur l’ensemble de ces espèces, 6 restent valides :

Taxon d’origine Dessin holotype Taxon valide
Telmatochromis bifrenatus Myers, 1936 1 Telmatochromis bifrenatus Myers, 1936
Telmatochromis brachygnathus Hanssens & Snoeks, 2003 Telmatochromis brachygnathus_small
Telmatochromis brachygnathus Hanssens & Snoeks, 2003
Telmatochromis brichardi Louisy, 1989 1 Telmatochromis brichardi Louisy, 1989
Telmatochromis burgeoni Poll, 1942 1 T. temporalis (Etudié et confirmé par Hanssens & Snoeks en 2000, mais refusé par P. Tawil (com. pers, 2001))
Telmatochromis caninus Poll, 1942 Syn. T. dhonti (Etudié par Poll en 1986)
Telmatochromis dhonti (Boulenger, 1919) 1 Telmatochromis dhonti (Boulenger, 1919)
Telmatochromis lestradei Poll, 1942 Syn. T. temporalis (confirmé par Hanssens & Snoeks en 2000)
Telmatochromis temporalis Boulenger, 1898 1 Telmatochromis temporalis Boulenger, 1898
Telmatochromis vittatus Boulenger, 1898 1 Telmatochromis vittatus Boulenger, 1898
Julidochromis macrolepis Borodin, 1931 Syn. T. dhonti (mis en synonymie avec T. temporalis par Trewavas en 1946 puis remis en synonymie (suggestion) avec T. dhonti par Hanssens & Snoeks en 2000)
Outre ces espèces d’ores et déjà décrites, on trouve dans la littérature cichlidophile un grand nombre de species non décrits relatifs à ce genre. Bien souvent, ces species se réfèrent à des formes naines d’espèces déjà décrites et il faut bien avouer que sans étude taxinomique plus approfondie, il est parfois bien imprudent d’annoncer que l’on a découvert une nouvelle espèce. Quoi qu’il en soit, on entend souvent parler de T. sp. “Congo”, T. sp. “Schachbrett”, T. sp. temporalis “shell”, T. sp. temporalis “Tanzanie”, T. sp. vittatus “shell”, T. sp. aff. bifrenatus, T. sp. aff. vittatus, etc.De quoi jeter le trouble et se demander si dans tous ces taxa temporaires, il n’y aurait pas certains synonymes.Je vous propose donc de nous attarder dans un premier lieu sur les espèces décrites, puis seulement de nous pencher sur ces nouveautés cichlidèsque. Alors peut-être pourrons-nous y voir plus clair. Procédons par ordre chronologique des descriptions reconnues aujourd’hui comme valides (c’est souvent une bonne méthode en taxinomie).

Telmatochromis temporalis Boulenger, 1898

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Synonymes : Telmatochromis burgeoni Poll, 1942 ; Telmatochromis lestradei Poll, 1942.C’est, d’après Regan (1920) l’espèce type du genre. Elle est présente dans tout le lac Tanganyika, mais ne serait pas présente sur toutes les côtes rocheuses (Konings indique qu’entre Wampembe et les monts Mahale, la niche est occupée par le T. sp. temporalis (Telmatochromis. brachygnathus) Tanzanie. Ce T. sp. temporalis Tanzanie est un poisson plus allongé de corps que le temporalis commun (LT/h d’environ 5.1/2 chez le T. sp. temporalis (T. brachygnathus) Tanzanie pour environ 3.1/4 à 3.1/2 chez les types du temporalis). Les 4 types ont été collectés à Kinyamkolo et Mbity Rocks (Zambie) par J.E.S. Moore et sont à ce jour conservés au British Museum.

Corps trapu de couleur brune. Pas de véritable bande, uniquement des traces dont une dans le prolongement de l’œil. Les individus dominés sont parfois plus clairs. C’est alors que les deux fines bandes longitudinales apparaissent sur le corps.

Dans sa description, Boulenger décrivait le patron de coloration du T. temporalis de la manière suivante : « Livrée avec une bande foncée entre l’œil et le bord de l’opercule, une barre verticale à la base de la pectorale ; nageoires verticales ornées de taches disposées en séries ». Poll notait aussi ces mêmes caractères chez T. lestradei ainsi que chez T. burgeoni en ajoutant pour ces derniers : « deux bandes foncées assez minces mais relativement nettes sur les flancs… ». Cette notion de fines bandes plus ou moins visibles en fonction de l’humeur du poisson fut donc en partie à l’origine de ces multiples descriptions pour une seule et même espèce. De plus, il a été démontré qu’il existait un dichromatisme chez cette espèce, visible tant chez les individus vivants que conservés dans l’alcool. Ce dichromatisme, indépendant des gènes et de l’âge des individus aurait des fonctions liées au camouflage. Cette présence d’individus sombres et foncés a considérablement induit en erreur les taxinomistes.

Pondeur sur substrat caché. Vit dans la zone rocheuse et intermédiaire libre de sédiments entre 3 et 15 mètres. Le mâle atteint 10 cm alors que la femelle ne dépasse guère 8 cm.

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On trouve également une forme naine de T. temporalis dans les champs de coquilles où dans ce cas, le mâle ne dépasse pas 7 cm. On a déjà observé cette forme naine dans le sud du lac (Sumbu, Mbity), sur la côte centrale (Kalilani Island), ainsi qu’au nord (Nyanza Lac). Cette forme a été exportée par le passé sous le nom erroné de Telmatochromis burgeoni. De manière générale, on nomme cette forme naine de T. temporalis est aquariophilement vendue sous le nom de T. sp. temporalis “shell”. Dans ce cas, la ponte s’opère dans les coquilles de Neothauma.

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Telmatochromis vittatus Boulenger, 1898

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Les 2 types ont été collectés par J.E.S Moore à Mbity Rocks et sont aujourd’hui conservés au British Museum. Présent (sous réserve, voir plus loin) de Kapampa (RDC) à Chituta (Zambie). Zone Rocheuse et intermédiaire. Taille avoisinant les 10 cm. Pondeur sur substrat caché. 1 bande noire sur le corps et 1 à la base de la dorsale. Liseré bleu noir sur les nageoires impaires.Le plus difficile chez cette espèce, c’est de la distinguer du T. brichardi Louisy, 1989. En effet, ces deux espèces présentent deux lignes longitudinales sur les flancs, placés exactement à la même position. Boulenger disait pour le T. vittatus : « Livrée ornée d’une bande latérale noirâtre entre le bout du museau et la base de la caudale où elle se termine en une tache arrondie ; une seconde bande commence sur le sommet de la tête et s’étend le long de la base de la dorsale ; une barre verticale noirâtre à la base de la pectorale, nageoires verticales à peine ponctuées. Pour le T. brichardi, Louisy donne une description de la livrée équivalente, bien que plus complète (voir plus loin).Pour tenter de différencier ces deux poissons, les caractères externes sont donc les suivants : T. vittatus est plus grand que T. brichardi (10 cm contre 6) T. vittatus a un museau un peu plus arrondi que le T. brichardi T. vittatus a un œil plus petit que T. brichardi T. vittatus à un corps moins allongé que T. brichardi, T. vittatus à une tête plus courte, plus large et un profil frontal plus convexe que T. brichardi Enfin, tous deux ont une répartition géographique distincte et, selon Konings, nous ne devrions pas les trouver sympatriquement.

Notez que H.J. Herrmann a répertorié dans son Aqualex une forme jaune de T. vittatus avec des nageoires très jaunes. Il serait collecté en Zambie, sans autre précision. Il lui donne le nom de T. sp. aff. “vittatus”. Avec un peu de recul, on s’aperçoit que ce poisson a plus la forme d’un T. brichardi au niveau de la tête (assez pointue) et des stries sur la bande longitudinale. De même, la taille annoncée (5 cm) le rapproche plus du T. brichardi. 1

Telmatochromis dhonti (Boulenger, 1919) 1

Telmatochromis dhonti Magara Photo Ad Konings Synonymes : Telmatochromis caninus, Poll, 1942; Julidochromis macrolepis, Borodin, 1931T. dhonti a été décrit sous la genre Lamprologus car lors de sa description, Boulenger n’avait pas fait attention à la dentition interne du poisson (signe distinctif du genre Telmatochromis). Les types de cette espèce ont été collectés à Albertville (Kalemie, RDC) par M.G. Dhont De Bie.On trouve cette espèce tout autour du lac avec une préférence pour le nord de celui-ci. Selon Konings, on le trouve cependant aussi à Moliro (RDC) et à Utinta (Tanzanie).

 

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Telamtochromis donthi à Kabwe (Tanzanie).

Telamtochromis donthi à Kabwe (Tanzanie).

Il vit au sein de la zone intermédiaire dans des eaux turbides et toujours à faible profondeur. Se reproduit en harem dans les petites failles rocheuses ou dans des trous creusés dans la vase rigide sous des petites roches.

J’ai eu personnellement beaucoup de problèmes pour distinguer le T. dhonti du T. temporalis. En effet, chez ces deux espèces on trouve quasiment le même fond de coloration, les mêmes formes de nageoires, jusqu’à ce que je découvre enfin que le museau du T. dhonti était pointu et concave alors que celui du T. temporalis est arrondi et convexe.

Telmatochromis bifrenatus Myers, 1936

Telmatochromis bifrenatus Kavala Telmatochromis bifrenatus Sibwesa Telmatochromis bifrenatus Dwarf Sibwesa
Telmatochromis bifrenatus Kalago Telmatochromis bifrenatus Kalilani
Telmatochromis bifrenatus Maswa

Ce dernier porte ce nom du fait de ses deux bandes sur la tête. Mais le signe qui le distingue réellement, c’est la présence de deux bandes sur le corps en plus de la bande située à la base de la nageoire dorsale. Il est le seul représentant du genre à posséder ainsi 3 bandes longitudinales.

L’holotype a été collecté à Kigoma en 1920 par H.C. Raven. Il figure à ce jour au U.S. Nat. Museum.On le trouve de Sibwesa (Tanzanie) à la frontière avec le Burundi et de Kavala à Luhanga (RDC). Habite le biotope sablonneux et intermédiaire entre 5 et 15 mètres. Se nourrit de petits organismes, d’aufwuchs et d’œufs d’autres poissons.

Atteint une taille de 6 cm.

 

Telmatochromis brichardi Louisy, 1989

Telmatochromis brichardi Mbity 1Photo Eric Genevelle Telmatochromis brichardi 1(dessin holotype)
1Telmatochromis brichardi Magara Photo Ad Konings

Telmatochromis brichardi Magara Photo Ad Konings

C’est la dernière espèce du genre à avoir été décrite (en attendant les prochaines). L’holotype a été collecté à Usumbura (Bujumbura) au Burundi. Il a été légué par Pierre Brichard en 1972.Présent (sous réserve pour certaines zones, voir plus loin) au Burundi, près de Magara (Burundi), sur la côte sud du Congo, au-dessus de Kapampa (RDC), au sud Tanzanie (sous Sibwesa), et sur la côte est de Chituta Bay (Zambie).Vit sur les fonds d’éboulis et de roches entre 5 et 20 mètres de profondeur.N’excède pas 6 cm dans la nature. Les mâles ont les pelviennes plus longues que les femelles.Cette espèce ressemble beaucoup à T. vittatus et possède donc deux bandes noires sur le corps (une sur les flancs, et l’autre à la base de la nageoire dorsale.Pour distinguer ces deux espèces, se rapporter au paragraphe concernant T. vittatus.

Discussion Deux groupes distinctsGrâce aux récents travaux de M. Hanssens et de J. Snoeks, on a désormais confirmation de synonymies supposées mais jusqu’alors non démontrées. La classification de certaines espèces de ce genre est donc plus aisée. Ainsi, comme l’avaient d’ores et déjà évoqués Poll en 1946 et P. Louisy en 1989, on peut schématiquement répartir ces 5 espèces en deux groupes distincts :Le premier est composé d’espèces assez trapues et élevées (hauteur comprise entre 3 à 3,8 fois environ dans la LS) et à coloration assez uniforme, à l’exception d’une ligne postoculaire sombre : T. temporalis et T. dhonti. Le deuxième groupe comprend des espèces à corps allongés (hauteur comprise entre 4,2 à 5,7 fois environ dans la LS), possédant des bandes sombres longitudinales bien marquées qui se prolongent par des dessins mélaniques en avant de l’œil et sur le dessus de la tête : T. vittatus, T. bifrenatus, T. brichardi.

Cette répartition du genre en deux groupes différents avait aussi été pressentie par Sturmbauer et al en 1984 suite à leurs travaux sur l’étude des mitochondries. Ils avaient ainsi trouvé que le groupe des Telmatochromis allongés étaient proche de certains Neolamprologus et Julidochromis et que les Telmatochromis trapus étaient proches du Neolamprologus christy.

vittatus / brichardi : Les nouvelles raisons de la discorde

Il semblerait selon nos dernières investigations sur le lac (Genevelle, Konings, 2000) que l’on trouve un Telmatochromis étrange à Isanga Bay, Muzumwa ainsi qu’à Kantalamba. J’ai décidé pour cet article de nomme ce poisson Telmatochromis cf. vittatus en raison de la forme de sa tête qui présente la même convexité que T. vittatus. Si je ne rattache pas ce poisson avec certitude à l’espèce vittatus, c’est que son corps est plus allongé (LT/h d’environ 6.1/3 chez le T. cf. vittatus pour environ 4.1/2 à 4.2/3 chez les types du vittatus) et sa tête moins massive. De plus sa bande longitudinale présente quelques hachures (plus conformes au T. brichardi car non présentes sur les spécimens de T. vittatus conservés dans l’alcool et sur le dessin de l’holotype) qui ne sont pas décrites par Boulenger dans sa description du vittatus. Le doute est donc permis et si les spécimens observés sont effectivement des vittatus, la distribution précédemment proposée serait à revoir.Patrick Louisy (l’auteur du T. brichardi) semble de cet avis et propose le taxon provisoire de Telmatochromis sp. aff. vittatus pour ce poisson à la tête arrondie. Je préfère le préfixe cf. car rien ne nous dit aujourd’hui que c’est une nouvelle espèce. Pour ce faire, il faudrait rencontrer notre poisson en compagnie du véritable T. vittatus.

Telmatochromis cf. vittatus Isanga Telmatochromis cf. vittatus Kalambo Telmatochromis cf. vittatus Muzumwa
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Sur un cliché pris à Muzumwa (Côte Est de Chituta), on voit des Telmatochromis cf. vittatus, un Telmatochromis temporalis et un Julidochromis ornatus. Les T. cf. vittatus paraissent assez grands comparativement aux autres espèces présentes. C’est un élément supplémentaire qui nous donnerait à penser que des simili pseudo T. vittatus sévissent bien dans cette partie du lac en compagnie d’autres T. brichardi. Heinz Büscher (comm. pers) signale que ce T. cf. vittatus est aussi présent sur la côte Ouest Zambienne (Heinz a découvert ce poisson en 1985 à Katete). Il précise qu’il trouve toujours ce poisson dans des champs de coquille et dans des nids de Neolamprologus callipterus. Chose importante, il a observé que cette espèce restait toujours plus petite que T. vittatus. C’est pour cette raison qu’il a pris l’habitude de nommer ce poisson Telmatochromis cf. brichardi (voir photo p. 54 in The DATZ Heft ‘Tanganjikasee’). De même, dans un champ de coquilles à Mbity (Zambie), dans une zone où, selon Konings, on ne devrait pas trouver de T. brichardi et où les types ayant servi à la description de T. vittatus ont été collectés (les types ont été collectés à Mbity mais je ne sais pas si c’était à Mbity Bay, à Mbity Island sur un fond rocheux ou dans le champ de coquilles de Mbity Island), j’ai photographié des Telmatochromis brichardi et des T. cf. vittatus au même endroit. Autre solution, bien que peu envisageable, le T. brichardi du sud du lac ne serait pas identique au T. brichardi du nord (population type). Ce serait soit une autre espèce, soit une variante de la première avec une tête plus arrondie que celle de la population type (d’où la confusion avec le T. vittatus).Pour résumer, le T. cf. brichardi de Büscher est le même poisson que le T. cf. vittatus de Genevelle qui équivaut au T. sp. aff. vittatus de Louisy (qui n’a rien à voir avec le T. sp. aff. “vittatus” d’Herrmann). Chaque auteur a ainsi sa propre interprétation sur ce poisson qui, de toute évidence, semble n’être ni un T. vittatus, ni un T. brichardi. Si tel est le cas, les taxa provisoires de T. sp. aff. vittatus ou de T. sp. aff. brichardi seraient les mieux adaptés. Sa répartition est incertaine mais selon les sources ici consultées, il sévirait au moins sur l’ensemble des côtes zambiennes.

Ma conclusion personnelle sur ce sujet, c’est que l’on ne prend jamais assez trop son temps et que si j’avais fait un peu plus attention aux Telmatochromis lorsque je suis allé en Zambie, je ne serais pas en train de m’abîmer les yeux avec une loupe pour essayer d’analyser les quelques photos prises sur site.

Conclusion : Il faut que j’y retourne.

Sp. Congo et ses amis Le plus célèbre est le Telmatochromis sp. Congo (ou sp. RDC si on respecte les changements politiques de ces régions). En ce qui concerne l’aspect du corps, cette espèce ressemble au Telmatochromis brichardi mais les bandes ne sont pas régulières mais striées de barres obliques. La bande située à la base de la dorsale est divisée en plus ou moins 7 segments. Cette « espèce » mesure une dizaine de centimètres et est donc plus longue que T. brichardi. D’un autre côté, sa tête est arrondie à la manière d’un Telmatochromis vittatus sans pour autant en avoir la hauteur.

Ad Konings, en page 97 de son dernier ouvrage (image 5) présente un spécimen en train de dérober des œufs de Lepidiolamprologus.Ce spécimen a été photographié à Moliro, à la frontière entre la Zambie et la RDC.Le dessin de la ligne située à la base de la dorsale est identique à celui observé chez le T. sp. Congo. 1

 

 

1 Telmatochromis sp.
Telmatochromis sp.

Telmatochromis sp.

Heinz Büscher évoque un certain Telmatochromis sp. “Schachbrett” (échiquier en français) trouvé aux environs de Longola (RDC, sous Zongwe). Ce dernier me confirme que ce poisson correspond à une espèce non décrite mais qui ferait partie du groupe des espèces allongées. Aucune étude taxinomique ni morphométrique n’a, à ce jour, été entreprise. Régis (AFC 1522.86) semble posséder (après étude des clichés par Büscher) des spécimens de cette espèce (voir photos). Ces dernières mesurent 9/10 cm pour le mâle et 6/8 pour la femelle. En phase d’excitation, son patron de coloration prend la formez d’un damier. Un autre caractère de cette espèce semble être le contour jaune orangé des yeux.

Il est bien difficile de se faire une idée raisonnable sur la notion de nouvelle espèce dans ce genre. La longueur de ces species donnée dans la littérature aquariophile est à prendre avec réserve car nous ne savons pas s’il s’agit de mesures concernant des individus sauvages ou des individus élevés en aquarium. Or nous savons que la vie confortable procurée par l’aquarium permet aux poissons, notamment les Telmatochromis, d’allonger leur taille de 20 à 30%. En ce qui concerne le patron de coloration, nous devrions nous souvenir des synonymies crées par le fait que le T. temporalis affiche de manière non permanente des bandes pour prendre avec réserve des supposées nouvelles espèces sous prétexte que les bandes sont régulières ou non. De même, si vous observez attentivement un T. brichardi, vous verrez que la bande longitudinale sur le corps et légèrement striée. Ces stries ne sont pas toujours colorées, mais présentes. Le fait qu’un Telmatochromis comme le fameux T. sp. Congo ait des stries colorées et très marquées ne prouve rien. Cela ne pourrait être qu’une race géographique comme le T. sp. aff. “vittatus” à nageoires jaunes de Herrmann (qui est à mon sens plus à rapprocher du T. brichardi, voir plus haut).

Pour résumer l’impossible vérité des espèces non décrites, ce petit tableau :

Taxon provisoire et auteur du taxon Synonymes Répartition estimée Remarques
T. sp. temporalis Tanzanie (Konings)   De Wampembe aux monts Mahale (Tanzanie) Espèce plus petite que T. temporalis et plus allongée de corps
T. cf vittatus (Genevelle) T. sp. aff. vittatus (Louisy)T. cf. brichardi (Büscher) Zambie Tête du T. vittatus, corps du brichardi
T. sp. Congo ( Herrmann)   RDC (sans précision) Corps du brichardi en plus allongé, tête du vittatus en moins haute, bandes longitudinales divisées en plusieurs segments
T. sp. “Schachbrett” (Büscher) T. sp. Longola Longola (RDC) Patron en forme d’échiquier. Espèce de corps allongé
Tous les autres taxa provisoires, bien souvent à consonance de « sp. Shell » sont à mon sens à oublier. Ils ont été créés pour identifier les formes naines des espèces sus citées et ne sont en aucun cas de nouvelles espèces. Mais cela reste bien évidemment à confirmer de manière scientifique. Il est dans ce cas taxinomiquement plus correct de nommer ces poissons de la manière suivante : Genre espèce ‘’Shell/Dwarf Lieu’’. Exemple : Telmatochromis temporalis ‘’Shell Mbity’’.

Conclusion:

Le dernier mot, je le laisserai à Patrick Louisy qui me livrait ces quelques mots pour conclure sa réflexion sur le genre « De toute façon, je crois que de nombreuses “espèces” du lac Tanganyika devraient être considérées comme des complexes de taxons liés et imparfaitement différenciés : dans les grands lacs africains, la notion traditionnelle d’espèce ne veut plus rien dire, et les critères habituels de taxonomie (y compris les plus modernes) ne sont pas forcément très significatifs. Explorons, explorons, et essayons d’y voir clair lorsque l’on a en main toutes les formes apparentées. Je crois que les choses avancent, mais il y a encore du Cichlidé sur la planche ! »

Bibliographie :

Atlas des Cichlidés. Editions AFC 1995/4
– 3/16Konings (1998) : Tanganyika Cichlids in their natural habitat
– Cichlid PressHanssens M., Snoeks J. (2000) : A revised synonymy of Telmatochromis temporalis (Teleostei, Cichlidae) from Lake Tanganyika (East Africa)
– Regular Papers
– Journal of Fish Biology (2001) 58, 639-655Herrmann H.J. (1996) : Aqualex Tanganyika – Dähne VerlagPoll M. (1946) : Révision de la faune Ichthyologique du Lac Tanganyika. Anales du Musée du Congo Belge – Serie I – Tome IV
– Fascicule 3. Louisy P. (1989) : Description de Telmatochromis brichardi (Pisces, Cichlidae, Lamprologini), espèce nouvelle du lac Tanganyika
– Revue Française d’Aquariologie 15, 79-85Mboko, S. K. & M. Kohda (1995) : Pale and dark dichromatism related to microhabitats in a herbivorous Tanganyikan cichlid fish, Telmatochromis temporalis
– Journal of Ethology Vol. 13 No. 1 June 1995Heinz Büscher : Buntbarshe un Schneckenhäusern
– Datz Sonderheft TanganyikaseeSturmbauer,C., Verheyen,E. and Meyer,A. (1994) : Mitochondrial Phylogeny of the Lamprologini, the Major Substrate Spawning Lineage of Cichlid Fishes from Lake Tanganyika, Eastern Africa
– JOURNAL Mol. Biol. Evol. 11 (1994)

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