Neolamprologus brevis “Chimba”

Expérience aquariophile

Auteure: Estelle

Neolamprologus brevis

Description:

Petit conchylicole au corps trapu, Neolamprologus brevis est un cichlidé qui passe facilement inaperçu dans un magasin. Qui s’arrêterait devant un bac de vente contenant une nuée de petits poissons gris?
Mais lorsqu’on le connaît et qu’on le voit dans de bonnes conditions, on apprend à aimer son comportement caractéristique et ses jolis reflets. D’une couleur générale beige crème, le N. brevis selon les localités géographiques possède différentes livrées . La variété que j’ai actuellement, venant de Chimba, possède une large tâche jaune sur les flancs, plus accentuée chez la femelle, comme la variété d’Ikola assez répandue chez les aquariophiles qui la désignent sous le nom de “Sunspot Ikola”. L’œil est souligné du trait bleu courant chez les Lamprologiens, et le corps ainsi que les nageoires dorsale et caudale est strié de fines rayures argentées et irisées. Sa particularité, qui attire l’œil, est son corps nacré qui capte la lumière et qui le pare de reflets changeants.

C’est la variété de N. brevis la plus petite connue à ce jour ( plus petite encore que celle de Karilani ) et elle diffère des autres brevis par son comportement beaucoup plus craintif.

Le mâle mesure environ cinq centimètres, et la femelle, beaucoup plus petite et longiligne, fait trois centimètres. Une autre distinction (du moins pour cette localité) est le double liseré de la dorsale chez le mâle ( blanc vers l’intérieur et jaune vers l’extérieur ). Cette petite espèce est conchylicole, c’est-à-dire qu’elle niche dans des coquilles d’escargot vides. Dans le lac, il s’agit souvent de Neothauma, mais en aquarium on peut les remplacer par des coquilles vides d’escargot de bourgogne.

Neolamprologus brevis mâle en surveillance.

La coquille est le centre de leur territoire, et une fois le couple formé ils la défendent sur un rayon d’une quarantaine de centimètres.C’ est un petit combattant courageux qui peut aller jusqu’à mordre la main de l’aquariophile pendant un nettoyage de vitres.

N. brevis est la seule espèce conchylicole qui voit souvent le couple formé partager la même coquille. En cas de danger, la femelle rentre toujours la première dans la spirale, suivie du mâle.

mâle Neolamprologus brevis rentrant dans la coquille après la femelle.

Neolamprologus brevis “Chimba” étant une variété de taille très réduite, on distingue à peine le corps du mâle à l’intérieur lorsque les deux membres du couple se réfugient dans leur coquille de Neothauma.

On peut souvent apercevoir l’oeil du mâle, qui depuis son abri, vérifie que le danger est passé avant de ressortir, et d’autoriser sa compagne à faire de même.

le couple Neolamprologus brevis dans sa coquille.

Son nom de genre “Lamprologus” a été révisé en Neolamprologus du grecνεο( neo : nouveau), λαμπρός ( lampros : brillant ) etλόγος ( logos: la parole ). Son nom d’espèce fait à la fois référence à sa petite taille et à sa coquille-refuge, brevis venant deβρέφος ( brephos: nouveau-né ou petit d’animal encore dans le sein de sa mère)

Neolamprologus brevis Chimba couple. Le couple à son arrivée. La coquille de Neothauma est juste posée sur le sable.

Expérience de maintenance et comportement:

Après avoir eu pendant quelques temps un Neolamprologus brevis “Karilani” célibataire, j’ai eu envie d’acquérir des spécimens d’une autre localité pour enfin pouvoir observer le comportement fascinant de l’espèce en couple. Le couple sauvage que j’ai acquis s’était déjà formé dans le bac de vente, et défendait une coquille de Neothauma. Il a donc fallu emmener la coquille pour avoir les poissons, ceux-ci se cachant à l’intérieur à la moindre alerte.

Ils ont pris place dans un bac de 200 litres avec un jeune couple de Chalinochromis brichardi. Au départ la coquille était isolée sur une étendue de sable, puis d’autres coquilles de toute taille et de petits éboulis de galets ont été disposés autour d’elle afin d’offrir aux alevins des refuges salvateurs.

Dans Les cichlidés du lac Tanganyika dans leur milieu naturel de Ad Konings, il est dit que N. brevis n’enterre pas sa coquille. Pourtant les spécimens de Chimba et de Karilani que j’ai eus enterrent leur coquille de façon à ce que seule l’ouverture soit visible. En outre, le mâle “Chimba” a apprécié les coquilles rajoutées lors de la première ponte. Il en a même rapproché certaines et les a consciencieusement nettoyées. Est-ce pour dissimuler un peu plus sa coquille, ou pour faire diversion vis-à-vis de potentiels prédateurs?

Neolamprologus brevis Chimba mâle. Neolamprologus brevis Chimba couple.
Le mâle en plein travail de terrassement et nettoyage. Quelques aménagements plus tard…

Après quelques temps, le mâle, qui avait un peu grandi et grossi, se cachait parfois dans une autre coquille qu’il avait rapprochée de la coquille de ponte et enterrée de la même façon. Il faut dire que leur territoire dans ce bac était assez grand, les jeunes Chalinochromis leur laissant la moitié du bac, et qu’il y avait plusieurs coquilles à leur disposition. Cela ne l’empêchait pas d’être très proche de sa femelle, le couple ne s’est jamais désuni depuis son arrivée.

Je voudrais m’arrêter quelques instants pour plaider une cause qui m’est chère… Neolamprologus brevis est un petit poisson, certes, qui contrairement à beaucoup de cichlidés, a un territoire relativement restreint. Cela ne justifie en aucun cas sa maintenance dans de minuscules bacs de moins de 60 litres.

Dans mon 200 litres, le couple était souvent à l’autre bout du bac, même en période de “surveillance rapprochée” -lorsqu’il y avait des larves dans la coquille. A la moindre alerte (par exemple un Chalinochromis qui nonchalamment vient voir si les délicieux petits alevins ne se sont pas encore décidés à sortir…), ils étaient devant la coquille en un éclair. Leur territoire est donc quand même conséquent proportionnellement à leur taille!

Neolamprologus brevis mâle.

Je verrais donc cette espèce dans un bac d’au moins une centaine de litres seule ou en cohabitation avec une autre petite espèce pétricole ou sabulicole. Une coquille et du sable assez meuble, il ne leur en faut pas plus…

Reproduction:

La première ponte de Neolamprologus brevis chez moi a été avortée, sans doute du fait d’un stress que j’ai provoqué. En effet, j’ai modifié l’aménagement lors de la garde des œufs et ceux-ci ont été dévorés par les parents. En revanche, les pontes suivantes ont abouti, et se sont ensuite enchaînées toutes les trois semaines.Neolamprologus brevis

Neolamprologus brevis femelle gravide.

Femelle gravide.

Une femelle gravide se reconnaît à sa couleur foncée et à son abdomen rebondi. Lorsque la ponte est imminente, on distingue l’oviducte sorti. La femelle effectue une petite “danse” saccadée, une parade de séduction devant le mâle pour l’attirer dans la coquille. Elle arque son corps devant lui, rentre dans la coquille, ressort aussitôt, etc.

La ponte se fait à l’intérieur de la coquille, et par la suite la surveillance du couple est renforcée.En particulier le premier jour, la femelle demeure dans la coquille et fait “écran” de son corps. Le mâle l’empêche d’en sortir en lui donnant des coups de tête dès qu’elle fait signe de se dégager. Elle n’a droit qu’à de brèves “permissions” pour manger, mais très vite il la rappelle à l’ordre et la pousse à l’intérieur. Lui-même ne s’éloigne quasiment pas et reste aux abords, beaucoup plus près qu’en temps normal.

Neolamprologus brevis alevins en nage libre.Les œufs éclosent au bout de quelques jours, et les larves demeurent à l’abri de la coquille le temps que le sac vitellin se résorbe. Les alevins y restent encore sous la garde de leurs géniteurs une bonne semaine après le début de la nage libre, puis les parents préparent la nouvelle ponte, et les petits doivent partir et se disséminer dans le bac.

Neolamprologus brevis alevins.

D’où les petits éboulis de galets aux fins interstices placés à proximité de la coquille… Les alevins pourront s’y réfugier et ainsi se soustraire à l’appétit des colocataires, voire de leur père qui peut manger sa progéniture. Dans un bac d’ensemble, il n’est pas évident de sauver les alevins, il peut donc être bon d’isoler les larves dans un autre bac si on souhaite garder les jeunes. Dans mon bac, un ou deux alevins survivent à chaque ponte.

Neolamprologus brevis alevin.

Malheureusement, j’ai fait une erreur qui a coûté la vie à mon couple sauvage. J’ai introduit dans leur bac trois jeunes Altolamprologus calvus de 3 cm que je pensais maintenir temporairement avec eux. Tout semblait aller pour le mieux jusqu’à ce que les N. brevis pondent. Les A. calvus sont alors partis en chasse, et n’ont cessé de déranger le couple. Les parents défendaient leurs petits tant bien que mal, mais à deux contre trois, ils ne pouvaient empêcher que l’un des prédateurs picore de temps en temps un alevin. Les A. calvus étant tout petits, ils pouvaient eux aussi rentrer dans la coquille!

J’ai donc placé le couple de N. brevis et leur coquille dans un autre bac où ils étaient seuls, mais le stress a sûrement été trop important. Si deux petits de cette ponte ont survécu, les parents ne se sont jamais remis et ont commencé à dépérir, la plupart du temps cachés dans leur coquille. J’ai du me résoudre à abréger leurs souffrances au bout de deux mois, ils étaient devenus aveugles et terriblement maigres. L’histoire s’est poursuivie avec leurs descendants…

Neolamprologus brevis

J’ai ensuite eu l’occasion d’observer la formation d’un couple parmi les jeunes les plus âgés. Elle s’est faite en douceur, vu qu’ils ont grandi ensemble. Ce n’est que lorsqu’ils sont presque à taille adulte qu’ils prennent leur coloration et qu’on commence à noter un dimorphisme: le mâle continue à grandir et se développer quand la femelle arrête sa croissance, et cette dernière se pare de la large tâche jaune sur le flanc et d’une livrée plus contrastée. La photo ci-dessous montre le couple tout juste formé de deux jeunes F1( descendants de sauvages )

Neolamprologus brevis juvéniles.

Les deux jeunes ont fini par s’approprier une coquille, et quelques jours plus tard, la femelle s’est assombrie et j’ai observé les premières parades amoureuses. La boucle était bouclée… Par contre, ce couple a beaucoup moins bien supporté le voisinage des Chalinochromis brichardi car ces derniers, devenus matures, ont commencé à se reproduire et à faire peur aux petits conchylicoles par leurs mouvements brusques et leurs intimidations. Le couple a donc déménagé dans un120 litres, où j’ai pu observer à loisir les premières reproductions.

J’ai réalisé par des échanges sur un forum cichlidophile que mes brevis n’avaient pas le comportement normal de cette espèce, courageuse et batailleuse. Cela s’est confirmé plus tard quand j’ai acquis une autre variété, N. brevis “Congo”: le mâle et la femelle sont deux fois plus gros que les “Chimba” et tiennent tête aux autres lamprologiens sans aucun problème.

Est-ce du à sa petite taille ? En tout cas Neolamprologus brevis “Chimba” ne doit pas être maintenu avec des poissons trop remuants, selon mes observations les colocataires idéaux pour cette espèce sont les Xenotilapia. C’est d’ailleurs assez pratique, on ne sait jamais trop quoi mettre avec ces fragiles sabulicoles pour les mettre en confiance… Mes brevis “Chimba” cohabitent actuellement, avec succès, avec des Ectodus descampsii, des Xenotilapia ornatipinnis et des Xenotilapia sp. “Red Princess” dans mes bacs.

En conclusion, une petite espèce très sympathique à conseiller aux débutants pour la simplicité de sa maintenance, mais qui ne saurait lasser le cichlidophile le plus averti. Attention, un stress important peut être fatal à Neolamprologus brevis “Chimba”. Il se terre alors dans sa coquille et ne s’alimente plus… Je trouve tout de même cette variété particulièrement jolie et intéressante, avec sa livrée bien rayée et sa petite taille.

Référence: Les cichlidés du Tanganyika dans leur milieu naturel. Ad Konings. ( Cichlid Press )

######### Merci à Sébastien Bailleul et aux 2 Chris pour leurs photos.

(1589)

Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés