Neolamprologus calliurus

(Boulenger 1906)

(sous Lamprologus brevis)

(Pisces, cichlidae, lamprologini)

Expérience aquariophile

Auteur: Audrey Marquis

Introduction

Le Neolamprologus calliurus est un cichlidé conchylicole du lac Tanganyika présent dans nos aquariums depuis un certain temps sous un nom d’emprunt, N. brevis « Magarae ».

Description:

Certes, il est semblable au Neolamprologus brevis par bien des points, et le débutant peut aisément Neolamprologus brevis "Katabe".confondre les deux espèces. Mais ses amis intimes savent bien reconnaître quelques caractéristiques bien distinctes qui sautent aux yeux lorsqu’on le connaît bien et qui en font un simple cousin du brevis. La coloration de base gris-rosée est identique, mais le calliurus est plus grand que le brevis Neolamprologus brevis "Congo".(8/4 contre 5/3,5) et son corps est plus allongé, moins haut. La queue des mâles adultes présente une lyre qui est absente chez le N. brevis, ses nageoires pelviennes sont très allongées et le haut de ses nageoires dorsale et caudale est souligné d’un liséré blanc, semblable à celui qu’on retrouve chez les N. brevis « Katabe », «Karilani» …

Le N. calliurus a toujours une tache orange au-dessus de l’oeil, oeil qui est souligné par un trait lilas irisé en demi-lune. D’autres marques aux reflets métalliques lilas, bleus ou verts selon l’éclairage sont visibles sur les flancs sous forme de barres, et une tache operculaire noire à reflets verts est clairement visible. Les femelles par contre demeurent beaucoup plus ternes que le mâle et peuvent probablement être confondues avec des femelles N. brevis. Il s’agit donc d’espèces à ne pas maintenir dans un même bac, car le risque d’obtenir des alevins hybrides est très élevé.

  Le lieu de récolte de l’holotype se situe à Tembwe, en République Démocratique du Congo. C’est à cet endroit que les premiers N. calliurus à avoir été décrits ont été pêchés. Pourtant ce poisson semble être présent à de nombreux endroits sur le lac Tanganyika, dont Magara au Burundi d’où provient la souche la plus répandue dans le commerce. Il existe même une variété géographique bien différente du N. calliurus « ordinaire », que l’on retrouve à Cap Mpimbwe en Tanzanie, Sur le secteur de Kipili, à Kasanga également. Cette variété, plus grande et plus colorée (12cm/8cm) semble avoir développé une taille trop grande pour habiter les coquilles de Neothauma et doit par le fait même adopter un comportement pétricole.

Maintenance:

Le N. calliurus de Magara est certes grand pour un conchylicole, avec 8 centimètres pour le mâle et 4 pour la femelle, mais contrairement à son confrère de Mpimbwe il n’a pas modifié pour autant son mode de vie. Si on lui fournit une coquille à sa taille, c’est-à-dire dotée d’une entrée d’environ 2,5 centimètres de diamètre, il s’y réfugiera volontiers. Il présente une attirance envers les amas rocheux et les cavernes, mais sa préférence semble se porter vers les coquilles d’escargots. La femelle choisira rapidement une coquille qu’elle définira comme son territoire personnel, la défendant contre l’intrusion d’autres femelles et de réalisée avec trucage.juvéniles de manière souvent très agressive. Il est possible d’assister à des combats de bouche entre deux femelles voisines, mais le mâle s’interpose souvent entre les deux protagonistes avant que cela ne dégénère.

Ce conchylicole se reproduit en harem. En aquarium, il se peut que le mâle choisisse de partager une coquille avec une de ses femelles tout comme le N. brevis, ou encore il se cantonnera à sa propre coquille ou aux rochers. Il semble être très versatile et capable de s’adapter sans problème à bien des situations. Il n’est pas très agressif envers les femelles qu’il choisit même si elles ne sont pas dans une phase de reproduction, et peut par le fait même se reproduire en couple. En revanche, il chassera impitoyablement les autres mâles et les femelles non désirées hors de son territoire.

   Avant d’acquérir Neolamprologus calliurus, il y a quelques points à considérer. Tout d’abord, on se doit de lui fournir un volume d’eau mais surtout une surface au sol lui permettant de s’épanouir pleinement. Il y a des expériences réussies de reproduction en couple dans un volume de 10 gallons*, voire 5 gallons, mais il s’agit de conditions ne permettant peu ou pas du tout l’observation des comportements naturels. Un bac de 20 gallons (ndlr: 100 litres) en montant est à envisager pour un trio, et un véritable harem d’un mâle et 4 ou 5 femelles sera logé dans plus grand encore. Chaque femelle défend un territoire d’environ 20 centimètres de diamètre autour de sa coquille; on tentera de minimiser les affrontements en leur attribuant le plus d’espace possible lorsqu’on envisage de les maintenir en harem.  Comme toujours avec les conchylicoles, la hauteur de la colonne d’eau a très peu d’importance, et les possibilités sont plus grandes lorsque la surface au sol augmente, indépendamment du volume. Ainsi un bac de 20 gallons mesurant 36 x 13 x 10 convient mieux qu’un bac de 25 gallons de 30 x 12 x 16, puisque la surface au sol est plus grande.

Il faut aussi pouvoir lui fournir des paramètres d’eau compatibles avec ses besoins. Le lac Tanganyika, d’où il est originaire, présente une eau très dure et basique (GH ~ 200ppm, KH ~ 350ppm, pH entre 8,6 et 9,2) avec une prédominance du magnésium sur le calcium. Une telle eau est simple à obtenir en utilisant des sels Tanganyika vendus sur le commerce, ou encore un mélange maison de différents sels comme l’hydroxyde de magnésium et le bicarbonate de sodium. On veillera à maintenir constants ces paramètres, surtout lors des changements d’eau.

Du côté nutritionnel, le N. calliurus est un cichlidé planctophage, c’est-à-dire qu’il se nourrit de micro-proies comme des crevettes, du plancton, des larves d’insectes et divers animalcules se trouvant à sa portée. En aquarium, il est aisé de lui fournir une diète compatible avec ses besoins.

De la nourriture commerciale pour poissons tropicaux « carnivores » ou omnivores fait très bien l’affaire, et on peut l’utiliser en combinaison avec une pâtée maison, des artémias adultes, des larves de moustiques, des vers blancs et autres nourritures vivantes ou congelées au taux de protéines élevé.

Ensuite, on doit déterminer si on désire débuter avec des poissons adultes ou avec des juvéniles. Le N. calliurus a l’avantage d’être aisément sexable à l’âge adulte, les mâles présentant la queue en forme de lyre et faisant facilement le double de la taille des femelles. Par contre, des poissons adultes risquent d’être plus agressifs les uns envers les autres et les couples ne se formeront pas automatiquement, quoique cela demeure une excellente option.

mâle Neolamprologus calliurus.   Beaucoup d’aquariophiles optent plutôt pour le groupe de juvéniles. Le sexe n’étant pas vraiment distinguable chez des jeunes, un groupe de départ de plus de 5 poissons assurera plus de 99% de chances d’obtenir un couple. Choisir un ou deux alevins plus grands et le reste plus petits peut augmenter les chances d’avoir un bon sex-ratio, mais la règle n’est pas absolue; certaines femelles peuvent avoir grandi plus rapidement que d’autres et certains mâles plus lentement…

Ce groupe étant habituellement maintenu dans le même aquarium qui logera le futur trio ou harem, on se retrouvera en surpopulation le temps de la sélection des reproducteurs. Cette situation se gère bien en prenant des précautions de base : fournir un minimum de 2 coquilles par poisson, distancer les coquilles le plus possible pour diminuer les tensions territoriales, créer des écrans visuels à l’aide d’amas rocheux et de plantes, et bien sûr avoir une maintenance impeccable. Les amas rocheux auront le double avantage de fournir un abri aux poissons les plus faibles du groupe, on peut même y dissimuler des tuyaux de PVC pour créer un réseau de cachettes. Une surveillance attentive du groupe de jeunes est nécessaire les premiers temps pour détecter les poissons malmenés. Il est possible de retirer ces derniers du groupe, mais souvent un simple refuge installé dans un coin supérieur de l’aquarium leur permettra de reprendre des forces à l’abri des regards. Une coquille de petite taille, des tuyaux, voire des briques, peuvent fournir cet abri.

En observant les relations entre les poissons, on pourra déterminer qui fait partie du harem et qui on doit retirer. Lorsque le groupe est formé, les tensions s’apaisent généralement et il est possible de changer quelque peu l’aménagement du bac. C’est une technique simple pour obtenir un groupe reproducteur tout en ayant la joie de voir grandir nos poissons.

Reproduction:

   La ponte se déroule à la façon classique des conchylicoles, généralement après l’âge d’un an. La femelle commence par attirer le mâle vers sa coquille, en lui présentant son flanc, nageoires resserrées ou encore avec seulement la dorsale déployée, adoptant une coloration  de soumission très sombre. Il se peut, si le mâle n’est pas réceptif, qu’elle tente de lui mordre le flanc pour attirer son attention. À ce moment, elle retourne à sa coquille en frémissant, suivie par le mâle. Si la coquille est de bonne taille, la femelle y entrera la première, suivie rapidement du mâle. S’il s’agit d’une coquille de petite taille, elle y entrera seule et le mâle déposera sa semence à l’entrée. Le mouvement de la femelle à sa sortie créera un courant d’eau vers l’intérieur de la coquille, ce qui assurera la fécondation des oeufs.

   La femelle ventile les oeufs pendant environ 7 jours, avec plus ou moins d’assiduité selon le cas. Elle sera visiblement plus attachée à sa coquille, ne s’éloignant pas trop même pour aller manger. L’intervalle entre les pontes est d’environ quatre semaines et il y a en moyenne entre 20 et 40 alevins par ponte.

   Les jeunes commencent à sortir de la coquille après ces 7 jours, parfois même plus tard. Ils ne sont alors que de petites larves minuscules, d’à peine plus de 7 mm de long, et semblent portés à quitter la coquille maternelle rapidement et à s’agglutiner en groupe sur le fond, près d’une roche ou de tout autre obstacle au courant. Ils sont alors très faciles à siphonner et à retirer de l’aquarium des parents, si on le désire. Un jour ou deux après la sortie de la coquille, ce comportement grégaire s’estompe et les jeunes se dispersent alors dans tout le bac, creusant chacun une niche dans le sable sous une coquille ou une pierre. Chaque alevin, âgé à peine de quelques jours, est déjà territorial et chassera ses frères et soeurs s’ils approchent trop près de son domaine personnel.

   Les parents ne semblent pas démontrer d’instinct protecteur envers les alevins. Il est même possible de voir un adulte chasser ces larves, voire les gober s’il est assez rapide. Pourtant il y aura toujours quelques débrouillards qui réussiront à survivre avec leurs parents dans les parages, et des frictions et courses-poursuites surviendront probablement lorsque le jeune deviendra suffisamment sûr de lui pour clamer son territoire devant ses parents. Les jeunes plus âgés peuvent même devenir une menace pour les nouveaux-nés, certains ne se gênant pas pour dévorer allègrement cette manne immobile.

   L’élevage des alevins ne pose à priori aucun problème, en autant que certaines conditions de maintenance soient respectées : des paramètres d’eau semblables à ceux des parents et se rapprochant de ceux du lac Tanganyika, un taux de nitrates minime, absence d’ammoniac ou de nitrites et changements d’eau réguliers en prenant soin de ne pas faire varier les paramètres de l’eau. Ils sont capables de se nourrir de nauplies d’artémias, mais un départ combiné avec des microvers ou autre nourriture vivante de petite taille et riche en matières grasses est à considérer puisque les alevins sont petits et déploient beaucoup d’énergie pour demeurer immobiles au sol malgré le courant, ainsi que pour leur croissance. Ils accepteront rapidement des flocons émiettés, de la nourriture maison congelée, des granulés écrasés, etc…

   Côté comportemental, il s’agit d’alevins très faciles à stresser. Ils se jettent au fond au premier signe de menace et peuvent très facilement sauter hors de l’eau lors d’une panique générale, provoquée par des événements aussi banals qu’un mouvement devant l’aquarium ou un changement de luminosité. Mieux vaut les maintenir dans un bac très bien fermé avec un fond de sable où ils pourront se creuser des cuvettes pour la nuit et se camoufler. Un amas rocheux bien équilibré doté de nombreuses cachettes pourrait éventuellement diminuer le niveau de stress, mais pourrait aussi exacerber les disputes territoriales. Il s’agit d’observer ce qui se passe et d’atteindre un équilibre où chacun trouve sa place. Il faudra s’assurer de stabiliser les roches le plus possible car les alevins creusent énormément. Idéalement, appuyer les pierres directement sur le fond ou les monter sur un réseau de tuyaux de PVC peut éviter des problèmes de chutes ou de glissement. Par contre, les coquilles sont à éviter à cause du comportement déjà territorial des très jeunes N. calliurus.

>>> Autres photos de Neolamprologus calliurus <<<

 

Conclusion:

Le Neolamprologus calliurus est définitivement un conchylicole à découvrir. Il présente les avantages d’être joliment coloré et gracieux avec sa queue en lyre, moins agressif que les conchylicoles « de harem » habituels, moins commun, tout en demeurant facile à reproduire et à maintenir. Ses caractéristiques font de lui un excellent candidat pour quelqu’un tentant une première incursion dans le monde des cichlidés conchylicoles, autant que pour ceux qui désireraient redécouvrir ses comportements et sa beauté cachée…

Documents : E. Genevelle. Audrey Marquis.

(919)

Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés