Xenotilapia sp. sunflower (papilio)

Xenotilapia sp Sunflower Kapata

Xenotilapia sp sunflower Kapata

Par Eric Genevelle
(Article paru dans Cichlids News – Juillet 2002)

S’il existe au sein du lac Tanganyika un poisson qui devrait porter le nom d’une fleur, c’est bien lui. Le papilio de Heinz Büscher avait emprunté celui du papillon, restaient la chaleur d’un rayon de soleil et la délicatesse des fleurs. Il s’est inspiré des deux. Dans quelques longs mois, si aucun retard ou commission ne vienne perturber cette échéance, le Dr Jos Snoeks du Museum de Tervuren (Belgique), aidé de Sébastien Verne lui auront donné un taxon véritable car pour ne rien vous cacher, la description du sunflower est bien avancée. En attendant, rien ne nous empêche de rêver.

Xenotilapia sp. sunflower (Mtosi)

Xenotilapia sp. sunflower (Mtosi)

Xenotilapia sp. sunflower ressemble en de nombreux points au Xenotilapia papilio, Büscher, 1990. Il s’en distingue principalement par l’absence de taches sur les nageoires pelviennes. En effet, alors que le papilio présente des pelviennes avec des petits points noirs (comme sur la dorsale), le sunflower montre des pelviennes de couleur jaune uniforme, et ce, quelle que soit la couleur de la dorsale. Le sunflower se distingue également d’un autre Xenotilapia non décrit, le Xenotilapia sp. Katete, présent entre Kapampa et Katete en République Démocratique du Congo (également en cours de description). Comparativement, le sp. Katete est plus haut de corps que le sunflower, possède des pelviennes et la partie postérieure de la nageoire dorsale transparentes. Maintenant que l’on sait à quoi ne ressemble pas notre poisson, décrivons rapidement le patron de coloration de cette espèce.

Il existe deux formes chromatiques de sunflower. La première forme, dite de Chituta, est présente sur la côte ouest de la baie de Chituta en Zambie jusqu’aux falaises de Kapata (Est de Mpulungu). Sa distribution est ainsi limitée à moins de 5 km de côte. Cette forme se caractérise par une dorsale jaune maculée de minuscules petits points bleu ciel. Les pelviennes sont jaunes, l’anale légèrement pigmentée les pectorales translucides avec une petite tache jaune à la base de ces dernières. La caudale est également translucide. Le bout du museau est jaune ainsi que le dessus de l’œil. Le restant du corps est dans les tons crème.

La deuxième forme est présente de la partie Est de cette même baie de Chituta à Mpimbwe en Tanzanie. Sur le plan chromatique, elle est identique à la première à l’exception de la nageoire dorsale qui est ornée d’une ou de plusieurs taches noires entourées d’un fin halo bleuté. Le nombre et la forme de ses taches varient considérablement selon les individus et les endroits bien qu’il soit impossible de fixer des règles précises. Ainsi, à un même endroit, un couple de sunflower peut présenter des taches différentes. Certaines taches forment des gros points ou parfois des bandes couvrant une bonne moitié de la surface de la nageoire. Konings (1998) signale qu’au Sud de sa zone de répartition, la tâche est allongée et devient ronde vers le Nord où à Mpimbwe la tache est unique et très petite en ne couvrant que 4 ou 5 rayons. A Isanga on trouve de tout ; des nageoires avec juste un ou deux petits points et des bandes très larges. Le seul point commun est que la première tache commence toujours après le 5ème ou 6ème rayon épineux, la partie antérieure de la nageoire étant uniformément jaune or.

Xenotilapia sp sunflower (Kapata)

Xenotilapia sp sunflower (Kapata)

Xenotilapia sp sunflower (Kapata)

Xenotilapia sp sunflower (Kapata)

-Forme de Chituta Ouest

Xenotilapia sp sunflower (Kapata)

Xenotilapia sp sunflower (Kapata) par Eric Genevelle

 
Xenotilapia sp. sunflower (Eric Genevelle)

Xenotilapia sp. sunflower (Eric Genevelle)

Xenotilapia sp. sunflower (Eric Genevelle)

Xenotilapia sp. sunflower Chituta (Eric Genevelle)

Forme de Chituta Est

 

La limite géographique entre ces deux formes chromatique semble ainsi se situer au fond de la baie de Chituta. Cette baie est peu profonde avec beaucoup de végétation (roseaux). Le fond est sableux et boueux. C’est l’embouchure de la rivière Lunzua avec son lot de crocodiles. Cette zone impropre à la circulation et à l’épanouissement du sunflower forme la barrière écologique qui est à l’origine de l’isolement géographique des deux variétés. On peut même s’interroger sur le fait que ces deux formes fassent réellement partie de la même espèce mais les travaux préliminaires de Snoeks confirment bien la chose (com. pers.).

Xenotilapia sp. sunflower (Muzi)

Xenotilapia sp. sunflower (Muzi)

Xenotilapia sp. sunflower est trouvé sur les fonds exclusivement rocheux couverts de sédiments. Son biotope de prédilection est constitué de gros blocs d’environ 1 mètre de diamètre empilés les uns sur les autres. On trouvera parfois de petites traces de sable au pied de ces amoncellements rocheux mais il semblerait que cela ne soit pas nécessaire à leur épanouissement. Les rares fois où notre ami est rencontré sur le sable sont quand il décide de passer d’une roche à une autre. Mais il ne faut pas que la traversée excède 2 mètres de distance. Il ne s’y sent vraiment pas en sécurité. Il longe ainsi le dessus de la roche, à 1 ou 2 cm du substrat. Ce n’est pas un poisson qui nage beaucoup. Il semble comme glisser lentement uniquement à la force de ses pectorales dans un territoire de quelques mètres carrés. On a souvent l’impression qu’il cherche à épater la galerie, toutes nageoires tendues, fier, courageux. Ainsi, si on prend le temps de s’arrêter à côté de lui avec délicatesse, il ne cherchera pas à s’enfuir et badinera devant vos yeux émerveillés à moins de 50 cm. Il reprendra alors son occupation favorite qui consiste à dénicher sous les sédiments les petites animalcules ou crustacés qui se cachent dans le dédale des concrétions minérales. Il semble ainsi comme brouter la roche en avançant à vitesse réduite. En réalité, il ratisse avec ses yeux la roche devant lui, la bouche légèrement infère à quelques millimètres de sa prochaine proie. Parfois, il prend une petite bouchée de sédiments pour en extraire de maigres éléments nutritifs. Il semble peu se nourrir mais n’est pas surprenant pour une espèce qui finalement bouge et se dépense assez peu.

On trouve le sunflower dans des eaux relativement calmes, non brassées par le courant et à des profondeurs supérieures à 25 mètres. La pente doit être relativement abrupte sans pour autant former des falaises. Une pente rocheuse d’environ 30° à 40° est idéale pour notre poisson qui aime surplomber une partie du paysage lacustre. C’est comme si, adossé de cette manière à la pierre, il n’avait qu’un seul côté

 

 Xenotilapia sp. Sunflower Isanga

Xenotilapia sp. Sunflower Isanga

de la pente à surveiller. Cela semble fonctionner car lorsque l’on cherche le sunflower, impossible de le débusquer en venant de la surface. Pour le trouver, il vous faudra remonter lentement les amoncellements rocheux et chercher du jaune. En effet, à ces profondeurs, le jaune reste parfaitement visible et rare sont les poissons du Tanganyika qui présentent cette même coloration dorée.

Xenotilapia sp. sunflower (Kasanga)

Xenotilapia sp. sunflower (Kasanga)

Le sunflower, malgré ses couleurs chatoyantes a peu de prédateurs naturels dans le lac. Toujours au contact de la roche, les options de fuite sont nombreuses en cas d’attaque et il ne se laisse pas surprendre facilement. Seules les Mastacembelus moorii ou des prédateurs redoutables comme Lepidiolamprologus profundicola sont susceptibles d’infléchir la courbe d’espérance de vie du sunflower. Et encore… D’autres proies plus faciles, plus nombreuses et présentes sur les lieux satisfont généralement les plus gourmands. Mais en certains endroits, le plus grand prédateur est certainement le collecteur de cichlidé. Certaines zones, notamment celles où sont collectées les sunflower entièrement jaunes, sont régulièrement visitées par 4 collecteurs différents, soit deux fois plus qu’il y a deux ans. Or ces zones n’excèdent pas 300 mètres de long et il ne serait pas complètement déraisonnable de penser à limiter la collecte de cette forme jaune ou de chercher d’autres sites possibles pour laisser certaines zones en jachère.

La densité de population est relativement faible. On compte, lorsque la zone est propice à leur épanouissement, un couple tous les 40 mètres carrés. Au cours d’une plongée, on arrive ainsi à surprendre 4 ou 5 spécimens. Mais c’est comme les champignons ; une fois que l’on en a vu un, les autres sont plus faciles à trouver. C’est ainsi qu’à Isanga, je n’ai vu mon premier sunflower qu’à la 3ème plongée. Les deux tiers des individus sont trouvés en couple. Ces derniers semblent unis, même en dehors des périodes de reproduction.

La structure du couple est de type monogame avec mode de reproduction pondeur sur substrat découvert avec incubation buccale biparentale. La ponte s’effectue à découvert sur le substrat rocheux, la femelle pond quelques œufs, suivie par le mâle qui féconde le frai. La femelle récupère alors ces derniers dans sa bouche au passage suivant. Ce ballet continue jusqu’à expulsion totale des œufs, soit moins d’une dizaine. Après une semaine, les œufs éclos et le frai mobile, le mâle prend en charge tout ou partie du frai afin de soulager la femelle. Au bout de deux semaines, les alevins sont expulsés mais restent sous la protection des parents en restant à moins de 10 cm de ces derniers. Au moindre danger et pendant la nuit, les alevins sont repris en bouche par les deux parents. Les alevins restent sous la garde parentale pendant de nombreux mois même s’ils sont rapidement trop grands pour se réfugier dans la bouche. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de trouver un couple de sunflower avec à leurs côtés un ou deux jeunes de 2 ou 3 cm. Il sera cependant éconduit gentiment par ses parents lorsque ces derniers se reproduiront de nouveau. Maintenir plus d’un couple en aquarium ne semble ainsi pas souhaitable au regard des observations sub-aquatiques.

La collecte et l’exportation des sunflower sont des opérations relativement délicates, d’où les prix généralement constatés sur les marchés européens et américains (environ 80 € pièce). Les poissons ne peuvent être collectés avec des grands filets tendus par des plongeurs car le poisson ne supporte que très difficilement le stress de la capture. Il faut donc user de patience et conduire le poisson dans un petit filet ou mieux une épuisette. On place cette dernière, immobile près du poisson et avec la main, on montre le chemin. On attrape en suite le poisson à la main et on le place dans un sac en plastique transparent. Il est ensuite placé dans une cage de décompression pour une remontée progressive qui durera 3 ou 4 jours pour des spécimens collectés à 30 mètres de fond. Tous les spécimens ne résisteront pas à ce stress et près de 50% des individus collectés ne remonteront pas vivant à la surface. Ils sont ensuite placés en repos dans des bassins puis acheminés au plus proche aéroport. Cette étape n’est pas sans causer certains problèmes, les sunflower ne semblant pas apprécier les routes défoncées de l’Est Africain. Mieux vaut investir dans de bonnes suspensions. Je vous rassure, une fois bien acclimatés en aquarium, ils sauront se faire respecter et seront robustes. Tout se joue au départ.

Xenotilapia sp. sunflower (Molwe)

Xenotilapia sp. sunflower (Molwe)

L’aquarium idéal à leur maintenance devra contenir au moins 300 litres et son décor constitué essentiellement de blocs rocheux d’où ils pourront surveiller les autres locataires. Ces derniers devront être en nombre limité. En effet, dans leur biotope naturel, les sunflower partagent leur espace avec relativement peu de poissons. Il y a bien certes quelques Cyphotilapia frontosa, quelques Lamprologues solitaires et autres Cyprichromis de pleine eau. Cependant il est rare de voir un poisson à moins d’un mètre d’un sunflower. Ses compagnons de bac pourront donc être de petits Lamprologues peu agressifs comme un couple d’Altolamprologus compressiceps ou calvus ou pourquoi pas des Neolamprologus calliurus. Quelques Paracyprichromis seront les bienvenus si le bac est un peu plus spacieux. Ne pas oublier un Synodontis du lac Tanganyika, et si vous en avez l’occasion un crabe du lac. La reconstitution sera parfaite. La lumière devra être tamisée afin de recréer l’ambiance des profondeurs. Sur le plan alimentaire, nourrir sans excès mais de bonne qualité. Surveiller régulièrement la qualité de l’eau car ils sont très sensibles aux nitrates et autres produits nocifs.
Une mauvaise maintenance dégénère souvent avec l’apparition d’attaques bactériennes au niveau des branchies. Ils se posent alors sur la roche, respirent rapidement, ne se nourrissent plus et gonflent du ventre. A ce stade, c’est terminé. Mieux vaut prévenir, comme toujours. Une attention particulière sera aussi nécessaire lors du transport des poissons d’un bac vers un autre. En effet, le sunflower est capable de se tuer dans un seau. Il est très fréquent qu’il panique brutalement, cherche à sauter hors du récipient et se tape violemment la tête contre les bords. Il est alors préférable de le transporter en sac ou si l’opération consiste à le faire passer d’un bac à l’autre, de le déplacer dans son épuisette.

À propos d’épuisette, mieux vaut l’utiliser la nuit, en glissant délicatement le filet sous le poisson et à remonter l’épuisette verticalement en direction de la surface. Et calmement. Sachez qu’on ne poursuit pas un sunflower dans un aquarium. Le sunflower est une fleur. Et une fleur, cela se cueille. Ce n’est pas un Tropheus tout de même !

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