Lepidiolamprologus sp. aff. hecqui

Espèce non décrite

(Pisces, cichlidae, lamprologini)

Auteur: Jean-Luc Ravard (AFC 681/67)

Article paru dans la RFC* de Juin 1997.

Avant propos:

   Au mois de mars 1995, j’ai eu l’opportunité d’acquérir 5 sujets sub-adultes d’une espèce de cichlidés conchylicoles du lac Tanganyika ; le plus grand mesurait 5cm alors que les 4 autres ne mesuraient que 4cm: j’en déduisis qu’il devait s’agir d’un mâle et de 4 femelles. C’est à une bourse cichlidophile organisée par le Gasterosteus, club aquariophile allemand dont le local est à Knieligen dans la proche banlieue de Karlsruhe que j’ai trouvé ces poissons. L’étiquette mentionnait Lepidiolamprologus boulengeri qui est un cichlidé conchylicole relativement proche de Lepidiolamprologus hecqui dont il se distingue essentiellement, pour l’oeil du commun des mortels, par une coloration nettement plus jaune-orangée. Le doute concernant le
nom du poisson commença rapidement à m’envahir, malgré les explications détaillées du vendeur. N’ayant pas apporté de documentation ce jour là et n’ayant jamais vu cette espèce dans un magasin aquariophile je me promis de faire des recherches approfondies dans les revues et livres divers que je possède à mon domicile, j’ai trouvé une fiche technique dans une ancienne revue RFC et mes doutes furent confirmés; de toute évidence, il ne s’agissait pas de Lepidiolamprologus boulengeri. Il ne restait que Neolamprologus hecqui.

   Lors du congrès 1995 à Vichy j’ai
montré mes photos à Mrs Bolline et Büscher qui me confirmèrent qu’il ne
s’agissait pas de Lepidiolamprologus boulengeri, peut -être
Lepidiolamprologus hecqui
.

Introduction:

  
Certes, ces poissons ressemblent beaucoup à Lepidiolamprologus hecqui mais ils s’en distinguent par une gueule un
peu plus courte, des lignes de points bleues sur les flancs et un liseré
noir très marqué et surligné de blanc sur la dorsale et la caudale. En
fait, il s’avère que cette espèce est non décrite scientifiquement sous le
nom attribué au début de cet article.

Description:

   Les mâles atteignent une taille de 7cm, alors que ma plus grande femelle ne mesure que 6 cm. Le corps est assez allongé et comprimé latéralement. La$ coloration n’est pas très brillante sur un fond gris brunâtre, des taches de couleur sombre et d’inégale grandeur apparaissent ou disparaissent selon l’humeur des poissons (stress, parades…). Ces marques mélaniques sont un peu plus marquées chez le mâle que chez la femelle. Des petits points iridescents sont présents sur cette robe. L’oeil, de couleur noire, est cerné d’un disque bleuté et est bordé d’une petite bande jaune dorée. Les canines sont bien apparentes sur les deux mâchoires et les morsures sont assez douloureuses quand on ne s’y attend pas.

Maintenance:

   Mes 5 pensionnaires furent installés dans un aquarium de
450 litres en compagnie d`autres cichlidés
Lepidiolamprologus boulengeri.provenant du même lac. L’eau est filtrée dans un bac à décantation contenant un gros pain de mousse; un filtre extérieur de forte capacité complète ce dispositif, un tiers du volume d’eau est changé tous les quinze jours et j’en profite pour nettoyer le pain de mousse. La décoration est assurée par de nombreux rochers placés en arrière du bac et accueillent les autres pensionnaires Très inféodés au fond de l’aquarium, ces poissons
territoriaux délimitent leurs territoires respectifs autour de la coquille
d’escargot choisie par chacun comme demeure. Celle-ci est âprement
défendue contre l’ intrusion des indésirables.

Les coquilles d’escargot de Bourgogne conviennent parfaitement à cet usage.

 
 Pour leur alimentation, je privi1égie la nourriture
vivante : artémias, enchytrées, daphnies, de la nourriture congelée (mysis
,krill, gammares) de même que la préparation “spéciale cichlidés” à base
de crustacés marins, moules, épinards et petits pois finement mixés. Les
vers de vase, tubifex et coeur de boeuf sont prohibés.

Lepidiolamprologus boulengeri.  

Plusieurs
coquilles ayant été dispersées à différents endroits du bac, trois
femelles ne tardèrent pas à s’accaparer un petit territoire de ponte où
trônait la coquille choisie dans la partie centrale. Le sable est légèrement creusé pour former une cuvette, de 10 cm de diamètre sur un centimètre de profondeur. Parfois, la coquille est disposée au milieu et donne l’impression d’être déposée sur un monticule en surplomb de la cuvette. Le sable est creusé à l’aide de la bouche mais aussi par des vibrations du corps. Le mâle parade d’une femelle à l’autre toutes nageoires déployées, entre et sort de la coquille comme s’il voulait encourager la femelle à pondre.

Reproduction:


Les oeufs sont déposés à l’intérieur de la coquille et
fécondés par le mâle. Les jours suivants, la femelle reste à 1’intérieur
de sa demeure pour y ventiler les oeufs. Tout juste peut-on brièvement la
voir sortir comme l’éclair lors des distributions de nourriture. Après une
dizaine de jours, les alevins apparaissent à l’ouverture et restent à
proximité immédiate de celle-ci, étroitement surveillés par la mère.
   Le mâle participe à la
surveillance en maintenant les curieux à distance. Le nombre de jeunes
varie de 30 à 50 environ. Il m’est arrivé une fois de voir les trois
femelles défendre simultanément leur progéniture respective, le mâle ne
sachant alors plus où donner de la tête. Peu avant l’extinction des feux,
les petits sont rassemblés dans la coquille dont 1’entrée est obstruée par
le corps de la femelle durant toute la nuit.


Lepidiolamprologus boulengeri.
En aquarium d’ensemble, le nombre d’alevins diminue de jour en jour. Pour un élevage plus efficace je prélève la coquille contenant la mère et les petits peu après l’extinction de la lumière ; le tout est placé dans un bac d’une quarantaine de litres. Les alevins sont nourris plusieurs fois par jour de microvers et de nauplies d’artémias. Leur croissance est assez
rapide. La femelle est d’abord assez timide puis, voyant qu’aucun danger ne menace, elle ne cache plus ses petits pour la nuit. Elle est copieusement nourrie de proies vivantes pendant deux semaines puis réintroduite dans l’aquarium d’ensemble avec sa demeure vidée de ses alevins.

Conclusion:

   Ce cichlidé conchylicole de belle taille est de maintenance facile. Toutefois, je vous déconseille de le maintenir avec des espèces conchylicoles trop petites (Neolamprologus ocellatus, ou Neolamprologus multifasciatus par exemple) car ceux-ci seraient irrémédiablement dominés. Un couple peut parfaitement convenir à un débutant cichlidophile d’autant qu’un bac d’une centaine de litres lui suffirait.

Documents : Photographies de l’auteur.

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