Neolamprologus tretocephalus

…Si faux Cypho m’était conté…


Par P. Tawil
avec la collaboration de Philippe Amouriq

Neolamprologus tretocephalus à Bulu point.

N. tretocephalus à Bulu point

Introduction :

   Bien que n’ayant jamais été parmi les plus populaires, cette espèce a connu un succès précoce à l’ombre d’autres nidificateurs du Lac Tanganyika tels que les Julidochromis, Neolamprologus brichardi ou encore N. leleupi. Ce statut s’explique probablement par le fait que cette espèce se situe entre les «petits» et les «grands» Neolamprologus aussi bien par la taille que par le comportement.
Comme son cousin Neolamprologus sexfasciatus, Neolamprologus tretocephalus se singularise par son étonnante ressemblance avec Cyphotilapia, à tel point que les novices s’y laissent prendre fréquemment.

Description :

Neolamprologus tretocephalus Boulenger, 1899 se distingue au premier abord par un aspect plutôt massif du à l’épaisseur de son corps et à la raideur de ses contours. La tête, en particulier, est assez anguleuse. De profil, elle apparaît grosso modo comme un trapèze rectangle, et de face, elle est presque carrée (d’où probablement le nom spécifique tretocephalus, et non tetrocephalus comme on le dit souvent, donné par Boulenger.

Cette rudesse d’aspect est plus marquée pour les spécimens adultes, en particulier les mâles et se renforce par le fait que le ventre présente rarement l’harmonieux rebondi des espèces moins frugales. Les nageoires, tout aussi «taillées au couteau» et le reste accentuent l’apparence triviale de N. tretocephalus. C’est là que s’arrête le plus nettement la ressemblance avec Cyphotilapia. Chez ce dernier, la raideur du profil, déjà très atténuée par la forme de la bouche, la bosse nucale et la hauteur du corps, est tout à fait dissipée par l’harmonieux développement des nageoires.

Cyphotilapia sp. nord du Burundi.La coloration est très semblable à celle de Cyphotilapia ; elle est responsable des confusions par les aquariophiles, en particulier entre spécimens juvéniles.
La couleur de fond est le gris sur la tète, devenant blanc-bleuté sur les flancs. Cinq barres verticales traversent les flancs dont trois sous la dorsale, se prolongeant dans la partie inférieure de celle-ci. La cinquième se trouve sur le pédoncule caudal. La première est située en arrière de la tête et est prolongée par une tache operculaire haute et large. Une sixième barre se trouve à la hauteur de l’oeil, assez grand, et ne se prolonge pas en dessous. Le nombre de barres est ainsi égal à celui des Cyphotilapia les plus répandus dans le lac (une forme dans le Nord et une dans le Sud ; la forme nominale de Cyphotilapia frontosaest pourvue de 6 barres et se trouve restreinte à une très petite zone autour de Kigoma).
Les nageoires sont gris-bleuté avec un liseré bleu brillant. La taille maximale donnée par M. Poll est de 140 millimètres, mais les deux mâles adultes dont il sera largement question dans cet article dépassaient nettement cette taille. On ne peut absolument pas parler de gigantisme dû aux conditions de vie en captivité, puisque ces spécimens furent acquis sauvages à leur taille définitive. Neolamprologus tretocephalus habite les fonds rocheux des abords littoraux à une profondeur de 6 mètres en moyenne. Son abondance est relativement faible mais on le trouve en de nombreux endroits du lac. Dans le Sud, il est remplacé par son espèce jumelle, sexfasciatus et par la forme jaune de ce dernier.

   Le régime est essentiellement malacophage, comme l’attestent ses dents pharyngiennes molariformes pour broyer les coquilles des mollusques. Ce régime expliquerait l’épaisseur de la tête, caractéristique d’espèces malacophages (comme par exemple à un degré plus net, les Labrochromis du Lac Victoria). D’après Max Poll, le tube digestif relativement court d’un tiers de la longueur totale), contenait des fragments de larves aquatiques d’insectes et d’insectes chez un spécimen et des fragments de coquilles de Lamellibranches chez un autre.

 

Le tube digestif d’un N. sexfasciatus (dont la denture pharyngienne est similaire) recelait des coquilles de mollusques (jeunes Neothauma) et des débris de poisson. Les mollusques constituent probablement le régime de base de ces 2 espèces.

Neothauma tanganicense | deux coquilles concrétionnées.

Neothauma tanganicense

Les insectes seraient un complément chez N. tretocephalus, alors que N. sexfasciatus légèrement plus grand et plus allongé, pourrait être complémentairement piscivore. En plus de légères différences de taille et de morphologie, les 2 espèces se distinguent par le nombre de barres 5 chez N. tretocephalus au lieu de 6 chez N. sexfasciatus, en fait 6 et 7 en comptant la barre sous-oculaire présente chez les 2 espèces.

 

Neolamprologus tretocephalus. Patrick Tawil auteur.

Neolamprologus tretocephalus (Photo de Patrick Tawil).

Neolamprologus sexfasciatus

Neolamprologus sexfasciatus, bleu de Zambie.

    À propos du patron de coloration, il convient ici de s’interroger sur l’étonnante similitude de N. tretocephalus (et aussi de N. sexfasciatus) avec Cyphotilapia.

 

      Les 2 genres n’étant pas apparentés directement, cette ressemblance n’est peut-être pas fortuite. Il pourrait s’agir d’un cas de mimétisme tout comme avec Plecodus straeleni  à morphologie et à coloration tout aussi semblables à celles de Cyphotilapia juvéniles. Dans un cas comme dans l’autre, l’espèce mimée – qui est toujours la plus abondante – serait un Cyphotilapia ; les deux autres espèces seraient alors les mines. Différentes hypothèses peuvent être avancées pour expliquer un tel mimétisme :


1 – Le mime peut profiter d’une particularité de l’espèce mimée qui décourage un attaquant éventuel. Ce peut être une arme quelconque mécanique (aiguillon (1), morsure redoutable (2)) ou chimique (mauvais goût (3)), toxicité) ou encore une grande vélocité rendant inutile toute attaque (Gery 1977 : Curirnatidés mimétiques d’Hémiodidés). Toutefois, Cyphotilapia n’est ni plus armé ni plus véloce que N. tretocephalus.


2 – Le même pourrait utiliser sa ressemblance avec l’espèce mimée pour endormir sa méfiance et s’en rapprocher à des fins prédatrices ou parasitaires. Considérons que les mangeurs de téguments (écailles ou nageoires) exercent un parasitisme. Le mimétisme de Plecodus straeleni entre dans cette catégorie. Son cas rappelle celui du Blenniidé Aspidontus taeniatus qui mime le Labridé nettoyeur Labroides dimidiatus bien connu des aquariophiles marins. Comme Aspidontus taeniatus, Plecodus straeleni se nourrit du tégument de ses victimes arraché par surprise. Toutefois, Aspidontus taeniatus se sert de sa ressemblance avec Labroides dimidiatus pour approcher les poissons que ce dernier déparasite tandis que Plecodus straeleni s’immisce directement dans un banc de jeunes Cyphotilapia en se faisant passer pour l’un d’eux. Dans les deux cas, le subterfuge ne réussit qu’avec des poissons jeunes et inexpérimentés, les autres ayant vite appris à se méfier.

Neolamprologus tretocephalus n’a absolument rien d’un lépidophage. S’il est piscivore ce ne serait que trop occasionnellement pour motiver un tel mimétisme.


D’ailleurs, les jeunes Cyphotilapia vivent en banc et leurs tailles ne se mélangent pas,d’autant plus qu’ils auraient beaucoup à craindre de leurs propres congénères plus grands qu’eux.


3- Le mime peut rallier des attroupements de l’espèce mimée, plus abondante, pour retrouver ses congénères – trop peu nombreux pour produire eux-mêmes ces attroupements visibles de loin – à des fins reproductives. C’est l’hypothèse émise pour le Characidé Hyphessobrycon simulans mimant les 2 tétras Paracheirodon innesi et Cheirodon axelrodi (5). Mais contrairement à ces Characidés, les Neolamprologus
sont sont sédentaires et forment un couple relativement durable (au moins partiellement). Sauf observations contraires in situ, ce mode de rencontre des partenaires leur serait peu indiqué. D’autres raisons pourraient pousser de jeunes N. tretocephalus à se mêler à des bancs de Cyphotilapia peut-être pour profiter de certains avantages de la vie en bancs d’autant que les deux autres espèces se ressemblent jeunes ou subadultes et que leur régime alimentaire est à ce moment plus voisin. Les jeunes N. tretocephalus ne peuvent pas broyer des coquilles de mollusques ; les uns et les autres, vivant en eaux peu profondes, se nourrissent sans doute d’insectes.

Seules des observations dans le lac peuvent nous éclairer là-dessus, car cette ressemblance n’est peut-être que le fruit du hasard, une robe claire à barres verticales étant somme toute très courante. Rien n’empêche ces espèces de se retrouver dans leurs exigences cryptiques et sociales et d’adopter le même patron de coloration, sans pour autant qu’elles aient des interrelations.

(1) Cas de Diptères (mouches) arborant la coloration jaune rayé de noir typique de beaucoup d’Hyménoptères à aiguillon (guêpes, abeilles)
(2) Cas de couleuvres inoffensives mimant les serpents corails, Elapidés très venimeux arborant de vives couleurs d’avertissement.
(3) Cas du papillon Vice-Roi mimant le Monarque, dédaigné par les oiseaux insectivores.

 

Aquariologie :
Neolamprologus tretocephalus, gros individu âgé en aquarium.

Neolamprologus tretocephalus et Julidochromis regani.

Nos premiers spécimens remontent à fin 1977. À cette époque, il était facile d’obtenir de gros individus sauvages dépassant 15 centimètres pour les mâles. Ils ne furent pas difficiles à acclimater, étant solides comme la majorité des Neolamprologus, mais ne montraient pas de tendances particulières à la reproduction. En bac d’ensemble, de quelques centaines de litres, ils se contentaient de tenir leur place et c’est tout. Peu remuants, et somme toute assez débonnaires, ils ne méritaient guère la réputation d’agressivité dangereuse que l’on fait habituellement aux grands Neolamprologus.
Un couple fut isolé dans un bac à peu près cubique d’environ 100 litres, à un endroit peu passant et faiblement éclairé, totalement à l’abri de la lumière du jour. Était-ce ce dernier point qui leur fit défaut ?
Toujours est-il qu’il n’y eut aucune ponte alors que les deux partenaires bien appariés et pleinement développés, soit environ 15 centimètres pour le mâle et 12 pour la femelle. Au bout d’une année totalement infertile, le couple fut placé dans un bac de 400 litres (140 x 50 x 60 cm) à bonne hauteur d’eau (60 centimètres), exposé par un des petits côtés et fortement chargé en roches, de sorte qu’il n’y avait pas de plage de sable libre et que l’arrière du bac en était rempli jusqu’à la surface. Les autres habitants étaient trois couples : Julidochromis dickfeldi, J. transcriptus et N. leleupi, ainsi que quelques autres Julidochromis épars. Les deux couples de Julidochromis, pas trop gênés par la présence de leurs encombrants cousins – en partie du fait de l’abondance des roches – pondaient à intervalles réguliers et élevaient leurs jeunes sans problème. Ces derniers, de toutes tailles, proliféraient à travers le bac.
Quant aux N. tretocephalus, ils reformèrent leur couple dès l’introduction en 1979. Peu de temps après, la femelle mit fin à une éclipse d’une dizaine de jours en réapparaissant au milieu d’une nuée Neolamprologus tretocephalus.d’alevins. Ces derniers, laissés tranquilles par les quelques autres habitants du bac, grandirent vite et, au bout de quelques semaines, il devint évident qu’il valait mieux les retirer pour inciter les parents à re-pondre. Hélas, ce bac étant fortement chargé en pierres, il fallut tout refaire, et ces manipulations se soldèrent par la mort de la femelle. Le mâle, quant à lui, subit une déficience de la vessie natatoire qui le diminua longtemps (voir ci-après).

Ce premier exemple, qui illustre une cohabitation assez réussie entre des Julidochromis, Cichlidés effacés et paisibles, et N. tretocephalus, prouve bien que celui-ci est loin de mériter d’être considéré comme un gros destructeur. D’ailleurs, ce bac contenait auparavant deux couples de Neolamprologus brichardi à la place de N. tretocephalus et les mêmes Julidochromis, à l’époque un peu plus nombreux. Ces derniers ne pouvaient alors nullement se reproduire, du fait du comportement colonial et fortement envahissant des N. brichardi. Les Julidochromis, même le plus gros, avaient alors tout à craindre des petits N. brichardi de quelques semaines, car le moindre accrochage avec l’un de ceux-ci le mettait aux prises avec une nuée de diablotins. Les petits N. tretocephalus peu enclins aux escarmouches, ne comptent que sur la protection des parents. Comme la plupart des jeunes Neolamprologus, les petits N. tretocephalus vaquent en pleine eau et non collés au substrat comme ceux des Julidochromis ou de Neolamprologus furcifer. Du fait d’une certaine apathie des parents, cela les rend assez vulnérable comme le montrera le cas suivant, plus complet dans sa réalisation.


Ce cas est celui d’un mâle semblable au premier et acquis en même temps. Placé dans un bac de 2400 litres, il resta longtemps célibataire.

Lobochilotes labiatus.       Ce bac contenait alors quelques pensionnaires encombrants, tels une tripotée de N. tetracanthus. Peu de temps après, le peuplement fut quelque peu «aéré» et limité à quelques Cyphotilapia, plusieurs brouteurs (Tropheus, Simochromis et Petrochromis), des Cyprichromis microlepidotus et quelques nidificateurs (N. furcifer, Variabilichromis moorii, Altolamprologus calvus, Julidochromis marlieri), ainsi que, pendant une période, un gros <-Lobochilotes labiatus.

Le mâle N. tretocephalus, quant à lui, reçut une femelle et ils convolèrent peu de temps après l’introduction de celle-ci. Les pontes se sont succédé depuis lors à un rythme assez irrégulier, en fonction des péripéties et des réfections du bac.


Le décor de celui-ci était constitué de deux amas rocheux sur les côtés et de quelques pierres éparses sur la plage de sable centrale. Or, en toutes circonstances, les N. tretocephalus ne s’installaient jamais au milieu d’un amas rocheux, comme les deux autres avaient été contraints de la faire dans le bac de 400 litres. Le site de ponte choisi était toujours au pied d’une roche, elle-même située assez à découvert, c’est à dire de préférence sur la plage de sable centrale, au pire en bordure des blocs
rocheux.
Une fois l’endroit choisi, le travail d’excavation était laissé à la femelle. L’épaisseur de sable (quartzite) dans le bac étant faible, le fond était toujours atteint. L’important est que la pierre choisie par le couple soit bien étayée. Dans le cas où elle était simplement posée sur le sable, elle finissait toujours par s’affaisser complètement, réduisant à néant les efforts de la femelle. Les relations du couple après ce genre d’incidents étaient symptomatiques : si, après une période d’intense creusement où les liens du couple s’affermissent – on n’apercevait plus la femelle, on pouvait s’attendre à retrouver le nid détruit, ce qui causait une rupture plus ou moins longue du couple. La femelle n’est alors plus acceptée par le mâle, mais elle a tout loisir de se cacher dans le reste du bac. Signalons d’ailleurs, qu’en dépit de sa placidité, N. tretocephalus a une agressivité intraspécifique aussi aiguisée que la plupart autres Neolamprologus et que, dans un bac de taille insuffisante, deux individus non apparentés finiraient toujours par s’entre-tuer.
Quoiqu’il en soit, dans le bac de 2400 litres, il n’était pas strictement nécessaire d’intervenir, mais les relations du couple étaient discontinues. Tout événement malencontreux (et il y avait toujours) se soldait par l’éloignement de la femelle.

  • À part la destruction du nid, cet événement pouvait être :
    -Une réfection du bac,
    -une maladie d’un des deux conjoints,
    -la disparition prématurée des petits.

Le premier point  n’appelle pas de commentaires. Quand aux maladies, elle sont assez abondantes. La femelle a fréquemment été envahie par une sorte de mousse qui lui couvrait la tête et qui fini par devenir plus ou moins chronique, les rechutes coïncidaient généralement avec des ruptures, d’autant plus que, au tout début, lorsque le mâle était en pleine santé, elle était fréquemment malmenée.

De son côté, le mâle commença par subir une déficience de la vessie natatoire, comme le précédent. Chez ce dernier, la vessie natatoire était insuffisamment gonflée, le contraignant à se reposer sur le fond et à nager par petits déplacements, un peu comme le feraient des espèces rhéophiles. Ce cas est fréquemment rencontré chez les poissons d’aquariums et, si le poisson n’est pas trop blackboulé par ses compagnons, il se remet lentement.

En revanche, chez le second, la vessie gazeuse était exagérément gonflée, le contraignant à faire de constants efforts pour se maintenir près du fond. L’instinct de conservation d’une espèce benthique comme celle-ci entraîne une telle phobie de la surface que le poisson lutterait jusqu’à épuisement (c’est à dire souvent jusqu’à la mort) plutôt que de se laisser dériver.

En l’occurrence le mâle N. tretocephalus se calait sous une pierre lorsqu’il désirait se reposer. Le plus difficile pour lui était de subir les assauts de poissons qu’il tient en respect en temps normal (en particulier les mâles Petrochromis).

Maintenant, au terme de 6 années dans ce bac, le couple en est toujours au même point. Tous deux sont borgnes et ont les nageoires irrégulièrement reconstituées après avoir été rognées par leurs adversaires et certains houspilleurs comme les Tropheus. Leur âge plutôt certain ne les empêche pas de continuer à se reproduire (le mâle dépasse très probablement les 11 ans).

La reproduction de ce couple dans ce 2400 litres a toujours été un spectacle particulièrement plaisant. Lorsque l’édifice rocheux choisi comme nid daigne rester en place, la femelle y reste le temps de l’éclosion et jusqu’à la nage libre des alevins (atteinte en quelques jours). Les oeufs sont toujours déposés sur le fond bleu de l’aquarium et la femelle reste au dessus pour les ventiler. Le mâle, qui n’entre au nid que pour la fécondation, rôde aux alentours.

Les problèmes de la défense du nid commencent vraiment lors de la sortie des alevins. Une double exigence s’impose alors généralement : préserver l’intégrité et défendre la portée. L’importance accordée à chacun de ces deux impératifs peut être très variable. En effet, l’attaque des parents vis-à-vis d’un intrus ne sera pas motivée uniquement par une simple violation de territoire, mais aussi par le danger qu’il représente vis-à-vis des alevins. Voici, à ce sujet, en résumé, les observations de P. Brichard (1982) sur Neolamprologus sexfasciatus (espèce juvénile de N. tretocephalus) dans la partie sud du lac:

Les alevins forment un hémisphère au-dessus du nid et s’y replient au moindre dangers. Si celui-ci est pressant, il y a fuite désordonnée dans alevins vers le nid. Sinon, il y a «aspirement» progressif en commençant par les couches externes.
La réaction des parents varie suivant la nature des intrus. S’ils sont de dangereux prédateurs tels que de grands et rapides Lamprologues (L. elongatus, L. attenuatus, N. tetracanthus) il y a charge violente de l’intrus de très loin, puis poursuite pour l’éloigner autant que possible des alevins. Si les intrus sont des chasseurs à l’affût comme N. modestus ou N. callipterus, lents et vite repérés par les parents, il n’y a pas charge. Une approche lente d’intimidation suffit à mettre en fuite l’ennemi. Par contre, une espèce microphage comme Neolamprologus pulcher (espèce jumelle de N. brichardi) est complètement tolérée au milieu des alevins, car elle ne représente pas un danger pour les jeunes N. sexfasciatus, ne se nourrissant que de petits invertébrés, du moins en milieu naturel (d’après P. Brichard). Signalons d’ailleurs à ce sujet que ce fait est souvent démenti en aquarium, où on a fréquemment observé des N. brichardi se nourrissant d’autres alevins. On voit même des cas de cannibalisme, des juvéniles âgés de quelques mois gobant leurs frères derniers nés (l’explication de ce comportement n’est peut-être pas seulement le besoin alimentaire du cannibale, mais un effet secondaire de la surpopulation en aquarium).Comme on le voit ce comportement « à géométrie variable» est axé sur la défense directe des petits (multiples pontes et observations du couple dont il est question plus haut, plus continue seul les prises de bec avec l’intrus ou du moins cherche à l’occuper loin du nid. La femelle de son côté, lance des charges cinglantes -portant plutôt sur les flancs cette fois- à partir de son nid. Si l’assaillant, dérouté, cherche à se polariser sur la femelle, le mâle lance à son tour des charges de harcèlements. Dans ce cas, la force n’a pas suffi à mettre en fuite l’attaquant, mais il faut une bonne dose de persévérance à ce dernier pour ne pas reculer devant ce tir croisé, que le couple poursuit tant qu’il persiste une chance de le faire reculer.
Le couple de N. tretocephalus du 2400 litres n’en est arrivé à cette extrémité que lors d’une extrême faiblesse du mâle, pas toujours dans son assiette, et surtout lors de la présence dans le bac, pendant quelques mois, d’un Lobochilotes labiatus de plus de 30 centimètres.
On peut donc dire que malgré tout, ce couple était apte à préserver son intégrité territoriale. Cela n’a pas empêché tous les alevins de disparaître au bout de quelques jours à chaque ponte. La raison en est sans doute la vulnérabilité des jeunes, nullement dissimulés, et le manque de vivacité des parents, cette espèce étant somme toute assez apathique.Le plus lourd tribut d’alevins était prélevé peut-être par les rapides Cyprichromis microlepidotus et sûrement par l’excès d’alevins d’autres espèces présentes dans le bac, en particulier de petits Cyphotilapia. Ces derniers s’infiltrent insidieusement entre les pierres et ne sont pas facilement repérés par les parents. Lorsque la disparition des alevins était constatée, le couple traversait une période de mésentente plus ou moins longue. Quand il se reformait, il cherchait presque toujours un site de ponte différent (pratiquement tous les sites de ponte adéquats du bac ont été explorés). Le plus significatif dans ce manque de capacité des parents à défendre leurs petits en aquarium est le fait que les premières nichées étaient les plus durables, les parents étant alors plus jeunes et vigoureux et surtout non borgnes. De toute façon, aucun petit n’a jamais survécu, ni dans ce bac de 2,70 mètres, ni dans celui de 4,10 mètres (seuls ceux du 400 litres ont survécu vu que les commensaux* des N. tretocephalus étaient des Julidochromis et des N. leleupi).

 

Variabilichromis moorii et ses alevins en aquarium.

Variabilichromis moorii et alevins.

 

Actuellement, ce couple du bac de 2,70 mètres n’a toujours pas pris sa retraite. Sa dernière ponte a eu lieu en novembre 84. La nichée a subsisté longtemps par rapport aux précédentes. Depuis peu, il cohabite avec un couple de redoutables V. moorii, beaucoup plus acerbes et efficaces dans leur défense des petits.
Pour clore ce chapitre narratif, quelques anecdotes.

 

 

 

Les alevins, pour être récupérés, sont facilement siphonnés dans un seau, comme pour toutes les espèces dont les petits se tiennent groupés et non collés au substrat. Une fois, lors de la réfection du bac de 2,70 mètres (toutes les pierres et tous les poissons, sauf le gros Cyphotilapia, sont retirés à cette occasion) nous aperçûmes des oeufs sous la cache lus N. tretocephalus, Ces oeufs étaient déposés sur le fond du bac, le sable ayant été écarté sur un rayon de quelques centimètres. Ils étaient donc inamovibles sans dommages, Pour pouvoir pêcher le restant de poissons et nettoyer le sable sans problème, une petite cuvette parallélépipédique en plastique fut placée , retournée, sur les oeufs, une pierre fut posée dessus en guise de lest. Après la réfection, et bien qu’elle fut laissée dans lu bac, la femelle ne se réinstalla plus à côté de ses oeufs, probablement à cause du fait qu’il fut impossible de reconstituer exactement la cache. Cela n’a pas empêché les oeufs d’arriver à terme et, quelques jours après, on pouvait apercevoir quelques petits N. tretocephalus épars, qui ne firent évidemment pas long feu. Cette expérience est à renouveler, si l’on tient à récupérer la ponte. On devrait alors essayer de reconstituer avec précision la cache, ou mieux encore, recouvrir l’ensemble d’un filet en s’arrangeant pour que la femelle reste à l’intérieur. Ce ne serait possible que si les roches qui composent la cache soient indépendantes de celles que l’on aurait à retirer.

Une autre anecdote a trait à la façon de N. tretocephalus de fuir l’épuisette.
Tout comme Cyphotilapia auquel il ressemble décidément beaucoup en plus par son flegme, N. tretocephalus devient extrêmement rapide quand il a peur. Le plus étrange est sa façon de faire le «hors-bord» en nageant partiellement émergé de façon comparable à un poisson volant quand on le poursuit en aquarium. Pour les poissons volants, ce comportement aide à échapper à l’ennemi, cantonné sous la surface. Il est peu probable que N. tretocephalus ait l’occasion d’utiliser ce talent dans la nature car c’est une espèce inféodée au substrat, ne s’approchant vraisemblablement jamais de la surface. En aquarium, cela lui permet de passer au-dessus de l’épuisette.

Nourriture :
L’alimentation de N. tretocephalus est simple. Comme beaucoup de Neolamprologus, il est friand de vers de vase, mais il ne sert à rien d’en abuser (NDR : rester très vigilant quand ce dernier point, il est généralement acquis maintenant que les vers de vase sont à proscrire du régime alimentaire, pour les poissons du lac Tanganyika). Il acceptera aussi bien les autres nourritures (crevettes, paillettes, Artémia pour les jeunes …), mais se montre en général frugal, surtout à l’âge adulte.
Sa croissance se ralentit considérablement au-delà de la maturité sexuelle (environ 10 centimètres pour les mâles) ce qui permet de penser que les sujets (le plus de 15 centimètres sont relativement âgés (trois ans et plus). Il serait intéressant (le fournir de jeunes gastropodes (planorbes, limnées, Melanoides) à un spécimen mature et d’observer son attitude et son appétit à condition qu’il ne soit pas gavé de nourritures plus faciles à ingérer.

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