Str. reproductrices (partenaire)

“Le Choix du partenaire”

Par Eric Genevelle (2000)

Introduction / Vers une première classification / La structure familiale / Les techniques de garde / Une étonnante plasticité comportementale / Le choix du partenaire /Conclusion & Références

 

Cyathopharynx foae

Cyathopharynx foae (Nkondwe island).

Qui dit couple ou reproduction au sens large sous-entend choix du partenaire sexuel. Rares sont les cichlidés du Tanganyika qui s’unissent pour la vie. Aussi, le coup de foudre revêt-il une grande importance. On a souvent cru que c’était les mâles les plus beaux qui attiraient le plus de femelles (on parle ici de polygamie infidèle ou en harem). C’était aller un peu vite en besogne car si la beauté d’un poisson est intéressante en aquarium, cela ne semble pas bouleverser les femelles. De nombreuses observations ont été faites sur les Leks de deux espèces : Cyathopharynx furcifer (Karino, 1996) et Aulonocranus dewindti (Rossiter, 1994). Chez cette dernière espèce, on a alors constaté que dans un lek de 68 nids, 20 % des mâles possesseurs d’un nid comptabilisaient 45 % des reproductions. De plus, seulement 20 % des mâles présents dans la zone du Lek avaient un nid. Le succès d’un mâle n’était pas lié à sa coloration, ni à sa taille, ni à la taille du nid

Aulonocranus dewindti

Aulonocranus dewindti (Kalilani).

(ce qui est souvent le critère de choix des femelles des cichlidés constructeurs de nids de sable au lac Malawi). Il était lié en premier lieu à son agressivité, à l’équilibre de ses nageoires et à sa position dans le lek. Ainsi, plus un mâle est agressif, moins il se fait attaquer et plus son nid est en position centrale de la zone. Chez Ophthalmotilapia ventralis, c’est la position du nid dans l’espace qui semble être le critère prépondérant (Konings, 1988, 1998). Plus le nid est placé en

Ophthalmotilapia ventralis

Ophthalmotilapia ventralis (Mpimbwe).

hauteur sur le sommet d’une roche et plus le mâle se rapproche des femelles qui sillonnent la zone à quelques mètres au-dessus du substrat. La relation entre coloration des mâles et succès de reproduction peut exister mais elle serait indirecte, le mâle le plus vigoureux ou le plus agressif, est aussi celui qui est le plus en bonne santé, ce qui se traduit généralement dans la nature par celui qui est le moins parasité. Hors, quand on est moins parasité, on a plus de chance d’être le plus coloré (Dubuisson – com. pers.).

Mais dans le lac Tanganyika rien n’est simple. Ce n’est pas parce que votre nid est bien placé, que vous êtes le plus fort et que les femelles viennent à vous que tout est gagné. En effet, chez A. dewindti les ruses sont nombreuses pour les laissés pour compte (Rossiter, 1994). Certains mâles plus gros volent alors l’espace de quelques minutes des nids bâtis avec patience pendant de nombreux jours par d’autres individus pour se reproduire. D’autres mâles dominés attendent qu’un dominant lâche son sperme dans le nid avant le passage d’une femelle pour rapidement avaler la laitance et la remplacer par la sienne. D’autres mâles imitent le comportement et le patron de coloration des femelles pour se laisser courtiser par les mâles dominants et remplacer lors du simulacre de ponte le sperme. A noter enfin que ces ruses varient en fonction des populations de cette même espèce. On pourrait ainsi se demander pourquoi un mâle voulant se reproduire ne construit-il pas son cratère. La réponse est que la construction d’un tel édifice demande une trop grande dépense d’énergie qui serait au détriment de celle nécessaire pour se reproduire. Ainsi, chez Cyathopharynx furcifer, on constate que le nombre de nids dans un lek est relativement stable, quelle que soit la population en présence. Les rares constructions menées par les nouveaux arrivant arrivent rarement à terme et la règle

Paracyprichromis brieni

Paracyprichromis brieni (Kabogo).

dans la gestion de ce « patrimoine immobilier » est plutôt « qui va à la chasse perd sa place ». Ainsi, un nid abandonné est en moyenne occupé dans les deux minutes par un mâle anciennement non-territorial dès l’abandon de ce dernier par son propriétaire.

Cette notion de mâle pirate existe aussi chez les Cyprichromini (Ochi & al., 1996). En effet, Paracyprichromis brieni, un incubateur buccal en pleine eau, a pour habitude de se reproduire à proximité des pans de roches verticales. La femelle de cette espèce se reproduit avec plusieurs mâles territoriaux lors d’un même acte de ponte (en moyenne 3 mâles pour une dizaine d’œufs). Elle change ainsi de site de ponte plusieurs fois au cours de l’acte. Mais au sein d’un même territoire (ou

Pseudosimocrhomis curvifrons

Pseudosimocrhomis curvifrons (en aquarium).

site de ponte), d’autres mâles non territoriaux viennent participer à l’acte en s’introduisant furtivement près de la femelle pour éjecter un petit nuage de sperme aux fins évidentes de fertiliser les œufs de la femelle avant d’être repris en bouche. Ce comportement pirate n’est pas observé chez les espèces du genre Cyprichromis, la femelle restant fidèle au même mâle pendant l’acte de ponte. Dans ce cas, le mâle n’expulse pas sa laitance en pleine eau mais attend que la femelle vienne l’aspirer près de son anale, ses œufs étant déjà en bouche. D’autres cas de piratage ont aussi été observés chez Pseudosimochromis curvifrons et Simochromis diagramma.

Simochromis diagramma - Patrick Tawil.

Simochromis diagramma – Patrick Tawil.

Introduction / Vers une première classification / La structure familiale / Les techniques de garde / Une étonnante plasticité comportementale / Le choix du partenaire /Conclusion & Références

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