Lac Tanganyika – Historique

Lac Tanganyika – Historique

rocks samazi

Lac Tanganyika : histoire, géologie, formation et biodiversité

(Mise à jour 2026)

Introduction

Le lac Tanganyika est l’un des plus remarquables écosystèmes d’eau douce de la planète. Situé au cœur de l’Afrique orientale, entre la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Burundi et la Zambie, il constitue l’un des grands lacs du système du Rift est-africain. Sa morphologie spectaculaire, sa très grande profondeur, son ancienneté géologique et l’isolement relatif de ses eaux ont permis le développement d’une biodiversité exceptionnelle, caractérisée par un niveau d’endémisme particulièrement élevé.

Kekese sur les côtes de Tanzanie.

Village de Kekese.

Long d’environ 670 kilomètres pour une largeur généralement comprise entre une trentaine et une cinquantaine de kilomètres, le Tanganyika couvre près de 33 000 km². Sa profondeur maximale dépasse 1 470 mètres, ce qui en fait l’un des lacs les plus profonds du monde. Son volume d’eau est également considérable. Mais les dimensions physiques du lac ne constituent qu’une partie de son intérêt scientifique : c’est surtout son histoire géologique et biologique qui en fait un véritable laboratoire naturel de l’évolution.

Le Tanganyika occupe plusieurs bassins tectoniques formés par l’ouverture progressive de la branche occidentale du Rift est-africain. Les estimations classiques situent le début de la formation des principaux bassins centraux entre environ 9 et 12 millions d’années, même si l’histoire du système est plus complexe et que les différents bassins ne se sont probablement pas formés simultanément. Les recherches géologiques et paléoclimatiques montrent en effet que le lac actuel est le résultat de plusieurs phases de subsidence tectonique, de variations climatiques, de fluctuations importantes du niveau de l’eau et de connexions ou séparations successives entre différents plans d’eau.

Cette longue histoire a profondément influencé l’évolution de sa faune. Le lac abrite aujourd’hui plus de 2 000 espèces animales selon certaines estimations, dont environ 1000 seraient endémiques (Coulter et al.). Les poissons représentent l’un des éléments les plus spectaculaires de cette biodiversité, mais ils sont loin d’être les seuls. Mollusques, crustacés, éponges, vers, insectes et autres organismes aquatiques présentent eux aussi des lignées propres au bassin du Tanganyika.

Les cichlidés constituent néanmoins le groupe le plus célèbre. Leur diversité morphologique, écologique et comportementale est exceptionnelle. Plus de 200 espèces valides sont actuellement reconnues, tandis que plusieurs dizaines de formes supplémentaires restent décrites comme espèces non formellement nommées ou font encore l’objet de discussions taxonomiques. Cette diversité résulte d’une histoire évolutive complexe associant isolement géographique, spécialisation écologique, changements du niveau du lac, sélection naturelle et probablement hybridations anciennes.

Le lac Tanganyika n’est donc pas seulement un vaste réservoir d’eau douce. Il constitue un système géologique, hydrologique et biologique étroitement lié, dans lequel plusieurs millions d’années d’évolution ont produit l’une des faunes lacustres les plus originales au monde.


Sommaire

  1. Formation du lac
  2. Géologie
  3. Dimensions et profondeur
  4. Hydrologie
  5. Les différents bassins
  6. Biodiversité
  7. Endémisme
  8. Cichlidés
  9. Histoire des recherches
  10. Pêche
  11. Conservation

1. Formation du lac

Le lac Tanganyika est directement lié à l’évolution du Rift est-africain. Le rift correspond à une vaste zone d’extension de la croûte terrestre dans laquelle les mouvements tectoniques provoquent des fractures, des failles normales et l’affaissement progressif de certains compartiments.

Dans la partie occidentale du système du Rift, plusieurs bassins se sont ainsi développés. Le Tanganyika occupe l’un de ces ensembles de fossés tectoniques, appelé également branche occidentale ou Albertine du Rift est-africain.

La formation du lac ne doit cependant pas être imaginée comme l’apparition soudaine d’un immense lac à la suite d’une seule fracture. Les données géologiques indiquent une histoire beaucoup plus progressive.

Les travaux de Cohen, Soreghan et Scholz ont estimé que les bassins structuraux centraux du Tanganyika ont commencé à se former entre environ 9 et 12 millions d’années. Ils indiquent également des âges plus récents pour les secteurs septentrional et méridional : environ 7 à 8 millions d’années pour le bassin nord et 2 à 4 millions d’années pour certaines structures méridionales.

Cette différence d’âge montre que le bassin du Tanganyika s’est construit progressivement et de manière diachrone, c’est-à-dire à des périodes différentes selon les secteurs.

Les premières dépressions n’étaient probablement pas comparables au lac actuel. Plusieurs bassins peu profonds, marécageux ou lacustres ont pu exister séparément avant que l’approfondissement tectonique et les modifications du réseau hydrographique ne permettent leur connexion.

Au cours du Miocène supérieur et du Pliocène, l’activité tectonique a progressivement accentué la profondeur des bassins. Des conditions véritablement lacustres profondes se sont ensuite établies.

L’histoire hydrologique du Tanganyika a également été très variable. Les changements climatiques ont provoqué d’importantes fluctuations du niveau de l’eau. Durant certaines périodes du Pléistocène, le niveau du lac a été très inférieur à son niveau actuel. Les données géologiques et géomorphologiques montrent notamment l’existence d’anciens niveaux lacustres et de phases durant lesquelles certains bassins profonds ont pu fonctionner comme des paléolacs relativement indépendants.

Cette alternance entre périodes de connexion et de séparation constitue un élément essentiel pour comprendre l’évolution de la biodiversité actuelle.

Le Tanganyika est donc un lac ancien, mais son organisation actuelle est beaucoup plus récente que ne le laisse penser la seule estimation de son âge géologique.


2. Géologie

La géologie du Tanganyika est dominée par les structures tectoniques du Rift est-africain.

Le lac occupe une succession de grabens et de demi-grabens séparés par des zones de relais tectonique et des seuils. Les failles bordières peuvent présenter des dénivelés considérables entre les montagnes environnantes et le fond du lac.

Cette structure explique notamment l’extrême profondeur du Tanganyika.

Contrairement à un lac formé principalement par l’érosion ou par l’obstruction d’une vallée, le Tanganyika est donc avant tout un bassin tectonique.

Les sédiments s’accumulent depuis plusieurs millions d’années dans les parties profondes. Ils constituent aujourd’hui une véritable archive des changements environnementaux passés.

Les carottes sédimentaires permettent notamment d’étudier :

  • les variations climatiques ;
  • les périodes de sécheresse ;
  • les fluctuations du niveau du lac ;
  • l’évolution de la végétation du bassin versant ;
  • les changements de l’érosion ;
  • les variations de productivité biologique ;
  • certaines modifications de la circulation et de la chimie des eaux.

La géologie conditionne également directement les habitats littoraux.

Dans certaines régions, les rives sont constituées de rochers abrupts descendant rapidement vers de grandes profondeurs. Ailleurs, elles présentent des plages sableuses, des baies, des deltas, des zones marécageuses ou des fonds vaseux.

Cette diversité géomorphologique crée une succession remarquable de biotopes.

Les cichlidés ont particulièrement exploité cette diversité. Certaines espèces vivent principalement sur les rochers, d’autres sur les substrats sableux, dans les coquilles de gastéropodes, dans les herbiers ou dans les zones de transition entre plusieurs habitats.

La géologie n’est donc pas simplement le cadre physique du lac : elle participe directement à la structuration de ses communautés biologiques.


3. Dimensions et profondeur

Le Tanganyika possède des dimensions exceptionnelles.

CaractéristiqueValeur approximative
Longueurenviron 673 km
Largeur maximaleenviron 50 à 70 km selon les secteurs et les définitions
Superficieenviron 32 900 km²
Profondeur maximaleenviron 1 470 m
Profondeur moyenneenviron 570 m
Volumeenviron 18 900 km³
Pays riverainsBurundi, RDC, Tanzanie, Zambie

Ces valeurs peuvent légèrement varier selon les méthodes de mesure et les sources utilisées.

La profondeur maximale est particulièrement remarquable. Les données bathymétriques modernes atteignent environ 1 470 mètres dans le secteur méridional du lac.

Le fond du Tanganyika se trouve ainsi très largement sous le niveau de la mer.

Cette profondeur a des conséquences importantes sur le fonctionnement écologique du lac.

La colonne d’eau est immense et la lumière ne pénètre que dans une faible partie de celle-ci. Les zones profondes sont donc dépourvues de lumière suffisante pour la photosynthèse.

La structure thermique du lac est également fondamentale. Les eaux profondes restent relativement stables tandis que les variations saisonnières affectent surtout les couches supérieures.

Une particularité importante est la présence d’eaux profondes pauvres en oxygène. Sous la zone où se produit le renouvellement efficace de l’eau, les concentrations d’oxygène diminuent fortement et une grande partie des eaux profondes devient anoxique.

La profondeur disponible pour les organismes aérobies est ainsi beaucoup plus faible que la profondeur totale du lac.


4. Hydrologie

Le fonctionnement hydrologique du Tanganyika repose sur un vaste bassin versant.

Plusieurs cours d’eau alimentent le lac, dont la rivière Ruzizi au nord, ainsi que la Malagarasi et le Kalambo parmi les principaux tributaires.

La Ruzizi constitue une particularité importante puisqu’elle apporte une partie des eaux provenant du lac Kivu.

L’exutoire actuel du Tanganyika est la Lukuga, qui rejoint ensuite le système du fleuve Congo.

Cependant, le bilan hydrologique du lac est fortement influencé par l’évaporation.

Compte tenu de sa superficie considérable et de son climat tropical, une importante quantité d’eau quitte le lac directement sous forme de vapeur.

Les précipitations constituent également une composante majeure du bilan hydrologique.

Le fonctionnement peut donc être schématisé de la manière suivante :

Précipitations + tributaires → lac Tanganyika → évaporation + Lukuga

Les variations du climat régional peuvent modifier considérablement ce bilan.

Une diminution des précipitations ou une augmentation de l’évaporation peut provoquer une baisse du niveau du lac, tandis que des périodes plus humides peuvent entraîner une remontée importante.

Ces fluctuations ont joué un rôle majeur dans l’histoire géologique et biologique du Tanganyika.


5. Les différents bassins

Le Tanganyika n’est pas une simple cuvette uniforme.

Sa morphologie résulte de plusieurs structures tectoniques successives, ce qui permet de distinguer plusieurs grands secteurs bathymétriques.

Les classifications varient selon les auteurs et les méthodes utilisées, mais les grandes unités comprennent notamment :

  • le bassin septentrional associé à la région de Bujumbura et de la Ruzizi ;
  • le bassin central de Kigoma ;
  • les structures méridionales associées notamment aux régions de Marungu et Mpulungu.

Ces bassins sont séparés ou influencés par des seuils tectoniques et des zones de transition.

Cette organisation est importante pour comprendre l’histoire évolutive du lac.

Lors des périodes de bas niveau, certains seuils ont pu devenir relativement peu profonds, limitant les échanges entre différents secteurs.

Des populations animales ont alors pu se retrouver isolées.

Lorsque le niveau de l’eau remontait, les connexions étaient rétablies.

Ces cycles de fragmentation et de reconnexion ont probablement contribué à la différenciation génétique et morphologique de nombreuses populations.

Les différences entre les côtes ne sont cependant pas uniquement liées à la profondeur.

On rencontre également une succession de :

  • falaises rocheuses ;
Falaise de Molwe

Falaise de Molwe – sud de la Tanzanie.

  • éboulis ;
Eboulis à Kasanga

Un éboulis de roches non loin de cap Kasanga – sud Tanzanie.

  • plages sableuses ;
Utinta, village de Kemp

Village de Kemp à la pointe de Utinta.

  • substrats mixtes ;
Substrat mixte (roches, sable)

Substrat mixte à Nkondwe island (Roches et sable mélangés).

  • fonds vaseux ;
Vase à Lubengela

Fond vaseux dans la baie de Lubengela en Tanzanie.

  • herbiers ;
Herbier à Lubengela

Zone d’herbier dans la baie de Lubengela en Tanzanie

Vallisneria sp. à Lubengela

Vallisneria dans la zone d’herbier dans la baie de Lubengela en Tanzanie.

  • deltas ;
  • baies abritées ;
  • zones littorales fortement exposées.
Zone de ressac à Muzi

La zone de ressac sur la côte de Tanzanie à Muzi.

Cette mosaïque d’habitats explique en partie la très forte diversité écologique du lac.


6. Biodiversité

Le Tanganyika est considéré comme l’un des principaux hot-spots mondiaux de biodiversité dulçaquicole.

Les estimations du nombre total d’espèces varient selon les groupes étudiés et l’état des connaissances. Certaines synthèses évoquent plus de 2 000 espèces, dont plus de 600 endémiques.

Ces chiffres doivent cependant être considérés comme des estimations plutôt que comme un inventaire définitif.

La biodiversité du lac comprend notamment :

  • poissons ;
  • mollusques ;
  • crustacés ;
  • éponges ;
  • insectes aquatiques ;
  • vers ;
  • ostracodes ;
  • copépodes ;
  • plantes aquatiques ;
  • microorganismes.

Le lac est particulièrement remarquable par le nombre de lignées ayant évolué indépendamment à l’intérieur de son bassin.

Les gastéropodes constituent un exemple spectaculaire.

Plusieurs lignées de mollusques ont développé des formes de coquilles extrêmement spécialisées. Certaines présentent des convergences morphologiques avec des mollusques marins, alors qu’elles vivent en eau douce.

Les crustacés présentent eux aussi une diversité élevée. On trouve notamment des crabes, crevettes, ostracodes et autres groupes dont plusieurs lignées sont endémiques.

Les poissons constituent néanmoins la composante la plus étudiée de la biodiversité du Tanganyika.

Ils comprennent des cichlidés, des mochokidés, des clupéidés, des cyprinidés, des latidés, des mastacembélidés et plusieurs autres familles.


7. Endémisme

L’endémisme constitue l’une des caractéristiques fondamentales du lac Tanganyika.

Une espèce endémique est une espèce naturellement présente dans une région géographique donnée et absente, à l’état naturel, des autres régions.

L’isolement prolongé du Tanganyika a favorisé l’apparition de nombreuses espèces propres au bassin.

L’endémisme concerne plusieurs groupes taxonomiques et ne se limite donc absolument pas aux cichlidés.

On trouve ainsi des lignées endémiques chez :

  • les poissons ;
  • les gastéropodes ;
  • les bivalves ;
  • les crabes ;
  • les crevettes ;
  • les ostracodes ;
  • les éponges ;
  • certains vers et autres invertébrés.

Cette situation fait du Tanganyika un véritable laboratoire naturel pour l’étude de la spéciation.

Chez les poissons, l’endémisme est particulièrement marqué dans les communautés littorales.

Les différences de substrat jouent ici un rôle important.

Une espèce adaptée aux rochers n’occupe pas nécessairement les mêmes habitats qu’une espèce vivant dans le sable. Une autre peut dépendre de coquilles de gastéropodes disponibles sur les fonds.

La multiplication des niches écologiques a ainsi permis la coexistence d’un grand nombre d’espèces relativement spécialisées.


8. Cichlidés

Les cichlidés constituent probablement le groupe animal le plus emblématique du lac Tanganyika.

Ils représentent l’une des plus importantes radiations évolutives de poissons connues.

Une synthèse taxonomique publiée en 2020 reconnaissait 208 espèces valides de cichlidés du Tanganyika et estimait à au moins 241 le nombre d’espèces présentes lorsqu’on inclut les taxons encore non formellement décrits. Selon cette étude, toutes sauf deux seraient endémiques du bassin. (ScienceDirect)

La diversité des formes est remarquable.

Certains cichlidés sont :

  • strictement ou principalement herbivores ;
  • insectivores ;
  • détritivores ;
  • molluscivores ;
  • piscivores ;
  • planctonophages ;
  • généralistes.

Certains vivent sur les rochers tandis que d’autres exploitent les fonds sableux.

D’autres occupent les coquilles vides de gastéropodes.

Les spécialisations morphologiques sont tout aussi impressionnantes.

Les genres Altolamprologus, Lepidiolamprologus, Neolamprologus, Tropheus, Petrochromis, Simochromis, Tanganicodus, Eretmodus, Cyphotilapia, Bathybates ou Boulengerochromis illustrent une partie seulement de cette diversité.

Certains genres regroupent des espèces présentant des morphologies extrêmement différentes alors que d’autres comprennent des formes très proches extérieurement mais écologiquement ou génétiquement différenciées.

Cette diversification est généralement interprétée comme le résultat d’une combinaison entre histoire géologique, changements environnementaux, isolement des populations, spécialisation écologique et sélection.

Le Tanganyika est également un modèle majeur pour l’étude de l’évolution des comportements reproducteurs.

On y observe notamment :

  • incubation buccale ;
  • ponte sur substrat ;
  • reproduction en couple ;
  • reproduction en groupe ;
  • garde des œufs et des jeunes ;
  • utilisation de coquilles.

La diversité des stratégies alimentaires et reproductrices permet aux cichlidés de répartir les ressources disponibles dans l’espace et dans le temps.

Cette radiation n’est toutefois pas terminée.

De nombreux taxons restent difficiles à délimiter et plusieurs populations sont encore étudiées afin de déterminer leur statut spécifique.

La taxonomie des cichlidés du Tanganyika reste donc un domaine de recherche actif.


9. Histoire des recherches

L’intérêt scientifique pour le lac Tanganyika remonte au XIXe siècle.

Les grandes explorations européennes de l’Afrique intérieure ont progressivement fait connaître le lac aux naturalistes.

Les expéditions de Richard Francis Burton et John Hanning Speke en 1858 constituent une étape importante dans l’histoire de l’exploration européenne du Tanganyika.

Par la suite, de nombreuses expéditions scientifiques se sont intéressées à sa faune et à sa flore.

Au début du XXe siècle, les recherches deviennent progressivement plus structurées.

Les travaux de naturalistes tels que W. A. Cunnington ont contribué à établir une connaissance beaucoup plus détaillée de la faune et de la flore lacustres. Une expédition scientifique britannique consacrée au Tanganyika était notamment organisée au début du XXe siècle et Cunnington poursuivit les recherches engagées par J. E. S. Moore. (Nature)

Les poissons ont rapidement occupé une place centrale dans ces recherches.

Les premières descriptions taxonomiques ont ensuite été complétées par des travaux consacrés à l’écologie, à la biogéographie et à l’évolution.

Au XXe siècle, les recherches se sont considérablement diversifiées.

La limnologie, la géologie, la sédimentologie, la paléoclimatologie et l’écologie des populations sont venues compléter la taxonomie classique.

Plus récemment, les méthodes moléculaires ont profondément transformé l’étude du Tanganyika.

L’analyse de l’ADN permet désormais d’étudier :

  • les relations phylogénétiques ;
  • la différenciation des populations ;
  • les migrations ;
  • les hybridations ;
  • l’histoire des radiations évolutives ;
  • la délimitation des espèces.

Le lac est ainsi devenu un laboratoire majeur de la biologie évolutive.


10. Pêche

La pêche représente une activité économique et alimentaire essentielle pour les populations riveraines.

Elle concerne principalement deux grands ensembles écologiques : la pêche littorale et la pêche pélagique.

La pêche pélagique exploite notamment les petits poissons du large, en particulier les clupéidés.

Les activités nocturnes utilisant des lampes pour attirer les poissons constituent l’une des images les plus caractéristiques de la pêche traditionnelle et artisanale du Tanganyika.

Cette pêche fournit une source importante de protéines animales et de revenus aux communautés riveraines.

La pêche littorale est différente.

Elle exploite une grande diversité de poissons associés aux habitats côtiers, notamment des cichlidés.

Cette pêche pose cependant des problèmes particuliers parce que les zones littorales concentrent une très grande partie de la biodiversité du lac.

Les recherches récentes soulignent l’insuffisance des données disponibles pour évaluer précisément l’état de nombreuses populations littorales. Une étude publiée en 2024 indique notamment que 78 % des espèces étudiées dans la zone concernée ne disposent pas de données suffisantes sur leur distribution et leur niveau actuel d’exploitation. (ScienceDirect)

La pression de pêche peut être accentuée par :

  • l’augmentation de la population ;
  • la demande alimentaire ;
  • l’utilisation d’engins à petites mailles ;
  • certaines pratiques de pêche destructrices ;
  • la diminution des habitats littoraux ;
  • la pêche d’individus immatures.

Les pêcheries industrielles ont également connu un déclin important et, selon les synthèses récentes, la pêche artisanale constitue aujourd’hui l’essentiel de l’exploitation commerciale.

La pêche ne doit cependant pas être considérée indépendamment des conditions sociales et économiques des populations riveraines.

La conservation du lac dépendra également de la capacité à maintenir des moyens de subsistance compatibles avec la conservation des ressources.


11. Conservation

Le lac Tanganyika possède une valeur écologique qui dépasse largement ses frontières.

Il constitue à la fois :

  • un réservoir majeur de biodiversité ;
  • une réserve génétique exceptionnelle ;
  • une ressource halieutique essentielle ;
  • une archive paléoclimatique ;
  • un laboratoire naturel de l’évolution ;
  • une ressource économique pour les populations riveraines.

Mais cette richesse est aujourd’hui soumise à plusieurs pressions.

Les principales menaces identifiées comprennent :

Déforestation et érosion

La destruction de la végétation des bassins versants augmente l’érosion des sols.

Les sédiments sont transportés vers les cours d’eau puis vers le lac.

L’augmentation de la charge sédimentaire peut modifier les habitats littoraux, réduire la transparence de l’eau et affecter les organismes dépendant des substrats rocheux ou sableux.

Pollution

Les zones urbanisées et industrialisées peuvent introduire différents polluants dans le système lacustre.

Les eaux usées, les déchets, les hydrocarbures et certains contaminants agricoles représentent des problèmes croissants.

Surexploitation des ressources

La pression exercée par la pêche constitue une préoccupation importante, notamment dans les habitats littoraux.

Les données disponibles restent cependant très inégales selon les régions et les espèces.

Modification des habitats

La destruction des habitats côtiers peut avoir des conséquences particulièrement importantes pour les espèces spécialisées.

Les cichlidés littoraux sont notamment étroitement associés à leur environnement immédiat.

Changement climatique

Le réchauffement régional peut modifier la température des eaux, la stratification, la circulation et la productivité biologique.

Les recherches montrent que les changements climatiques peuvent interagir avec les pressions humaines et amplifier leurs effets.

Conservation internationale

La protection du Tanganyika nécessite une coopération entre les quatre États riverains :

Burundi – République démocratique du Congo – Tanzanie – Zambie.

Le caractère transfrontalier du bassin signifie qu’une mesure prise dans une région peut avoir des conséquences ailleurs.

La conservation ne peut donc pas se limiter à quelques zones protégées.

Elle doit associer :

  • protection des habitats ;
  • gestion durable des pêcheries ;
  • réduction de l’érosion ;
  • contrôle de la pollution ;
  • suivi scientifique à long terme ;
  • protection des espèces endémiques ;
  • coopération entre États ;
  • implication des populations locales.

Une synthèse scientifique publiée en 2023 souligne justement l’insuffisance des données disponibles dans plusieurs domaines et la nécessité de programmes de suivi multidisciplinaires et de longue durée. (ScienceDirect)


Conclusion

Le lac Tanganyika est le résultat d’une histoire géologique et biologique qui s’étend sur plusieurs millions d’années.

Son origine tectonique, sa profondeur exceptionnelle, la fragmentation de ses bassins, les variations climatiques anciennes et les fluctuations du niveau de l’eau ont créé les conditions nécessaires au développement d’une biodiversité remarquable.

Son originalité ne repose cependant pas uniquement sur le nombre d’espèces présentes.

Elle réside également dans l’existence de nombreuses lignées évolutives propres au bassin et dans la manière dont celles-ci se sont adaptées à une multitude d’habitats.

Les cichlidés constituent l’exemple le plus spectaculaire de cette évolution, mais ils ne représentent qu’une partie de la richesse biologique du Tanganyika. Mollusques, crustacés, poissons non cichlidés et autres organismes ont eux aussi développé des lignées originales et parfois fortement endémiques.

Le lac doit ainsi être considéré comme un ensemble indissociable de géologie, d’hydrologie et de biologie.

Comprendre son passé permet de mieux comprendre sa biodiversité actuelle. Mais cette connaissance est également indispensable pour anticiper son avenir.

Le Tanganyika demeure encore imparfaitement étudié. De nombreuses espèces restent mal connues, certaines populations n’ont jamais fait l’objet d’un suivi suffisamment long et plusieurs processus géologiques, écologiques et évolutifs font encore l’objet de recherches.

La protection de ce patrimoine dépendra donc autant de la poursuite des recherches scientifiques que de la capacité des populations et des États riverains à préserver durablement les habitats et les ressources du lac.


Quelques références scientifiques essentielles

  • Cohen, A. S., Soreghan, M. J. & Scholz, C. A. (1993). Estimating the age of formation of lakes: An example from Lake Tanganyika, East African Rift system. Geology, 21, 511–514. (doi.org)
  • Danley, P. D. & Kocher, T. D. (2012). The Impact of the Geologic History and Paleoclimate on the Diversification of East African Cichlids. International Journal of Evolutionary Biology. (Wiley Online Library)
  • Koblmüller, S. et al. (2008). Tempo and Mode of Diversification of Lake Tanganyika Cichlid Fishes. PLoS ONE. (PubMed Central (PMC))
  • Day, J. J. et al. / travaux phylogénétiques sur les mastacembélidés du Tanganyika. (PubMed Central (PMC))
  • Schedel, F. D. B. et al. (2020). The taxonomic diversity of the cichlid fish fauna of ancient Lake Tanganyika, East Africa. Journal of Great Lakes Research, 46, 1067–1078. (ScienceDirect)
  • Lake Tanganyika: Status, challenges, and opportunities for research collaborations (2023). Journal of Great Lakes Research. (ScienceDirect)
  • Critical biodiversity, fisheries status and need for inshore fish communities conservation in Lake Tanganyika (2024). Journal of Great Lakes Research. (ScienceDirect)
  • The Scientific Exploration of Lake Tanganyika. Nature, 1905. (Nature)

Cette version constitue une base scientifique solide, mais elle peut encore être considérablement enrichie pour ton site : notamment avec une chronologie géologique détaillée, une description beaucoup plus précise des quatre grands secteurs du lac, les températures et caractéristiques physico-chimiques, la stratification et l’anoxie profonde, ainsi qu’un véritable chapitre sur les familles de poissons non cichlidés. Ce serait particulièrement pertinent pour faire de cette page une page « pilier » de Destination Lac Tanganyika.

Article de Eric Genevelle (2000)

Le lac Tanganyika est entouré par quatre pays situés dans l’Afrique de l’Est. La partie Nord du lac appartient au Burundi, toute la partie est à la République Démocratique du Congo (ex Zaïre), la partie Sud au Zambie, et environ 300 miles de la côte sont Tanzaniennes. La superficie du lac couvre environ 34.000 km2 (7ème lac mondial de par sa superficie).

kalambo genevelle

Le lac Tanganyika appartient à ce que l’on appelle les lacs du rift Africain, et s’étend sur 670 km de long. La côte Est et la côte Ouest sont séparées par plus de 80 km dans la plus grande largeur.

La profondeur du lac atteint un maximum de 1470 m (2ème lac mondial de par ce critère, après le Baïkal). Des récentes mesures ont montré des couches de sédiment de plusieurs centaines de mètres au fond du lac (6000 m environ). Ceci pourrait étendre de manière significative la profondeur du lac. Malgré cette profondeur, la partie la plus intéressante du lac se situe dans les 200 premiers mètres d’eau. La raison de cet état de fait est que l’existence d’oxygène dans l’eau n’excède pas cette profondeur. De par le peu de mélanges se produisant entre ces deux couches (la partie oxygénée et celle qui ne l’est pas), la vie s’est maintenue dans la partie supérieure de la zone dite de l’eau morte. En raison de sa position proche de l’équateur, la température annuelle moyenne tourne autour de 26,5 °C.

90 % des précipitations annuelles s’évaporent, les 10 % restants se retrouvent dans la rivière Lukuga. Dans la partie Nord du lac, le cours du Ruzizi se gonfle rapidement. Son eau est plus froide que les eaux du lac et coule, sans pour autant créer de courant, dans les zones profondes. Les eaux de l’estuaire du Malagarasi coulent lentement dans le lac, tout en contribuant à son réchauffement. Le surplus de ces eaux se mélange aux eaux du lac et créé des courants. En raison de ces turbulences aquatiques, l’estuaire du Malagarasi créé une barrière que ne peuvent traverser un grand nombre de Cichlidés.

Estuaire de la Ruzizi

Estuaire de la Ruzizi.

Le rivage du lac consiste en une succession de plages de sable et de côtes rocheuses. Les côtes rocheuses peuvent être constituées de roches de la taille de boulets à des mégalithes sur le sol sableux et peuvent abriter des Cichlidés typiques de cet habitat rocheux.

La chimie de l’eau est la même dans tout le lac, mais avec quelques variables selon si on est au fond d’une baie herbeuse ou au large. Le pH (mesure de l’acidité) est dépendant de la quantité et de la qualité des sels qui y sont dissous. Dans l’eau en perpétuel mouvement (le rivage), le dioxyde de carbone n’est plus présent, d’où une augmentation du pH. La conductivité (mesure de la quantité de minéraux dissous) varie entre 550 et 600 micro-Siemens/m.

En raison de ce pH élevé et de l’importante quantité de sels dissous, on trouve des précipitations continues de sels de carbonates. Ces précipitations forment comme une croûte de sel autour des pierres et des roches, en particulier au-delà de 5 mètres de profondeur. La visibilité dans le lac peut excéder 20 mètres, ce qui fait de cette dernière l’eau douce la plus transparente du monde.

Composition de l’eau du lac donnée par le Dr JEAN KUFFERATH, membre de l’exploration hydrobiologique Belge de 1946-1947
ComposantDensité
Conductivité
Sels
Carbonate de sodium Na2CO3 :
Chlorure de potassium KCl :
Nitrate de potassium KNO3 :
Carbonate de calcium CaCo3 :
Sulfate d’Aluminium Al2(SO4)3 18(H2O) :
Sulfate de potassium K2SO4 :
Sulfate de sodium Na2SO4 :
Fe Cl6H2O :
Hydrogénophosphate disodique Na3PO4 12H20 :
Silicate de sodium Na2SiO3 :
Carbonate de magnésium MgCO3 :

606-620 µS/m

125 mg/L
59 mg/L
0.5 mg/L
30mg/L
5 mg/L
4 mg/L
1 mg/L
0.5 mg/L
0.4 mg/L
3.5 mg/L
144 mg/L

 

Le niveau de l’eau du lac a varié de nombreuses fois par le passé. Un bouleversement considérable a transformé le lac en trois ou quatre bassins. Ces bassins profonds, qui sont nettement visibles par les sondeurs, jouent un rôle important dans la distribution de beaucoup d’espèces. Le bassin le plus profond est situé dans la moitié Sud, le second dans la partie Nord du lac. Entre ces deux bassins, un troisième, moins profond, a été localisé. Une baisse rapide des eaux à confiné les poissons dans ces bassins.

Une montée conséquente des eaux aurait créé un lien entre les deux plus profonds bassins, ce qui ne veut pas dire pour autant que les populations de ces deux ou trois bassins se soient immédiatement mélangés. En fonction de cette durée de basses eaux, donnant lieu à l’existence de deux ou trois lacs isolés, certaines espèces ont évolué en deux ou plusieurs nouvelles espèces. Ces nouvelles espèces ont pu développer de nouvelles habitudes alimentaires ou simplement des modifications de couleurs avec de légères transformations anatomiques. Les espèces de ce premier groupe ont eu plus l’opportunité de se répandre au sein de l’étendue  » nouvelle  » du lac que les espèces plus récentes. Ceci s’explique aisément car les espèces plus tardives se sont trouvé en compétition avec les espèces similaires des autres bassins. En plus de cela, la restriction de beaucoup de Cichlidés à un habitat rocheux n’a pas contribué à la dispersion des espèces. L’existence de ces deux ou trois lacs ou bassins se retrouve dans la distribution de beaucoup de Cichlidés liés à ce type l’habitat.

 

En 1992, Mr. Robert ALLGAYER dans la revue Française d’Aquariologie, nous fit un rapport intitulé  » LES EAUX BLEUES DU TANGANYIKA  » riche en enseignement qui complète agréablement l’introduction ici faite. Je me permettrai donc de vous en retranscrire de larges extraits.

Réalités et légendes.

Étrange nom que celui de  » Tanganyika « ; si les Belges persistent à retirer le Y, c’est en raison d’une circulaire du 1er avril 1898 fixant l’orthographe des noms géographiques du Congo. « Ku Tanganya « , en Kishwahili, signifie  » sur le mélange/faire un mélange « ; Tanganyika, adopté par les Anglais, respecte l’étymologie et désignerait l’endroit où s’effectue ce mélange.

En 1878, les riverains ont été très étonnés lorsque, brutalement, les eaux du lac se sont écoulées vers le Congo par la rivière Lukuga. Des légendes ont pris naissance, peut-être lorsque les eaux des deux principales fosses se sont réunies pour former l’ensemble du lac. Il faut rappeler qu’à la hauteur de Kalemie, le fond de la margelle de la fosse supérieure n’est qu’à 55 mètres de profondeur. Et la légende, qui pourrait être réalité, dit:  » qu’il était possible de traverser à pied d’une rive à l’autre « . En 1876, on pouvait rejoindre à gué l’île de Bangwe, face à Kigoma, fait recueilli par Stanley auprès du Gouverneur arabe de Ujiji.

Les variations du niveau du lac sont très fréquentes; actuellement, celui-ci tend à baisser: la piste longeant la rive, entre Uvira et Baraka, est à sec, alors qu’elle était sous 20 cm d’eau en 1983, soit un abaissement de près d’un mètre en 8 ans.

 

Géologie, hydrologie.

Le lac Tanganyika est le plus ancien des lacs situés sur le  » Graben  » (Rift Valley); ce dernier s’est formé au Miocène par le jeu de forces telluriques tangentielles, face à la résistance du socle continental rigide. Ce bâti solide ne s’est pas plissé par la poussée alpine, mais s’est fracturé, d’où cette formidable faille longue de 45° en latitude, des Danakils au Mozambique.

L’âge estimé du lac était de 8 millions d’années (Brichard 1974), mais des carottages des récentes recherches pétrolières, effectuées sur la partie Est de la presqu’île d’Ubvira, permettent de situer l’âge du lac entre 10 et 12 millions d’années.

Suivant les géologues (Robert, 1942), le lac se serait formé par une compression et non par un effondrement du proto-lac. L’érosion du fond de cette fosse s’est faite avant sa mise en eau, ce qui est démontré par des échos sondeurs qui relèvent que les vallées existent et ont été érodées à l’air libre, et qu’elles ne sont pas le prolongement des rivières actuelles (Ruzizi, Malagarazi). Il s’agissait certainement d’autres rivières existant à l’époque. Il est reconnu à présent que la rivière Ruzizi et la Malagarazi s’écoulaient vers le Nord et faisaient partie du réseau nilotique.

Depuis, la structure de cette fosse n’a pas subi de changement. Le fond est à 700 mètres sous le niveau de la mer, mais le lac n’était rempli que sur 550 mètres; son niveau actuel atteint 775 mètres au-dessus du niveau marin, soit une profondeur maximum de 1470 m environ dans la fosse Sud, appelée bassin de Zongwe.

Quand le lac s’est-il rempli ?

Si la formation géologique du lac est ancienne, l’hydraulique est plus récente. La période inter-pluviale, au milieu du Pléistocène, avait fait baisser le niveau de la plupart des lacs en Centre Afrique, au point de les conduire à l’assèchement complet, entraînant la quasi disparition de la faune primitive. Ces lacs ont ensuite été repeuplés par une faune nilotique. Seul le Tanganyika, grâce à sa profondeur, n’aurait pas totalement perdu sa faune ancienne.

C’est certainement la surrection récente, au Nord de la région des monts Virunga qui a isolé le lac Tanganyika du Nil. Les mouvements telluriques ont soulevé le terrain environnant, inversant le cours de la rivière Ruzizi et de la Malagarazi, repoussant la ligne de partage des eaux Nil-Congo vers l’Est. Deux rivières, non loin du lac, se disputent le titre de  » sources du Nil « , au Burundi.

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Mégalithes à Wampembe.

À partir de cette période, une datation précise étant impossible, un bassin hydrographique drainant les eaux d’une surface de 250000 km2 a commencé à remplir le lac. A-t-il atteint sa côte et sa surface maximale lors de la débâcle ; en 1878 ?
Le niveau du lac n’a plus jamais regagné l’altitude de 784 mètres au dessus du niveau de la mère. Le niveau redescend rapidement pour se stabiliser à 775 mètres, en 1884. Brusquement, à partir de 1961, le niveau remonta de 773,5 m aux 778 mètres atteints début 1964, submergeant entre temps le port de Bujumbura (Burundi). Le lac se stabilise à 775 mètres en 1973. La variation saisonnière annuelle du niveau est de 50 cm en moyenne.

Les principaux apports d’eau du lac proviennent de la rivière Ruzizi (100 à 220 m3/S), de la rivière Malagarazi et des multiples torrents, à sec en saison sèche. L’exutoire, la Lukuga, a un débit variable de 100 à 200 m3/S, suivant le niveau du lac, et il serait difficile d’en évaluer davantage lors d’une année à faible évaporation, d’où les débordements accidentels du lac.

Bien que l’estimation de l’âge ait reculé à la suite de nouvelles investigations, les étapes de sa formation, proposées par Poll (1951), n’en sont pas affectées.

Au Miocène, le Lualaba coulait vers le Nil, ainsi que d’autres affluents originaires de la même région.

Quand débute le Pliocène, un affaiblissement de la cuvette du Congo aurait capté ces rivières (Lualaba, Malagarazi).

Au Pliocène moyen ou supérieur, la compression tectonique aurait formé un ou deux lacs (les deux fosses) qui ont capté le Lualaba, ainsi que les rivières proches. Le lac était alors en isolement total.

On suppose qu’il y a eut un écoulement bref vers le Nord au Pléistocène moyen, mais une communication avec le Nil ne peut être confirmée.

Au Pléistocène supérieur (moins d’un million d’années), c’est la surrection de la région des Virunga qui aurait interrompu l’écoulement vers le Nord, et créé le lac  » à fjords  » Kivu qui, par débordement il n’y a que 10.000 à 20.000 ans, commençait à remplir en partie le lac Tanganyika par la Ruzizi, jusqu’à son débordement au siècle dernier. Ce mouvement tectonique fut, pour une certaine part également, responsable de la formation du lac Victoria (-750.000 à – 500.000 ans).

 

L’eau du lac.

La composition ionique de l’eau a certainement subi des changements au cours du temps. Probablement du type  » salé  » lors de son isolement à un niveau inférieur à 550 mètres, elle a été diluée par les apports d’eaux plus douces. Elle renferme très peu de calcium (13 mg/l) et de silicium (0,3 mg/l). Parmi les cations, le magnésium domine avec 43 mg/l. Pour les anions, c’est le chlore avec 28 mg/l, et le bicarbonate avec 6,80 mg/l.

Le calcium ne représente que 3,6 % des sels dissous pour un total de 358 mg/l des cations. Cette charge calcique est encore appauvrie par la macrofaune de surface, par les mollusques (Gastropodes, Prosobranches, Bivalves) qui édifient leur coquille à l’aide de carbonate de calcium, et par les dépôts sur les rives rocheuses. L’eau à donc un très fort déséquilibre entre calcium et magnésium, et il n’est pas étonnant que, pour avoir de bons résultats dans la reproduction des espèces du lac, les éleveurs aient à modifier leur eau en la  » déséquilibrant  » par un apport de sels supplémentaires. Toujours est-il que, par la présence massive de sodium, magnésium, bicarbonates dans un total de sels dissous de 570 mg/l, cette eau est à la fois différente des eaux douces et de l’eau de mer.

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À Kekese.

Le pH,

selon le lieu et la mesure, oscille entre 7,5 à une embouchure de fleuve et 9,0 au milieu du lac. Contrairement à la plupart des lacs où la thermocline (zone où se situe le changement de température souvent matérialisée par une sorte de brouillard) et l’oxycline (changement du taux d’oxygène dissous dans l’eau) sont en corrélation, la thermocline se situe entre 25 et 75 mètres, suivant la saison, à une température de 23,5°C, à la limite inférieure du métalimnion, alors que l’oxycline se situe entre 100 et 250 mètres, mettant la plus grande masse du lac en milieu anaérobie (dépourvu d’oxygène), très chargé en hydrogène sulfureux, domaine des bactéries réductrices. Des remontés massives d’eau chargée de ce gaz ont provoqué des catastrophes fauniques. Il semble que ces mouvements d’eau soient engendrés, en profondeur, par quelques poussées volcaniques.

Si Sardou a chanté les  » Eaux bleues du Tanganyika « ,

celles-ci ne sont pas ou plus, hélas, aussi bleues que l’on pourrait le croire. Capart (1952) signalait une transparence de 22 mètres au large et une couleur bleue (échelle 2 de Forel). En 1991, les eaux me sont apparues plutôt vertes (3-4 de Forel) et la transparence limitée à 15-17 mètres dans le meilleur des cas à Bemba au Congo. Près des embouchures, la couleur de l’eau est verte (5 de Forel) et la transparence limitée à 2,5 mètres. En saison sèche, la transparence est encore plus réduite en raison d’une agitation intense en surface, due au vent plus fort à cette saison.

La faune du lac.

Toutes ces caractéristiques – volontairement résumées ici – exceptionnelles et complexes, qui appartiennent encore à ce lac ou qui ont contribué à sa formation, ne pouvaient qu’engranger une faune hors du commun. Il n’est donc pas surprenant que J.E.S. Moore (1903), en découvrant éponges, méduses, Prosobranches, crevettes, crabes et Cupléidés, ait cru avoir affaire à un lac  » relique « , d’origine marine. Nous savons aujourd’hui qu’il n’en n’est rien.

La valeur biologique de ce lac est exceptionnelle et concerne presque tous les groupes d’animaux aquatiques, les espèces endémiques étant à la fois les mieux adaptées, et les plus répandues dans les biotopes les plus divers.

Le mélange des espèces de poissons est assez étrange, plus particulièrement en ce qui concerne la famille des Cichlidés où les relations avec les espèces fluviatiles environnantes sont encore assez confuses. Nous y trouvons des espèces ayant des analogies avec celles du bassin Congolais, et d’autres ayant des affinités nilotiques. C’est le cas de certains lamprologiens endémiques qui ont des caractères en commun avec des espèces Congolaises et des Haplochromiens endémiques qui en présentent avec des espèces nilotiques. D’autres espèces endémiques hyper spécialisées enfin, comme celles de la tribu des Tropheini (Tropheus, Petrochromis, Simochromis), forment des lignées à part qui ont perdu leurs principaux caractères primitifs et en ont acquis de nouveaux, en rapport avec leurs spécialisations, et pour lesquelles le rattachement à une souche fluviatile est aujourd’hui difficile.

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Tropheus duboisi « Kabogo » juvéniles.

      70 % des espèces de l’ensemble de la faune du lac sont endémiques. Ce phénomène extraordinaire de spéciation est expliqué par l’isolement des populations successives dues aux diverses variations du niveau du lac pendant des milliers d’années. Les espèces pélagiques ont subi une spéciation moindre que celles qui sont inféodées au littoral où les variations de niveau ont favorisé l’isolement des populations. Boulengerochromis microlepis en est un exemple. Ce Goliath, qui atteint une longueur de 80 cm. et patrouille à travers tout le lac, surtout au stade sub-adulte où il forme des bancs, n’a développé aucune sous-espèce ou forme locale. A l’inverse, parmi les Cichlidés pétricoles, presque chaque espèce a engendré une pléthore de sous-espèces ou de formes locales.

B. microlepis

B. microlepis – mâle en parade.

Le danger.

Malheureusement l’Homme, par sa démographie explosive et ses erreurs, perturbe le milieu physico-chimique du lac et exerce une pression énorme sur les espèces pélagiques, par des prélèvements irrationnels, pour satisfaire ses besoins nutritionnels.

Le facteur perturbant le plus visible est le déboisement tout autour du lac. Les populations riveraines épluchent littéralement le flanc des montagnes pour se ravitailler en bois de chauffe et confectionner du charbon de bois. La rive du lac étant pour une grande part, sur son pourtour, le prolongement du flanc de la montagne, en saison des pluies où même à la moindre averse, des torrents de boue déferlent dans le milieu aquatique. Les conséquences en sont le dépôt d’une couche de sédiments sur les fonds rocheux qui empêche le développement de la couche d’algues de substrat et étouffe les éponges endémiques, à partir d’une profondeur de 2 mètres, la partie la plus superficielle étant journellement balayée par un fort ressac l’après-midi. A moyen terme, sur quelques décennies, toute la chine trophique du milieu rocheux sera atteinte si des mesures immédiates ne sont pas prises.

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Barque de pêche avec voile levée.

Pêcheurs à Mtosi

Barque de pêche Barque au large.

Pêcheur et Boulengerochromis

Pêcheurs et Boulengerochromis.

 

Séchage des clupéidés sur le sable

Séchage des clupéidés sur le sable.

 

 

Cichlidés Hemibates

Cichlidés Hemibates pêchés pour le marché.

 

Poissons au marché

Poissons au marché, séché et/ou fumés.

 

En outre, les surcharges minérales et sédimentaires favorisent la production de phyto et zooplanctons qui compromettent la transparence de l’eau, ce qui handicape à nouveau une production satisfaisante des algues de substrat. Elles sont impératives à la survie des pétricoles stricts tels les Tropheus et/ou Petrochromis, espèces pour lesquelles aucune nouvelle adaptation ne serait possible.

La pêche intensive est le second grand danger.

Cette activité est principalement pratiquée par les pêcheurs Burundais et Congolais. Ils ratissent la zone pélagique entre la surface et 120 mètres de profondeur. Les proies (Clupeidae) et leurs prédateurs (Lates, Cichlidés pélagiques) sont capturés avec des filets aux mailles de plus en plus fines. Au fil des années, les pêcheurs ont augmenté la fréquence des sorties, afin de compenser la diminution des prises. À certaines périodes, les Clupéidés de moins de 2 cm de longueur ne sont pas négligés.

La masse réduite de planctophages que constituent à présent les Clupéidés sur-pêchés, n’est plus en mesure de résorber l’explosion du phyto et zooplancton produit par l’apport supplémentaire de matières minérales.

L’agriculture, quant à elle, largue dans le lac sa chaîne néfaste de produits résiduels (pesticides, insecticides, engrais…) qui s’accumulent dans toute la chaîne alimentaire du lac. La rivière Ruzizi draine les eaux de sa plaine alluviale (60 km de long), partagée entre le Rwanda et le Burundi, ou la production agricole est élevée. Ce fleuve constitue également l’égout principal de Boukavu, une ville de 150.000 habitants, située sur le lac Kivu, à la frontière entre le Congo et le Rwanda. Quant à Bujumbura, la capitale du Burundi, elle élimine directement ses déchets dans le lac, à quelques kilomètres de l’embouchure de la Ruzizi. Il va sans dire que la partie Nord du lac est certainement la plus polluée par des matières organiques et agricoles.

Transport de bois

Transport de bois pour le feu.

L’utilisation massive du bois comme
combustible entraîne de graves problèmes de
déforestation sur les rives du lac.

      Comme partout dans ce monde, la faune du lac est en danger. Les aquariophiles sont certainement l’une des dernières communautés à accuser d’être une menace pour cette faune exceptionnelle qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Le prélèvement des poissons dans le lac dû à ce passe-temps est infime par rapport à la masse potentielle, mais une attention particulière devra toutefois être apportée à quelques populations précises, au nombre d’individu limité (ex: Tropheus de Kiriza ou de Bemba). Mais l’aquariophilie représenterait aussi un espoir, au cas de catastrophe dans le lac, car les aquariophiles du monde entier, rien que dans la famille des Cichlidés, maintiennent et reproduisent près des trois quarts des espèces endémiques.