Lac Tanganyika – Historique

Lac Tanganyika – Historique

Article de Eric Genevelle (2000)

Le lac Tanganyika est entouré par quatre pays situés dans l’Afrique de l’Est. La partie Nord du lac appartient au Burundi, toute la partie est à la République Démocratique du Congo (ex Zaïre), la partie Sud au Zambie, et environ 300 miles de la côte sont Tanzaniennes. La superficie du lac couvre environ 34.000 km2 (7ème lac mondial de par sa superficie).

Le lac Tanganyika appartient à ce que l’on appelle les lacs du rift Africain, et s’étend sur 670 km de long. La côte Est et la côte Ouest sont séparées par plus de 80 km dans la plus grande largeur.

La profondeur du lac atteint un maximum de 1470 m (2ème lac mondial de par ce critère, après le Baïkal). Des récentes mesures ont montré des couches de sédiment de plusieurs centaines de mètres au fond du lac (6000 m environ). Ceci pourrait étendre de manière significative la profondeur du lac. Malgré cette profondeur, la partie la plus intéressante du lac se situe dans les 200 premiers mètres d’eau. La raison de cet état de fait est que l’existence d’oxygène dans l’eau n’excède pas cette profondeur. De par le peu de mélanges se produisant entre ces deux couches (la partie oxygénée et celle qui ne l’est pas), la vie s’est maintenue dans la partie supérieure de la zone dite de l’eau morte. En raison de sa position proche de l’équateur, la température annuelle moyenne tourne autour de 26,5 °C.

90 % des précipitations annuelles s’évaporent, les 10 % restants se retrouvent dans la rivière Lukuga. Dans la partie Nord du lac, le cours du Ruzizi se gonfle rapidement. Son eau est plus froide que les eaux du lac et coule, sans pour autant créer de courant, dans les zones profondes. Les eaux de l’estuaire du Malagarasi coulent lentement dans le lac, tout en contribuant à son réchauffement. Le surplus de ces eaux se mélange aux eaux du lac et créé des courants. En raison de ces turbulences aquatiques, l’estuaire du Malagarasi créé une barrière que ne peuvent traverser un grand nombre de Cichlidés.

Estuaire de la Ruzizi.

Le rivage du lac consiste en une succession de plages de sable et de côtes rocheuses. Les côtes rocheuses peuvent être constituées de roches de la taille de boulets à des mégalithes sur le sol sableux et peuvent abriter des Cichlidés typiques de cet habitat rocheux.

La chimie de l’eau est la même dans tout le lac, mais avec quelques variables selon si on est au fond d’une baie herbeuse ou au large. Le pH (mesure de l’acidité) est dépendant de la quantité et de la qualité des sels qui y sont dissous. Dans l’eau en perpétuel mouvement (le rivage), le dioxyde de carbone n’est plus présent, d’où une augmentation du pH. La conductivité (mesure de la quantité de minéraux dissous) varie entre 550 et 600 micro-Siemens/m.

En raison de ce pH élevé et de l’importante quantité de sels dissous, on trouve des précipitations continues de sels de carbonates. Ces précipitations forment comme une croûte de sel autour des pierres et des roches, en particulier au-delà de 5 mètres de profondeur. La visibilité dans le lac peut excéder 20 mètres, ce qui fait de cette dernière l’eau douce la plus transparente du monde.

Composition de l’eau du lac donnée par le Dr JEAN KUFFERATH, membre de l’exploration hydrobiologique Belge de 1946-1947
Composant Densité
Conductivité
Sels
Na2CO3 :
KCl :
KNO3 :
CaCo3 :
Al2(SO4)3 18(H2O) :
K2SO4 :
Na2SO4 :
Fe Cl6H2O :
Na3PO4 12H20 :
Na2SiO3 :
MgCO3 :

606-620 µS/m

125 mg/L
59 mg/L
0.5 mg/L
30mg/L
5 mg/L
4 mg/L
1 mg/L
0.5 mg/L
0.4 mg/L
3.5 mg/L
144 mg/L

 

Le niveau de l’eau du lac a varié de nombreuses fois par le passé. Un bouleversement considérable a transformé le lac en trois ou quatre bassins. Ces bassins profonds, qui sont nettement visibles par les sondeurs, jouent un rôle important dans la distribution de beaucoup d’espèces. Le bassin le plus profond est situé dans la moitié Sud, le second dans la partie Nord du lac. Entre ces deux bassins, un troisième, moins profond, a été localisé. Une baisse rapide des eaux à confiné les poissons dans ces bassins.

Une montée conséquente des eaux aurait créé un lien entre les deux plus profonds bassins, ce qui ne veut pas dire pour autant que les populations de ces deux ou trois bassins se soient immédiatement mélangés. En fonction de cette durée de basses eaux, donnant lieu à l’existence de deux ou trois lacs isolés, certaines espèces ont évolué en deux ou plusieurs nouvelles espèces. Ces nouvelles espèces ont pu développer de nouvelles habitudes alimentaires ou simplement des modifications de couleurs avec de légères transformations anatomiques. Les espèces de ce premier groupe ont eu plus l’opportunité de se répandre au sein de l’étendue ” nouvelle ” du lac que les espèces plus récentes. Ceci s’explique aisément car les espèces plus tardives se sont trouvé en compétition avec les espèces similaires des autres bassins. En plus de cela, la restriction de beaucoup de Cichlidés à un habitat rocheux n’a pas contribué à la dispersion des espèces. L’existence de ces deux ou trois lacs ou bassins se retrouve dans la distribution de beaucoup de Cichlidés liés à ce type l’habitat.

 

En 1992, Mr. Robert ALLGAYER dans la revue Française d’Aquariologie, nous fit un rapport intitulé ” LES EAUX BLEUES DU TANGANYIKA ” riche en enseignement qui complète agréablement l’introduction ici faite. Je me permettrai donc de vous en retranscrire de larges extraits.

Réalités et légendes.

Étrange nom que celui de ” Tanganyika “; si les Belges persistent à retirer le Y, c’est en raison d’une circulaire du 1er avril 1898 fixant l’orthographe des noms géographiques du Congo. “Ku Tanganya “, en Kishwahili, signifie ” sur le mélange/faire un mélange “; Tanganyika, adopté par les Anglais, respecte l’étymologie et désignerait l’endroit où s’effectue ce mélange.

En 1878, les riverains ont été très étonnés lorsque, brutalement, les eaux du lac se sont écoulées vers le Congo par la rivière Lukuga. Des légendes ont pris naissance, peut-être lorsque les eaux des deux principales fosses se sont réunies pour former l’ensemble du lac. Il faut rappeler qu’à la hauteur de Kalemie, le fond de la margelle de la fosse supérieure n’est qu’à 55 mètres de profondeur. Et la légende, qui pourrait être réalité, dit: ” qu’il était possible de traverser à pied d’une rive à l’autre “. En 1876, on pouvait rejoindre à gué l’île de Bangwe, face à Kigoma, fait recueilli par Stanley auprès du Gouverneur arabe de Ujiji.

Les variations du niveau du lac sont très fréquentes; actuellement, celui-ci tend à baisser: la piste longeant la rive, entre Uvira et Baraka, est à sec, alors qu’elle était sous 20 cm d’eau en 1983, soit un abaissement de près d’un mètre en 8 ans.

 

Géologie, hydrologie.

Le lac Tanganyika est le plus ancien des lacs situés sur le ” Graben ” (Rift Valley); ce dernier s’est formé au Miocène par le jeu de forces telluriques tangentielles, face à la résistance du socle continental rigide. Ce bâti solide ne s’est pas plissé par la poussée alpine, mais s’est fracturé, d’où cette formidable faille longue de 45° en latitude, des Danakils au Mozambique.

L’âge estimé du lac était de 8 millions d’années (Brichard 1974), mais des carottages des récentes recherches pétrolières, effectuées sur la partie Est de la presqu’île d’Ubvira, permettent de situer l’âge du lac entre 10 et 12 millions d’années.

Suivant les géologues (Robert, 1942), le lac se serait formé par une compression et non par un effondrement du proto-lac. L’érosion du fond de cette fosse s’est faite avant sa mise en eau, ce qui est démontré par des échos sondeurs qui relèvent que les vallées existent et ont été érodées à l’air libre, et qu’elles ne sont pas le prolongement des rivières actuelles (Ruzizi, Malagarazi). Il s’agissait certainement d’autres rivières existant à l’époque. Il est reconnu à présent que la rivière Ruzizi et la Malagarazi s’écoulaient vers le Nord et faisaient partie du réseau nilotique.

Depuis, la structure de cette fosse n’a pas subi de changement. Le fond est à 700 mètres sous le niveau de la mer, mais le lac n’était rempli que sur 550 mètres; son niveau actuel atteint 775 mètres au-dessus du niveau marin, soit une profondeur maximum de 1470 m environ dans la fosse Sud, appelée bassin de Zongwe.

Quand le lac s’est-il rempli ?

Si la formation géologique du lac est ancienne, l’hydraulique est plus récente. La période inter-pluviale, au milieu du Pléistocène, avait fait baisser le niveau de la plupart des lacs en Centre Afrique, au point de les conduire à l’assèchement complet, entraînant la quasi disparition de la faune primitive. Ces lacs ont ensuite été repeuplés par une faune nilotique. Seul le Tanganyika, grâce à sa profondeur, n’aurait pas totalement perdu sa faune ancienne.

C’est certainement la surrection récente, au Nord de la région des monts Virunga qui a isolé le lac Tanganyika du Nil. Les mouvements telluriques ont soulevé le terrain environnant, inversant le cours de la rivière Ruzizi et de la Malagarazi, repoussant la ligne de partage des eaux Nil-Congo vers l’Est. Deux rivières, non loin du lac, se disputent le titre de ” sources du Nil “, au Burundi.

Mégalithes à Wampembe.

À partir de cette période, une datation précise étant impossible, un bassin hydrographique drainant les eaux d’une surface de 250000 km2 a commencé à remplir le lac. A-t-il atteint sa côte et sa surface maximale lors de la débâcle ; en 1878 ?
Le niveau du lac n’a plus jamais regagné l’altitude de 784 mètres au dessus du niveau de la mère. Le niveau redescend rapidement pour se stabiliser à 775 mètres, en 1884. Brusquement, à partir de 1961, le niveau remonta de 773,5 m aux 778 mètres atteints début 1964, submergeant entre temps le port de Bujumbura (Burundi). Le lac se stabilise à 775 mètres en 1973. La variation saisonnière annuelle du niveau est de 50 cm en moyenne.

Les principaux apports d’eau du lac proviennent de la rivière Ruzizi (100 à 220 m3/S), de la rivière Malagarazi et des multiples torrents, à sec en saison sèche. L’exutoire, la Lukuga, a un débit variable de 100 à 200 m3/S, suivant le niveau du lac, et il serait difficile d’en évaluer davantage lors d’une année à faible évaporation, d’où les débordements accidentels du lac.

Bien que l’estimation de l’âge ait reculé à la suite de nouvelles investigations, les étapes de sa formation, proposées par Poll (1951), n’en sont pas affectées.

Au Miocène, le Lualaba coulait vers le Nil, ainsi que d’autres affluents originaires de la même région.

Quand débute le Pliocène, un affaiblissement de la cuvette du Congo aurait capté ces rivières (Lualaba, Malagarazi).

Au Pliocène moyen ou supérieur, la compression tectonique aurait formé un ou deux lacs (les deux fosses) qui ont capté le Lualaba, ainsi que les rivières proches. Le lac était alors en isolement total.

On suppose qu’il y a eut un écoulement bref vers le Nord au Pléistocène moyen, mais une communication avec le Nil ne peut être confirmée.

Au Pléistocène supérieur (moins d’un million d’années), c’est la surrection de la région des Virunga qui aurait interrompu l’écoulement vers le Nord, et créé le lac ” à fjords ” Kivu qui, par débordement il n’y a que 10.000 à 20.000 ans, commençait à remplir en partie le lac Tanganyika par la Ruzizi, jusqu’à son débordement au siècle dernier. Ce mouvement tectonique fut, pour une certaine part également, responsable de la formation du lac Victoria (-750.000 à – 500.000 ans).

 

L’eau du lac.

La composition ionique de l’eau a certainement subi des changements au cours du temps. Probablement du type ” salé ” lors de son isolement à un niveau inférieur à 550 mètres, elle a été diluée par les apports d’eaux plus douces. Elle renferme très peu de calcium (13 mg/l) et de silicium (0,3 mg/l). Parmi les cations, le magnésium domine avec 43 mg/l. Pour les anions, c’est le chlore avec 28 mg/l, et le bicarbonate avec 6,80 mg/l.

Le calcium ne représente que 3,6 % des sels dissous pour un total de 358 mg/l des cations. Cette charge calcique est encore appauvrie par la macrofaune de surface, par les mollusques (Gastropodes, Prosobranches, Bivalves) qui édifient leur coquille à l’aide de carbonate de calcium, et par les dépôts sur les rives rocheuses. L’eau à donc un très fort déséquilibre entre calcium et magnésium, et il n’est pas étonnant que, pour avoir de bons résultats dans la reproduction des espèces du lac, les éleveurs aient à modifier leur eau en la ” déséquilibrant ” par un apport de sels supplémentaires. Toujours est-il que, par la présence massive de sodium, magnésium, bicarbonates dans un total de sels dissous de 570 mg/l, cette eau est à la fois différente des eaux douces et de l’eau de mer.

À Kekese.

Le pH,

selon le lieu et la mesure, oscille entre 7,5 à une embouchure de fleuve et 9,0 au milieu du lac. Contrairement à la plupart des lacs où la thermocline (zone où se situe le changement de température souvent matérialisée par une sorte de brouillard) et l’oxycline (changement du taux d’oxygène dissous dans l’eau) sont en corrélation, la thermocline se situe entre 25 et 75 mètres, suivant la saison, à une température de 23,5°C, à la limite inférieure du métalimnion, alors que l’oxycline se situe entre 100 et 250 mètres, mettant la plus grande masse du lac en milieu anaérobie (dépourvu d’oxygène), très chargé en hydrogène sulfureux, domaine des bactéries réductrices. Des remontés massives d’eau chargée de ce gaz ont provoqué des catastrophes fauniques. Il semble que ces mouvements d’eau soient engendrés, en profondeur, par quelques poussées volcaniques.

Si Sardou a chanté les ” Eaux bleues du Tanganyika “,

celles-ci ne sont pas ou plus, hélas, aussi bleues que l’on pourrait le croire. Capart (1952) signalait une transparence de 22 mètres au large et une couleur bleue (échelle 2 de Forel). En 1991, les eaux me sont apparues plutôt vertes (3-4 de Forel) et la transparence limitée à 15-17 mètres dans le meilleur des cas à Bemba au Congo. Près des embouchures, la couleur de l’eau est verte (5 de Forel) et la transparence limitée à 2,5 mètres. En saison sèche, la transparence est encore plus réduite en raison d’une agitation intense en surface, due au vent plus fort à cette saison.

La faune du lac.

Toutes ces caractéristiques – volontairement résumées ici – exceptionnelles et complexes, qui appartiennent encore à ce lac ou qui ont contribué à sa formation, ne pouvaient qu’engranger une faune hors du commun. Il n’est donc pas surprenant que J.E.S. Moore (1903), en découvrant éponges, méduses, Prosobranches, crevettes, crabes et Cupléidés, ait cru avoir affaire à un lac ” relique “, d’origine marine. Nous savons aujourd’hui qu’il n’en n’est rien.

La valeur biologique de ce lac est exceptionnelle et concerne presque tous les groupes d’animaux aquatiques, les espèces endémiques étant à la fois les mieux adaptées, et les plus répandues dans les biotopes les plus divers.

Le mélange des espèces de poissons est assez étrange, plus particulièrement en ce qui concerne la famille des Cichlidés où les relations avec les espèces fluviatiles environnantes sont encore assez confuses. Nous y trouvons des espèces ayant des analogies avec celles du bassin Congolais, et d’autres ayant des affinités nilotiques. C’est le cas de certains lamprologiens endémiques qui ont des caractères en commun avec des espèces Congolaises et des Haplochromiens endémiques qui en présentent avec des espèces nilotiques. D’autres espèces endémiques hyper spécialisées enfin, comme celles de la tribu des Tropheini (Tropheus, Petrochromis, Simochromis), forment des lignées à part qui ont perdu leurs principaux caractères primitifs et en ont acquis de nouveaux, en rapport avec leurs spécialisations, et pour lesquelles le rattachement à une souche fluviatile est aujourd’hui difficile.

Tropheus duboisi “Kabogo” juvéniles.

      70 % des espèces de l’ensemble de la faune du lac sont endémiques. Ce phénomène extraordinaire de spéciation est expliqué par l’isolement des populations successives dues aux diverses variations du niveau du lac pendant des milliers d’années. Les espèces pélagiques ont subi une spéciation moindre que celles qui sont inféodées au littoral où les variations de niveau ont favorisé l’isolement des populations. Boulengerochromis microlepis en est un exemple. Ce Goliath, qui atteint une longueur de 80 cm. et patrouille à travers tout le lac, surtout au stade sub-adulte où il forme des bancs, n’a développé aucune sous-espèce ou forme locale. A l’inverse, parmi les Cichlidés pétricoles, presque chaque espèce a engendré une pléthore de sous-espèces ou de formes locales.

B. microlepis

B. microlepis – mâle en parade.

Le danger.

Malheureusement l’Homme, par sa démographie explosive et ses erreurs, perturbe le milieu physico-chimique du lac et exerce une pression énorme sur les espèces pélagiques, par des prélèvements irrationnels, pour satisfaire ses besoins nutritionnels.

Le facteur perturbant le plus visible est le déboisement tout autour du lac. Les populations riveraines épluchent littéralement le flanc des montagnes pour se ravitailler en bois de chauffe et confectionner du charbon de bois. La rive du lac étant pour une grande part, sur son pourtour, le prolongement du flanc de la montagne, en saison des pluies où même à la moindre averse, des torrents de boue déferlent dans le milieu aquatique. Les conséquences en sont le dépôt d’une couche de sédiments sur les fonds rocheux qui empêche le développement de la couche d’algues de substrat et étouffe les éponges endémiques, à partir d’une profondeur de 2 mètres, la partie la plus superficielle étant journellement balayée par un fort ressac l’après-midi. A moyen terme, sur quelques décennies, toute la chine trophique du milieu rocheux sera atteinte si des mesures immédiates ne sont pas prises.

Barque de pêche avec voile levée.

Pêcheurs à Mtosi

Barque de pêche Barque au large.

Pêcheur et Boulengerochromis

Pêcheurs et Boulengerochromis.

 

Séchage des clupéidés sur le sable

Séchage des clupéidés sur le sable.

 

 

Cichlidés Hemibates

Cichlidés Hemibates pêchés pour le marché.

 

Poissons au marché

Poissons au marché, séché et/ou fumés.

 

En outre, les surcharges minérales et sédimentaires favorisent la production de phyto et zooplanctons qui compromettent la transparence de l’eau, ce qui handicape à nouveau une production satisfaisante des algues de substrat. Elles sont impératives à la survie des pétricoles stricts tels les Tropheus et/ou Petrochromis, espèces pour lesquelles aucune nouvelle adaptation ne serait possible.

La pêche intensive est le second grand danger.

Cette activité est principalement pratiquée par les pêcheurs Burundais et Congolais. Ils ratissent la zone pélagique entre la surface et 120 mètres de profondeur. Les proies (Clupeidae) et leurs prédateurs (Lates, Cichlidés pélagiques) sont capturés avec des filets aux mailles de plus en plus fines. Au fil des années, les pêcheurs ont augmenté la fréquence des sorties, afin de compenser la diminution des prises. À certaines périodes, les Clupéidés de moins de 2 cm de longueur ne sont pas négligés.

La masse réduite de planctophages que constituent à présent les Clupéidés sur-pêchés, n’est plus en mesure de résorber l’explosion du phyto et zooplancton produit par l’apport supplémentaire de matières minérales.

L’agriculture, quant à elle, largue dans le lac sa chaîne néfaste de produits résiduels (pesticides, insecticides, engrais…) qui s’accumulent dans toute la chaîne alimentaire du lac. La rivière Ruzizi draine les eaux de sa plaine alluviale (60 km de long), partagée entre le Rwanda et le Burundi, ou la production agricole est élevée. Ce fleuve constitue également l’égout principal de Boukavu, une ville de 150.000 habitants, située sur le lac Kivu, à la frontière entre le Congo et le Rwanda. Quant à Bujumbura, la capitale du Burundi, elle élimine directement ses déchets dans le lac, à quelques kilomètres de l’embouchure de la Ruzizi. Il va sans dire que la partie Nord du lac est certainement la plus polluée par des matières organiques et agricoles.

Transport de bois

Transport de bois pour le feu.

L’utilisation massive du bois comme
combustible entraîne de graves problèmes de
déforestation sur les rives du lac.

      Comme partout dans ce monde, la faune du lac est en danger. Les aquariophiles sont certainement l’une des dernières communautés à accuser d’être une menace pour cette faune exceptionnelle qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Le prélèvement des poissons dans le lac dû à ce passe-temps est infime par rapport à la masse potentielle, mais une attention particulière devra toutefois être apportée à quelques populations précises, au nombre d’individu limité (ex: Tropheus de Kiriza ou de Bemba). Mais l’aquariophilie représenterait aussi un espoir, au cas de catastrophe dans le lac, car les aquariophiles du monde entier, rien que dans la famille des Cichlidés, maintiennent et reproduisent près des trois quarts des espèces endémiques.

 

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