La splendide caudale « en lyre » des Neolamprologus

La splendide caudale « en lyre » des Neolamprologus

neolamp brichardi helembe

Le complexe pulcher/brichardi, du lac Tanganyika.

N. brichardi avec sa queue en forme de lyre

Neolamprologus brichardi « Kashekesi » (Congo).

lyreLa lyre (grec ancien : λύρα) est l’un des instruments à cordes pincées dont les cordes sont parallèles à la table d’harmonie et dont la caisse de résonance ne se prolonge pas par un manche ; une structure similaire à celle de la harpe accueille la fixation des cordes. C’est sa position (parallèle à la caisse de résonance) qui la différencie de la harpe.

 

Je vous invites à découvrir le complexe d’espèce à queue en lyre, du lac Tanganyika.

Les Neolamprologus à « queue en lyre ».

Sommaire.
Science……………………………………..
La tribu des lamprologiens………….
Le genre Neolamprologus…………..
Eau…………………………………………..
Maintenance……………………………..

Espèces traitées:

Neolamprologus brichardi (Poll, 1974)
Neolamprologus chitamwebwai Piet Verburg & Roger Bills 2007
Neolamprologus crassus (Brichard, 1989)
Neolamprologus falcicula (Brichard 1989)
Neolamprologus gracilis (Brichard 1989)
Neolamprologus helianthus Büscher 1997
Neolamprologus marunguensis Büscher 1989
Neolamprologus olivaceous (Brichard 1989)
Neolamprologus pulcher (Trewavas & Poll 1952)
Neolamprologus savoryi (Poll 1949)
Neolamprologus walteri Verburg & Bills, 2007


Hors complexe « brichardi »

*Neolamprologus buescheri (Staeck 1983)

*Neolamprologus christyi (Trewavas & Poll, 1952)

* Neolamprologus furcifer (Boulenger, 1898)


Bibliographie/références………………………

Science

Nous devons une très grande partie des connaissance à un scientifique Belge, Max Poll (1908–1991). Il fut à l’origine d’une expédition hydrobiologique sur le lac Tanganyika durant les années 1946/47, à bord d’un chalutier reconvertie en station scientifique, le « Baron Dhanis ».
Plusieurs dizaines de milliers de spécimens furent capturés, et conservés dans l’alcool. Par la suite le travail de détermination permit de décrire 22 genres et 98 espèces, enrichissant ainsi la famille des cichlidés (et quelques autres familles).

Accompagné de scientifique de diverses branches (Entomologistes, géologues, botanistes, herpétologistes, malacologues, chimistes, et autres spécialiste des zones maritimes).
Quatre volumes et neufs fascicules furent édités par le Musée Royal d’Afrique Centrale de Tervuren (Belgique), nous laissant une somme énorme de connaissances écrites en français, et qui encore de nos jours peut très bien servir de référence. Aucun travail d’une telle ampleur, n’a été effectué sur les autres grands lacs d’Afrique à l’heure actuelle.

Un autre scientifique a contribué dans une moindre mesure, à la description d’espèce, il s’agit de G. A. Boulenger d’origine Belge, il fut naturalisé Britannique (1858– 1937). Plus récemment, Pierre Brichard (Exportateur d’origine Belge) a également participé à la découverte et à la description de nombreuses espèces de cichlidés (en particulier des Tropheus, Neolamprologus, Petrochromis etc.).

Encore plus récemment l’université de Bâle a mis en place une équipe de scientifiques (ichtyologistes) dirigée par Walter Salzburger. Ils ont entreprit des travaux tous azimuts sur les cichlidés du lac, descriptions, recherches par l’ADN, découvertes de nouvelles espèces…

Le suisse Heinz Büscher nous a livrés quelques espèces nouvelles, ainsi que des potentielles nouvelles espèces, provenant surtout du sud du lac en Zambie et sud Congo (en particulier des Neolamprologus et Julidochromis etc.).

La tribu des Lamrologiens

Cette tribu est la plus diversifiée du lac, et regroupe les genres Altolamprologus, Chalinochromis, Julidochromis, Lepidiolamprologus, Neolamprologus (près de 70 espèces), et Variabilichromis. La tribu regroupe donc près de 90 espèces décrites et environ une trentaine d’espèces potentielles non décrites.

D’après les recherches ADN faites sur le groupe, le premier lamprologien serait apparu il y a environ 8.5 Mio d’années.

Ces poissons sont généralement inféodés* aux rochers (*qui reste dans son biotope de prédilection). Quelques espèces se sont spécialisées dans les coquilles vides, et y élisent domicile, ces poissons sont dit « conchylicoles » (prononcer konkilikole), ou dans le biotope intermédiaire (sablo-rocheux).

Certains ne mangent que des éponges, certains uniquement des escargots, soit en broyant leur coquille, soit en extrayant le corps. D’autres sont prédateurs piscivores, la plupart sont macroplanctophage, se nourrissants de copépodes et autres crevettes dans la colonne d’eau, tous sont opportunistes et peuvent profiter d’un repas sortant de leur régime spécialisé.

neolamprologu brichardi nkondwe

Colonie de N. brichardi à Nkondwe island.

Ces espèces peuvent avoir, aussi bien, des livrées cryptiques (mimétisme avec le milieu, ici rocheux), et parfois plus lumineuses, tel que Neolamprologus brichardi, caudopunctatus, helianthus, sans oublier leleupi, longior ou sexfasciatus… Ou plus contrastées, tel Lepidiolamrologus kendalli, ou elongatus surtout en livrée de frai…

Le genre Neolamprologus (et « Lamprologus »)

neolamp tetracanthus a

Neolamprologus tetracanthus.

Précédemment classés dans le genre Lamprologus (Schilthuis, 1891) ces poissons méritaient qu’un genre leur soit attribué.

Le genre a été décrit en 1985 par Colombé & Allgayer. Certaines variations ostéologiques amenaient naturellement à l’éclatement du genre, l’espèce type étant Neolamprologus tetracanthus.

Notons par ailleurs que les espèces pulcher et brichardi ont été mises en synonymie après des études génétiques, mais pour faciliter la compréhension, nous conservons les deux taxa, en indiquant les différences phénotypiques* des deux espèces (*ensemble des caractères observables d’un individu).

Le genre Neolamprologus comporte actuellement 58 espèces décrites (et entre 10 et 20 espèces potentielles non décrites), nous y intégrons certains « Lamprologus », ce genre étant exclusivement fluviatile, il ne devrait plus être utilisé pour le milieu lacustre, mais des travaux de révision des genres n’ont, à ce jour, pas aboutis.

Historique

C’est en 1971 qu’est parvenu le premier poisson directement du lac pour l’aquariophilie. Pierre Brichard (1921-1990) installé à Usumbura (actuelle Bujumbura) capitale du Burundi, avait mis en place une station d’exportation; « Fishes of Burundi », qui n’est plus active à ce jour elle était tenue par sa fille Mireille Schreyen.

fond neolamp brichardi

Neolamprologus brichardi.

C’est donc l’incontournable «princesse du Burundi», alors baptisée Lamprologus savoryi elongatus, et qui fut décrit plus tard (en hommage à son découvreur) en Lamprologus qui devint Neolamprologus brichardi, et qui fut acclimaté dans les aquariums de quelques privilégiés.
La finesse des lignes, la délicatesse des tons, cachait en fait, un petit monstre territorial et colonisateur, au tempérament bien trempé, qui ne permettait pas la maintenance avec n’importes quels autres colocataires.

Nous savons que c’est un membre de la grande famille des cichlidés, que cette famille n’est pas forcément très sage, et qu’il faut bien penser l’aquarium dans lequel ont désire les élever.
Le genre Neolamprologus comporte actuellement 58 espèces décrites (et env. une dizaine d’espèces, non décrites, potentielles), nous y intégrons certains « Lamprologus », ce genre étant exclusivement fluviatile, il ne devrait plus être utilisé pour le milieu lacustre, mais des travaux de révision des genres n’ont, à ce jour, pas aboutis.

La quasi totalité des espèces est pétricole (qui vit dans le milieu rocheux), citons Neolamprologus tetracanthus, Neolamprologus bifasciatus et N. ventralis qui ont une prédilection pour le milieu intermédiaire (sablonneux/rocheux) profond (à partir de 30 m.), et peu profond pour tetracanthus.

Ici il convient de faire mise au point afin de scinder le « complexe queue en lyre» en deux groupes. Une partie des espèces est très prolifiques, et coloniales. Elles sont rencontrées par centaines, voir par milliers sur de grandes surfaces, dans un biotope adapté à leurs besoins (nourriture, abris pour les œufs et alevins en particulier). Ces espèces peuvent pondent entre 100 et 250 œufs.
Puis il y a les espèce qui ne pondent qu’un poignée d’œufs ; généralement moins de 10 à la fois (parfois un peu plus), leur comportement est donc assez différent et nous les observerons par la suite.

Toutes ces espèces sont endémiques du lac Tanganyika.

L’eau

mpimbwe yellow a.1

Eau translucide à Mpimbwe.

L’eau du lac Tanganyika, est très particulière, de par sa teneur en sels dissous qui est très élevée, qui le fait considérée comme une mer. C’est une des plus magnésique du monde avec ses 144 mg/l, mais contient peu de sodium.
Selon les endroits son pH varie de 7,6 dans les baies herbeuses et reculées, à 9,5 en pleine eau, la moyenne se situant aux alentours de 8,8 avec une conductivité moyenne de 650µS, et elle est exempte de nitrates (NO3).

Ces paramètres doivent être pris en compte pour la maintenance, surtout dans les régions où l’eau de conduite est douce. En dessous de 7,5 de pH, il vaut mieux s’orienter vers les fluviatiles d’Afrique de l’ouest, ou les cichlidés d’Amérique du Sud.
Un autre paramètre très important est le taux d’oxygène dissout. L’évolution a rendue les poissons du lac très sensibles au manque d’oxygène. Il faut donc être très vigilant en été! Plus l’eau se réchauffe plus la concentration en oxygène diminue. A partir de 28°C les espèces vivants dans la partie haute, sur les bords du lac (zone de ressac), commencent à être incommodées, à 29/30°C certaines commencent à mourir, passé ce stade, pratiquement toute les espèces succombent par asphyxie…

Il faut donc prévoir une ventilation, et un brassage de la surface afin de dégazer l’eau de son CO2 au maximum, et maintenir le taux d’oxygène à saturation, mais également tout faire pour conserver la pièce à une température acceptable jour et nuit.
La sensibilité aux nitrates n’est pas à négliger, et les changements d’eau doivent être programmés et faits de façon draconienne.
Dans certaines régions l’eau de conduite en est fortement chargée, ainsi que diverses molécules chimiques. Une possibilité est offerte de reconstituer (en partie), les paramètres adéquats pour nos cichlidés.

kipili baie

Baie de Kipili au lever du soleil.

Le commerce aquariophile nous propose des sels « reconstituants » (vendus par: JBL, Seachem, Instant Cichlid pour citer les principales marques), et à partir d’eau osmosée, il est tout à fait possible d’obtenir un très bon résultat, l’absence de nitrates est en effet salvateur pour la plupart des cichlidés du lac… Le but est d’approcher un pH de 8.5 à 9, et NO3=0.
Si votre eau est en dessous d’un pH 7.5, vous pouvez ajouter du Bicarbonate de sodium, qui permet d’atteindre (au maximum) un pH de 8.2, il est par exemple possible de lui adjoindre du sel (type Guérande) à concurrence de 1 gr/l afin d’apporter quelques minéraux supplémentaires.
N’oublions pas le brassage qui permet de dégazer le CO2 et ainsi de voir le Ph augmenter de quelques dixièmes, bien brassée une eau sortant de conduite à pH 7.5 peut ainsi passer à 8 assez rapidement.
Il faut penser aussi au volume et au pouvoir tampon*(*caractère physico-chimique de l’eau qui prévient les variation de valeur du pH, grâce aux ions carbonates dissous), car l’ajout de sels dans un petit volume d’eau osmosée, rend peu stable les paramètres, qui peuvent très rapidement fluctuer, voir se transformer en acidose, avec pour résultat la mort des poissons. Il ne faut donc pas jouer aux apprentis chimistes, et rester conscient que cela n’est pas une panacée, et que rien ne remplace l’eau avec toutes ses caractéristiques naturelles, même imparfaites.

Maintenance (généralités)

Tous ces cichlidés sont pétricoles* (*vivent dans le milieu pierreux), il faut donc prévoir l’aménagement de l’aquarium en fonction de certains critères.

Pour commencer, très peu de plantes sont rencontrées dans le milieu naturel, le principal élément ne doit donc pas être végétal. Citons tout de même des plantes intéressantes pour ajouter une touche de verdure, Vallisneria spiralis, ou gigantea, Cryptocoryne apenogetifolia (usteriana), Ceratophyllum demersum, et Anubia spp. pour citer les plus courantes et résistantes.

aquarium mondabu

Aquarium pour Neolamprologus mondabu.

Pour ce qui est de l’aménagement rocheux, plusieurs types d’amas sont possibles, en gardant à l’esprit que ce qui compte avant tout, c’est que les poissons puissent avoir quelques endroits totalement obscurs telle que des cavernes où ils peuvent voir sans être vus. Ces « grottes » peuvent être obtenues, en utilisant des tuyaux de pvc (alimentaire), des pots de fleurs en terre cuite, des briques creuses etc. le tout savamment dissimulé parmi les blocs de roches.

Il est aussi possible d’aménager différemment, à l’expérience, certains maintiennent leurs « Lampros » en installant des lames de roches. Schistes, dalles de comblanchien, ou Travertin ces dernières étant issues de roches calcaires, c’est un bon apport tampon* (*qui permet de stabiliser le pH de l’eau).

Commençons par le choix de maintenance le plus simple, par couple, et les petits qui certainement en découleront… Un aquarium de 200 litres sera une base pour tendre vers des comportements plus naturels, en dessous, les pensionnaires n’ont pas vraiment d’espace de nage. Ils n’ont pas non plus grand chose à faire qu’attendre la distribution de nourriture…
Dans un aquarium de 300 litres, c’est encore mieux, prévoir deux amas de pierres est le plus approprié, comme cela chacun peut avoir son « petit coin » tranquille, le mâle étant invité par la femelle lorsqu’il est temps de féconder les œufs, et cela ne tarde pas lorsque le couple est formé.

Neolamprologus brichardi  (Poll, 1974):

Il s’agit donc du plus ancien cichlidé exporté du lac Tanganyika.

Un signe distinctif de l’espèce est ses marques noires sur les joues (en forme de T) parfois relevées d’une touche de jaune, des vermiculures bleues opalines, sur fond jaune d’or également sur les joues, plus ou moins marquées. Une livrée de couleur crème légèrement teintée de rose orangé. Des liserés blancs sur les nageoires impaires, une nageoire caudale se terminant en fin filaments blancs, certaines variétés (au moins une cinquantaine de répertoriées) sont constellées de point jaunes à orange sur chaque écaille.

neolamprrologus brichardi

Neolamprologus brichardi au club de Vernon.

En milieu naturel, le biotope de prédilection est rocheux, avec une préférence pour les calibres inférieurs ou équivalents à 50/60 cm de diamètre. Comme on peut s’en apercevoir, des lieux tels que Nkondwe island, Lupita island ou Fulwe rocks, Mamalesa sont parfaits, et abritent d’importantes colonies composées de tous les âges mélangés.

A certaines heures, toute la population d’un lieu prend de « l’altitude » dans la colonne d’eau, c’est l’heure du repas. Il est possible que certains cycles planctoniques fasse passer à heures régulières, des masses plus ou moins compactes de zooplancton (copépodes très visibles). On ne nage pas dans une « soupe », mais la densité est impressionnante. Ainsi, ils peuvent monter jusqu’à 2/3/4 mètres, toujours prêts à rejoindre l’abri des roches si un prédateur vient à passer. Signalons enfin la fréquence importante des attaques de mangeurs d’écailles dans ces attroupements qui, il faut le signaler, ne sont pas des bancs.

La vie en aquarium peut devenir problématique, si un minimum de paramètres ne sont pas respectés.

Nous savons que N. brichardi est un colonial, dans ce cas deux solutions s’offre à l’aquariophile, en aquarium d’ensemble avec quelques espèces plus imposantes.

Et une consiste à aménager un aquarium d’au moins 120 litres (avec 2/300 l. c’est idéal), pour un couple, en spécifique. Il sera aménagé avec 1 voir 2 amas de roches de calibres moyens. Les amas doivent être bien stabilisés, pour parer aux travaux d’excavation qui, immanquablement sont entrepris par le couple (cette règle est générale pour les cichlidés pétricoles).

Une bonne épaisseur de sable est aussi un atout, pour une bonne maintenance, de par sa granulométrie hétérogène ; des micro-particules à 3 ou 4 mm de dia., le sable de Loire est le plus adapté (après un bon rinçage à l’eau courante). Il a également pour lui de ressembler au sable rencontré dans une grande partie des biotopes, en milieu naturel.

La femelle prépare une excavation sous un amas, pond ses œufs sous la voûte, à l’abri des regards, rapidement fécondés par le mâle. Petit à petit la colonie s’agrandit, et il faut soustraire les plus grands si on veut voir apparaître d’autres générations. Le couple auto-régulant la descendance en fonction de l’espace vital de chacun. Dans un aquarium surpeuplé, les accouplement diminuent et s’arrêtent, pour reprendre dès que la densité redevient raisonnable.

Neolamprologus chitamwebwai  Piet Verburg & Roger Bills 2007:

neolamp chitamwebwai

Neolamprologus chitamwebbwai en aquarium.

Cette espèce assez rare, et difficile à se procurer. Vit dans une zone qui démarre au sud de l’estuaire de la Malagarazi (principal affluent du lac Tanganyika), au sud de Kigoma. Sont aire de répartition semble descendre jusque Bulu point. Cette espèce est dépourvue de marques sur les joues et la tête, quelques autres qui seront traitées ici ne possèdent aucun dessin distinctif sur la tête. Les nageoires impaires sont dessinées de stries obliques plus ou moins contrastées. La queue est légèrement fourchue, et le lobe inférieur est plus foncé, liseré d’un fin trait blanc, comme les nageoires ventrales. La nageoire anale est pigmentée de noir. Les yeux sont bleus, souligné d’un trait bleu-violacé irisé.
C’est un pétricole exclusif, qui vit par petits groupes, non pas en colonie. Il ne pond pas plus d’une dizaine d’œufs à la fois, entrant ainsi dans le groupe des espèces peu prolifiques.

Ces espèces vivent dans des biotopes un peu différents des coloniaux, généralement les blocs de roches sont plus volumineux et laisse moins de caches potentielles adaptées au frai. Au milieu de ces amas de mégalithes, il y a toujours quelques tas de pierres de tailles inférieures qui, elles, permettent l’excavation et l’aménagement pour la ponte. En retirant le sable des anfractuosités, les couples trouvent de quoi abriter leur descendance. Ils ne s’éloignent donc pas trop de ces biotopes adaptés. Ces lieux permettent une surveillance plus efficace des œufs, larves, alevins. Plus la garde est longue, plus les jeunes sont disposés à survivre lorsqu’ils doivent quitter le « cocon » familial, certains restent et aident à la garde de leurs petits frères et sœurs des pontes suivantes.

neolamprologus crassus

Neolamprologus crassus (université de Bâle).

Neolamprologus crassus (Brichard, 1989) :

Ce Neolamprologus n’est pas présent dans les magasins spécialisés, sa présence dans le milieu aquariophile est anecdotique. Étudié à l’université de Bâle, il a été capturé et envoyé par Heinz Büscher, un éminent spécialiste Suisse, des cichlidés. Originaire du secteur de Katete dans la partie nord ouest des eaux zambiennes.
Pendant de longues années, il a été confondu avec N. marunguensis, celui-ci a une livrée plus unie, et les extrémités de ses nageoires impaires sont d’un blanc plus soutenu que N. crassus, chez qui on peu remarquer une livrée avec les écailles liserées de pigments foncés, donnant l’impression d’un filet.
Le peu d’expériences de maintenances en aquarium attestent d’une espèce peu prolifique qui surveille bien ses jeunes et les parents supportent durant de longs mois leur présence.

neolamprologus falcicula

Neolamprologus sp. falcicula « cygnus », juvéniles et sub-adulte.

Neolamprologus falcicula (Brichard, 1989) :

Nous voici en présence d’une espèce des plus cryptique, sa teinte couleur de terre, peut virer au brun jaunâtre.
ici nous pouvons parler des trois espèces, que certains considère comme une seule, il s’agit donc de N. falcicula, N. chitamwebwai, et N. walteri. Ce dernier se trouve dans un secteur fort restreint dans la région de Kigoma, au nord nous trouvons donc N. falcicula, et au sud N. chitamwebwai. Dans les régions de Mpimbwe et Kipili au moins, c’est N. falcicula « cygnus » qui est rencontré, ce nom lui vient des couleur qu’arborent les jeunes, généralement marbrés de jaune et de bleu. Il vit lui aussi dans les zones rocheuses, vit en petit groupe familiaux. Une faille entre deux blocs peut suffire à héberger une cinquantaine d’individus de différents âges.

Neolamprologus gracilis

neolamprologus gracilis

Neolamprologus gracilis (couple et alevins).

C’est l’espèce qui a la « lyre » la plus marquée, les filaments de la caudale pouvant atteindre les deux tiers de la longueur du corps, avec leur corps fuselé, ils portent bien leur nom de « gracilis » = du latin gracilis, « maigre, mince, grêle ». Élancé, menu, délicat ; qui donne une impression de grâce, de légèreté, et parfois de fragilité. Une silhouette gracile… »

Les maintenir en couple est le gage d’avoir un spectacle dont on ne se lassera pas… Ce sera encore mieux à partir du moment où les premiers alevins apparaitront, puis au bout de quelques temps, la « colonies » agrandie, et différentes générations peupleront ce petit univers peupleront vos rêves…

C’est, esthétiquement (et subjectivement), l’espèce à caudale en lyre qui a ma préférence.

Neolamprologus helianthus

Espèce de taille moyenne à petite: mâle 8 à 9 cm, femelle 7 à 8 cm; liseré blanc sur les nageoires ventrale, pelviennes, et caudale, tendance jaune-orangé pour toutes, queue et pelviennes à prolongement filamenteux blancs. Livrée à dominante jaune-orangé, légères ponctuations bleutées en bandes sur les flancs, alternées avec des ponctuations jaune-orangé. Dessin noir en V sur l’operculaire, tache jaune sur le dessus de l’opercule.

Tout comme N. pulcher « daffodil » (qui est la Jonquille en Anglais), l’étymologie du nom de cette espèce vient de sa livrée à tendance jaune comme une fleur d’hélianthe.

neolamprologus helianthus

Neolamprologus helianthus – mmâle adulte.

Un couple dans 120 litres d’eau, deux empierrements ; un de grosses pierres, investis par le mâle d’un côté. Un petit pot de fleurs couché recouvert d’un éboulis de petits galets de l’autre côté, puis rajout d’éclats de pouzzolane d’environ 1 à 4 cm de Ø.

Cette configuration permet d’éviter certaines crises entre les deux sexes car l’espèce est connue pour son tempérament hors norme (pour un si petit poisson). Le volume de l’aquarium étant aussi un facteur qui permet de tempérer leurs ardeurs.

Également il apparaît clairement que le comportement de N. helianthus tend vers le solitaire, à priori comme son proche parent le N. splendens. Donc des interactions peu marquées dans le couple. Visiblement seule la femelle rend des visites de «courtoisie» au mâle, et s’en revient rapidement vers son « antre ».

Ils sont d’un naturel farouche et l’observateur doit s’armer de patience pour les voir sortir le bout du museau.

C’est donc un vrai pétricole dont la livrée ira en se fonçant en fonction des tons des pierres, tout comme des N. leleupi jaunes qui peuvent virer au brun foncé maintenus dans un bac avec des pierres de lave (les leleupi tirant sur le orange sont généralement des poissons du commerce nourrit au « Prima Discus » et ne sont en rien naturels). En ajoutant encore des pierres, l’attitude craintive s’atténue, du moins chez le mâle. La femelle se précipitant au moindre risque de danger !

Avec suffisamment d’espace, ils vivent donc bien et tranquilles, comme tous les poissons que nous pouvons avoir, et dans ces bonnes conditions même les plus territoriaux s’avère être des «anges».

Lithophiles* (*vivant dans les rochers) purs, il ne faut pas hésiter à leur donner de la pierre, créer un dédale de roches plus ou moins grosses, ainsi le choix du territoire sera plus simple. La multiplicité des anfractuosités est toujours un plus pour ces espèces vivant au cœur des monolithes.

Le meilleur signe avant-coureur de ponte, est le travail de sape de la femelle, qui évacue du sable de sa « loge », et cela commence environ trois jours avant la dépose des œufs. Les œufs sont donc verts comme ceux de N. savoryi et au nombre de 5 à 15 environ pour cette femelle.

Compter 5 à 6 jours après pour voir apparaître de minuscules fretin.

Virgules blanchâtres farouches et tapies sur les pierres au moindre signe de leur mère. Ils sont très craintifs, surtout ceux de la première ponte visiblement, pour les suivants cela est beaucoup moins marqué (observation en aquarium et absence de « groupe colonial » ).

Comme chez d’autres Lamprologiens, les plus grands montent la garde.

Pour avoir ce comportement en aquarium, il apparaît évident que la multiplicité des caches est un plus, à l’image des coquilles pour les multifasciatus (plus il y en a, et plus la population est extensive), ainsi tous les jeunes trouvent leur place dans le labyrinthe de pierres et peuvent grandir tranquillement.

L’aménagement d’un « biotope » dans l’aquarium doit certainement y être pour beaucoup. Il ne faut certainement pas hésiter à accumuler les petites pierres pour que chaque jeune trouve sa place au cœur de l’éboulis, ainsi les plus gros s’éloignent au fur et à mesure de leur croissance, cédant la place à leurs cadets.

La création d’empierrements de petit calibre s’avère donc très importante lors de l’approche d’une ponte. Les jeunes de la dernière ponte qui jusque là étaient acceptés par la femelle sont « renvoyés » du nid. C’est certainement cette période qui est critique, si rien ne peut leur servir d’abri, de refuge, ils risquent fort de se retrouver en eau libre et là servir de pâture à leur « grands frères » !

Aucune territorialité/agressivité des adultes ne s’exprime vis-à-vis des juvéniles, et ceux-ci peuvent tranquillement investir tout le volume, étant rapidement territoriaux. Soyez vigilant, il faut faire les séparations d’usage pour éviter les disparitions des plus petits.

Il est donc possible d’avoir des comportements très différents en fonction des paramètres offerts à nos pensionnaires, et il est préférable de faire son expérience en pesant à l’avance toutes les connaissances acquises, pour servir ses hôtes du mieux possible.

Une allure souple et tranquille, une livrée rare, un tempérament « guerrier », et une fécondité non envahissante sont les points à retenir concernant cette espèce.

Neolamprologus maruguensis

neolamprologus marunguensis

Neolamprologus marunguensis au club de Vernon.

Ce poisson au corps allongé présente une coloration variant entre le beige et le brun, comme la plupart des espèces décrites ici, le bout de ses nageoires impaires (dorsale, caudale, anale) sont prologées par de courts filaments blancs. Il évolue principalement dans les zones rocheuses du lac, entre 5 et 40 mètres de profondeur dans la région des monts Marungu au Congo.

Territorial et parfois agressif, N. marunguensis défend son espace contre les intrus. Il adopte une reproduction biparentale : les œufs sont pondus et protégés dans des crevasses rocheuses (pondeur sur substrat caché), et les deux parents assurent la garde des alevins.

Carnivore, il se nourrit principalement de petits invertébrés, crustacés et larves d’insectes qu’il trouve dans les anfractuosités des roches.

Maintenir ce cichlidé en captivité nécessite un bac bien structuré avec des roches et cachettes, une eau alcaline (pH 8-9) et une température de 24 à 27°C. Son comportement territorial impose une cohabitation réfléchie avec d’autres espèces du Tanganyika.

Ce poisson, bien que moins répandu que d’autres cichlidés du lac, attire les aquariophiles passionnés par son comportement fascinant et son mode de vie adapté aux milieux rocheux.

neolamprologus olivaceous

Neolamprologus olivaceous -adulte chez Heinz Büscher.

Neolamprologus olivaceous

Ce Neolamprologus est vraiment très proche parent de N. pulcher, les dessins sur les joue en sont la démonstration. Ce qui a permis sa détermination, c’est la différence dans le nombre de branchiospines* des arcs branchiaux (*Excroissance cartilagineuse de l’arc branchial. Servant de protection des branchies (déchets grossiers), et de « filtre » à particules nutritives.)

Sa livrée délicate, rehaussée de jaune encerclant les yeux, et de « caramel » en fait un petit joyaux des enrochements.

Neolamprologus savoryi

Cette espèce de Neolamprologus reste assez petite, et mesure au maximum 7 à 8 cm en milieu naturel, cette taille est un peu plus importante en captivité. Pour l’anecdote, je peux dire que j’ai une affection toute particulière pour cette espèce, c’est en effet la première que j’ai maintenue qui me venait directement du lac, c’était en 1981 !

Il ne s’agit pas d’une espèce très colorée comme les Tropheus, mais ce camaïeu de gris est très utile pour le mimétisme en milieu rocheux, il est à noter qu’on le trouve également en milieux sablonneux et vaseux, Max Poll en a récolté dans des biotopes très différents les uns des autres.

neolamprologus savoryi

Neolamprologus savoryi – mâle adulte.

Six barres traversent le corps, de haut en bas, la première se trouve juste derrière l’opercule et la dernière à la base de la nageoire caudale, celle-ci étant malgré tout affublée d’une « lyre » peu marquée, mais bien présente.. Ces barres disparaissent ou ressortent plus ou moins selon les intentions du poisson: lors des parades nuptiales, s’il est dominant, ou s’il est stressé voire dominé, lorsqu’il est plus jeune.

La morphologie générale rappelle le A. compressiceps (bouche largement fendue), la courbe du dos étant moins prononcée et la nageoire dorsale moins développée chez N. savoryi. Dans le genre N. brichardi est le plus proche parent.

Une certaine disproportion est notable, la tête est grosse par rapport au corps, ce qui lui donne une physionomie peu sympathique, accommodée d’une territorialité farouche, le mâle est tout de même moins agressif que la femelle (comportement interspécifique). Le comportement intraspécifique est meilleur, les poissons respectant leurs territoires mutuels.

Les parades sont très impressionnantes, lorsqu’un Julidochromis s’approche du territoire (qui aussi le lieu de ponte) de la femelle, celle-ci se dirige vers l’intrus les membranes sous operculaires largement déployées, ce qui, pour un poisson aussi émotif est terrifiant et suffit à le faire fuir; elle le fait aussi avec tous les autres poissons , ces parades sont aussi virulentes avec les poissons…

De toute façon cette agressivité est tout de même contenue, et elle ne va pas jusqu’à déchiqueter les nageoires des autres.

Notons quelques différences sexuelles; le mâle est plus grand d’environ un centimètre, sa nageoire dorsale est plus pointue, et sa robe est plus foncée.

Il faut leur aménager, l’échelle étant moins importante que dans le lac avec des pierres calcaires (meulières de Beauce érodées, récoltées dans un ruisseau des environs par exemple) dans la partie arrière du bac, l’avant étant nu, le sol se compose sable de Loire.

Ils aiment beaucoup, les paillettes, le krill, les crevettes et les moules cuites.

Dans la nature son régime est omnivore comme en témoigne la longueur de son intestin : 54 mm pour un individu de 78 mm, soit 70 % de la longueur totale. Des examens des contenus stomacaux révèlent des copépodes, des diptères et des débris végétaux.

Ce poisson est assez taciturne, ses pontes ont en général lieu dans des endroits plutôt sombres et donc peu accessibles aux regards de l’observateur attentif. Les œufs sont vert tendre et les éclosions arrivent rapidement, les alevins restent collés au rocher, et ils sont sans arrêt en train de frétiller.

Après l’éclosion, ils mesurent environ 3 mm.

Cette espèce n’est pas très prolifique, ce qui ne facilite pas sa vulgarisation dans les bacs des cichlidophiles, rarement plus de 10 jeunes par ponte.

neolamp walteri kigoma st a

Neolamprologus walteri à Kigoma (auteur Stéphane Le gall.

Neolamprologus walteri

Cette N. walteri a une aire de répartition très restreinte, qui se situe autour de Kigoma sur la partie de côte précédent celle de N. chitamwebwai, avec lequel il a des affinités.


Sortons un peu du complexe brichardi si vous le voulez bien.

*Neolamprologus buescheri

Cette espèce se démarque par la variabilité de sa livrée selon les localités où ils vivent. Ont les retrouvent de Tembwe II au Congo à Kala en Tanzanie.

neolamprologus buscheri kachesemini

N. buescheri (Kashese).

*Neolamprologus furcifer

neolamprologus furcifer b.2

Neolamprologus furcifer – jeune mâle adulte.

Cette espèce sort un peu du cadre du « complexe brichardi », mais on ne peut pas passer outre la forme de sa caudale, qui lui donne son nom. Un trait comportemental qui le rend attrayant, c’est sa capacité à nager à l’envers sous les surplombs rocheux, glissant rapidement dans l’ombre, une grande partie de sa nourritures état composée d’alevins d’autres espèce qu’il cueille par surprise.
C’est aussi un pondeur sur substrat caché, et a généralement une vie solitaire.

*Neolamprologus christyi

Une autre espèce sortant du cadre du complexe brichardi. Ce Neolamprologus à queue en lyre se trouve sur les côtes est du lac, en partant de l’archipel de Kipili (Mvuna, Ulwile etc.) jusqu’à Isanga en Zambie. On le rencontre régulièrement en duo (couple ?), et souvent il y a un individu clair et un plus foncé. C’est aussi un pondeur sur substrat caché, qui affectionne la ponte sous la voute supérieure de la cavité (voir ici).

Neolamprologus christyi

Neolamprologus christyi – phase claire.


Bibliographie/références:
• Le lac Tanganyika, sa faune, et la pêche au Burundi. Marie José EVERT. Louvain, 1970 – Bujumbura, 1973 – Bujumbura, 1980
Exploration hydrobiologique du lac Tanganika (1946-1947) Vol. III, fasc. 5 B. / poissons cichlidae. M. Poll. Institut royal des sciences naturelles de Belgique / Bruxelles 1956.
Lake Tanganyika and its Life. Edited by G. W. Coulter with contributions from J-J. Tiercellin, A. Mondegeur, R. E. Hecky & R. H. Spigel. Natural History Museum Publication. Oxford University Press. London Oxford & New York.
• Konings, A. F. 2019 [ref. 36983] Tanganyika cichlids in their natural habitat. 4th edition. Cichlid Press, El Paso (TX). 1-432.